Les nigérians pourront-ils résoudre leurs problèmes alimentaires grâce au manioc ?

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Secoué par une insécurité alimentaire, le Nigeria mise sur le manioc pour renverser la tendance. Considéré comme l’aliment de base dans ce pays, ce produit agricole est vu par certains observateurs avertis comme un exemple de réponse aux problèmes dont fait face le premier producteur de pétrole d’Afrique au moment où la chute des cours de l’or noir assèche les caisses de l’Etat en devises étrangères, a indiqué samedi sen360.fr et lu par vivafrik.com

Cette racine tubéreuse est utilisée dans la préparation du « foufou » et de « l’eba », des pâtes très nourrissantes dont les nigérians raffolent avec les plats en sauce. On en fait aussi de la farine et de la bière. Mais pour l’instant, le pays le plus peuplé d’Afrique n’en produit pas en quantité suffisante ni d’assez bonne qualité pour en faire une source de revenus importante. Pour réduire la dépendance du pays en matière d’importation de riz et de la farine, la fondation Bill et Melinda Gates soutient les fermiers afin d’augmenter leur production. « Le Nigeria dépense 635 milliards de nairas (2,8 milliards d’euros) pour importer de la farine chaque année », explique Comfort Doyin Awe, agronome et représentante du ministère de l’agriculture. A l’en croire, la a farine de manioc pourrait être utilisée à   la place de la farine de blé, dans la confection de pain. Mme Awe s’exprimait devant une audience d’experts lors d’une conférence à   l’Institut international sur l’agriculture tropicale (Iita) dans la ville d’Ibadan, dans le sud-ouest du Nigeria. Le manioc étant consommé à   travers toute l’Afrique de l’Ouest, il pourrait même être exporté dans la région, si les fermiers nigérians et les acteurs de l’industrie de transformation parvenaient à   en améliorer la qualité. « Nous ne donnons pas de valeur ajoutée à   notre manioc. Cela aiderait le Nigeria, si nous y parvenions. Nous avons besoin de farine de manioc de bonne qualité », a-t-elle poursuivi.

– Argent, engrais et outils – 

Quand le baril de pétrole se vendait à   plus de 100 dollars, le Nigeria, qui en extrait deux millions par jour, avait d’importantes réserves en devises, ce qui permettait au pays de régler les factures de nombreux produits importés, dont la farine de blé. Mais actuellement le baril est en dessous de 30 dollars. Les dirigeants nigérians ont décidé de contrôler l’accès aux devises étrangères, pour tenter de préserver le naira. Mais tôt ou tard, le gouvernement va devoir dévaluer la monnaie, pensent les experts, ce qui rendra certains produits importés, comme la farine, inabordables pour les plus pauvres. D’où l’intérêt du manioc. Mais pour cela, les fermiers auraient bien besoin d’un coup de pouce. « Je ne suis pas contente de la quantité de manioc produite dans ma ferme », se lamente Sifawu Safiu, une agricultrice de 61 ans qui habite un village à   la sortie d’Ibadan. Ajoutant que « je n’ai pas d’engrais. Et j’aurais besoin d’aide financière pour améliorer mon rendement ». Pour Fatima Taju, qui travaille dans une autre ferme proche, il faut doter plus d’outils aux fermiers car, faute de machines, les paysans, qui ne savent ni lire ni écrire pour la plupart, travaillent avec des houes et des machettes. Par conséquence, en Afrique subsaharienne, le rendement est de 10 tonnes de manioc par hectare, bien en-deçà   des 30 tonnes que pourraient atteindre les agriculteurs s’ils étaient mieux équipés et formés.

– Plus de ressources à   la clé –

Parce que les petits producteurs agricoles ont été négligés depuis des années, 170 millions de nigérians pourraient être confrontés à   une véritable crise alimentaire, étant dépendants de l’importation de la farine et du riz. L’Initiative pour le manioc en Afrique, financée à   hauteur de 14,4 millions de dollars par la fondation Gates, a donc pour but d’améliorer les rendements de manioc au Nigeria, au Ghana, en Tanzanie, en Ouganda et en République démocratique du Congo, en apprenant aux paysans des techniques modernes de plantation et de désherbage, et en leur donnant accès à   des emprunts pour acheter des engrais. « Cela va vraiment permettre d’améliorer les rendements et les revenus des paysans », ainsi que la qualité du produit, a estimé Godwin Atser, le porte-parole de l’Iita. Selon Brenard Vanlauwe, directeur de l’Iita pour l’Afrique centrale jusqu’à   150.000 foyers dans ces cinq pays pourraient bénéficier de ce programme, qui s’étend sur cinq ans. « Les retombées de ce projet (…) pourraient atteindre au moins 40 millions de dollars », a-t-il ajouté.

Moctar FICOU / VivAfrik