Théodore Nsangou prédit que les barrages camerounais permettront d’atteindre 50% du taux d’électrification en 2022

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Le Cameroun est le troisième pays au plus grand potentiel hydroélectrique d’Afrique. Afin de mieux l’exploiter, le gouvernement et l’entreprise publique Electricity development corporation (Edc) ont lancé en 2010 la construction du barrage de Lom Pangar. Le fleuve Sanaga, dont le potentiel électrique estimé à 6 000 mégawatts (Mw), pourrait couvrir près de 70 % des besoins énergétiques du pays. Pour ce faire, il faudrait construire une dizaine de barrages en aval de l’ouvrage maître qu’est Lom Pangar. Dans un entretien accordé au journal lemonde.fr, Théodore Nsangou directeur de l’Edc, explique les enjeux de ce projet titanesque et les défis énergétiques auxquels fait face le Cameroun.

Combien d’énergie le barrage de Lom Pangar va-t-il produire ?

Le barrage doit réguler le débit du fleuve Sanaga pour qu’il soit supérieur à 1 000 mètres cubes par seconde, ce qui représente 170 Mw de puissance hydraulique à très court terme. Grâce à la régulation du Sanaga, nous allons pouvoir construire une dizaine de barrages en aval, qui porteront son potentiel énergétique à 6 000 Mw. Lom Pangar sera terminé d’ici la fin de l’année. L’usine de pied ouvrira en 2018 et on estime que le barrage sera au maximum de ses capacités fin 2018.

Six projets de barrages sont en cours d’étude…barrage-au-cameroun

C’est juste. Certains viennent de démarrer, comme Nachtigal, en amont, qui sera en plein chantier en 2017 et produira vers 2021. Les barrages sont des projets qui demandent beaucoup de moyens financiers et on ne peut démarrer les travaux avant d’avoir bouclé les budgets. Des études de faisabilité ont été réalisées et nous pensons qu’en dehors de Nachtigal, on devrait démarrer un ou deux autres barrages sur le Sanaga en 2017. Je parle au conditionnel, car le nerf de la guerre, c’est l’argent. Le gouvernement camerounais favorise le partenariat public-privé. Après la construction de Lom Pangar, les entreprises privées pourront être intéressées d’investir car elles bénéficieront d’un prix de revient du kilowattheure (kWh) compétitif et pourront assurer des exportations d’énergie vers les pays voisins comme le Nigeria, qui a un déficit énergétique de 10 000 Mw.

L’objectif de Lom Pangar n’est-il pas de pallier d’abord au déficit camerounais ?

Aujourd’hui, le déficit de production n’est pas énorme. Il est de l’ordre de 300 Mw. Le problème est que la demande croît entre 8 % et 10 % par an. Donc, en cinq ans, la demande aura doublé et nous devrons être en mesure d’y répondre. Avec les projets de barrages sur le Sanaga, nous allons retrouver l’équilibre de production aux environs de 2022, après l’entrée en service de Nachtigal. Un autre défi concerne le transport de l’énergie sur lequel le gouvernement met l’accent.

Vous allez donc aussi électrifier les localités rurales ?

C’est le problème structurel de tout le pays. L’électrification rurale sera la conséquence de deux succès : le défi de la production et le transport de l’énergie. A Lom Pangar, avec une usine de 30 Mw nous allons pouvoir électrifier près de 150 villages alentour. Cela permettra l’augmentation du taux d’accès à l’électricité pour les populations locales. Il faut par ailleurs transporter l’électricité à très haute tension. Acheminer l’énergie des centres de production aux centres de distribution, qui diffuseront localement vers les centres de consommation.

Avez-vous un objectif daté pour réaliser l’électrification intégrale du Cameroun ?

Aujourd’hui nous sommes à un taux d’électrification de 40 %. C’est trop faible quand on se compare à des pays d’Afrique du Nord comme la Tunisie, où l’électrification rurale atteint plus de 90 %. Nous pensons qu’on pourra franchir le cap des 50 % en 2022 avec l’entrée en fonction du barrage de Nachtigal.

Le fleuve Sanaga peut couvrir 70 % des besoins énergétiques du Cameroun. Est-ce suffisant pour suivre l’évolution de la demande ?

barrage-camerounaisCela dépend de sa progression. Mais comme on ne peut pas stocker l’énergie, il faut réaliser une planification précise. Parce que si vous produisez trop d’énergie trop tôt, vous la gaspillez et perdez de l’argent. Mais si vous produisez trop tard, vous êtes en déficit.

Le Cameroun a le troisième plus grand potentiel hydroélectrique d’Afrique. Allez-vous vendre de l’énergie à vos voisins ?

Bien entendu. Le Nigeria, par exemple, et le Tchad, qui, bien que disposant de beaucoup de pétrole, ne peut pas baser sa demande énergétique uniquement sur le thermique. La République centrafricaine, le Gabon, la Guinée équatoriale sont aussi des partenaires envisagés. Des discussions sont engagées, mais l’intégration régionale en Afrique centrale ne fonctionne pas aussi bien qu’en Afrique de l’Ouest. Un kilomètre de ligne à haute tension dans la savane ouest-africaine coûte trois à quatre fois moins cher qu’un kilomètre de ligne en Afrique centrale, où nous devons abattre des arbres pour traverser les forêts et dégager des corridors.

Avez-vous d’autres projets de production d’énergies renouvelables ?

Nous avons beaucoup de projets en gestation, que ce soit dans le solaire ou la biomasse. Aucun projet en éolien, car le rendement est trop mauvais. Les projets solaires ont cependant beaucoup traîné, car leur prix était encore trop élevé il y a dix ans. De plus, l’insécurité provoquée par Boko Haram dans le nord du pays, où le fort taux d’ensoleillement est propice au développement du solaire, a freiné.

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