Marchés carbone : « L’Afrique, zone la plus dynamique du monde »

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L’Organisation des Nations unies (Onu) a instauré les crédits-carbones dans le but de faciliter la réduction des émissions de CO2. Lors d’une interview accordée à nos confrères de l’agenceecofin.com, Fabrice Le Saché, CEO de AERA Group qui affirme que l’Afrique est aujourd’hui la zone la plus dynamique du monde sur les marchés carbone, explique comment ils fonctionnent et quels avantages il y aurait à y recourir.

Pouvez-vous nous donnez quelques explications sur la compensation carbone notamment son fonctionnement, ses principes et différents types ?

La compensation carbone consiste à acquérir des réductions d’émissions CO2 auprès de projets utilisant des technologies sobres en carbone : énergies renouvelables, traitement des déchets, efficacité énergétique, par exemple. La motivation de l’acheteur est simple : s’assurer que les émissions qu’il ne peut réduire soient réduites par un tiers. Le système de la compensation CO2 permet de transférer ainsi des ressources financières des pays industrialisés vers des activités bas carbone dans les pays en développement ou dans les pays les moins avancés. Chacun y trouve un avantage. Bien évidemment les projets susceptibles de commercialiser des crédits carbones sont certifiés, ce qui signifie qu’un strict contrôle est effectué par des auditeurs in situ avant chaque octroi de crédits carbone. Il y a trois grands standards de certification : le Mécanisme de développement propre (Mdp) sous l’égide de l’ONU et le Gold Standard ou le VCS qui sont des organismes privés reconnus. Il y a environ 100 millions de tonnes équivalent CO2 échangées par an dans le cadre des mécanismes de compensation CO2.

Comment se définissent les prix des crédits-carbones sur le marché mondial du carbone ?

Par la dynamique de l’offre et de la demande et par les mesures réglementaires arrêtées par les Etats. En fixant des plafonds d’émissions CO2, un Etat crée plus ou moins de pénurie et donc plus ou moins de demande de crédits carbone. Les opérateurs économiques, en réalisant des investissements pour réduire leurs émissions, émettent un volume variable de crédits carbone sur les marchés. C’est donc à la fois la combinaison des politiques publiques et l’attitude des acteurs du marché qui façonnent le prix des crédits carbone. Il y a donc autant de prix que de marchés. S’agissant du segment de la compensation CO2 volontaire, donc non contrainte par une réglementation, le prix moyen oscille entre 1 et 4 EUR/tonne selon les typologies de projets, les localisations et les volumes.

Selon vous, quels sont les atouts et les lacunes du continent africain en ce qui concerne les possibilités de réduction des émissions et de développement du marché carbone ?

La dynamique économique positive du continent implique de nombreuses infrastructures nouvelles qui sont autant d’opportunités d’engendrer des crédits carbone si les choix effectués sont vertueux d’un point de vue des émissions CO2. Dans le secteur de l’énergie, l’explosion du solaire, les gisements hydroélectriques ou l’accélération de l’éolien sont des atouts concrets pour obtenir des volumes significatifs de crédits carbone. La réduction de la consommation de charbon de bois pour la cuisson est également une forte opportunité tout comme les projets de reforestation. La principale lacune est peut-être le manque d’intérêt pour des mécanismes qui sont perçus comme techniques, bureaucratiques et longs. C’est à nous de continuer à démontrer par l’exemple que la réalité est différente.

On entend souvent dire que la compensation carbone n’est pas un véritable outil de lutte contre le changement climatique dans la mesure où elle n’engage pas les entreprises/développeurs de projets à réduire à l’origine, les émissions liées à leurs activités. Quel regard portez-vous sur cette thèse ?

Il s’agit d’une idée simpliste que j’entends souvent. D’ailleurs les mêmes contempteurs parlent de droit à polluer. Je réfute cette thèse car elle est idéologique. Seules la réalité des faits et l’efficacité d’une action m’intéressent. Concrètement les entreprises qui recourent à l’achat de crédits carbone dans le cadre d’obligations réglementaires ne peuvent procéder à ces achats que de façon limitée. Il existe des quotas d’import. Les achats ne peuvent s’effectuer qu’en complément d’une politique d’optimisation des émissions CO2. Bien évidemment l’idée est qu’un opérateur économique réalise les investissements nécessaires pour réduire ses émissions en interne.

Néanmoins, si des investissements disproportionnés sont consentis pour des résultats très marginaux, c’est l’emploi qui est en péril. Il faut donc trouver de la souplesse pour permettre qu’une partie résiduelle des émissions puissent être compensées via des crédits carbone. Je rappelle que chaque crédit carbone équivaut à une tonne CO2 évitée par un projet. Donc in fine, l’entreprise qui achète un crédit carbone contribue à réduire les émissions dans un périmètre géographique hors de ses installations mais qui à l’échelle de la planète a la même équivalence. Par ailleurs ces achats contribuent à rémunérer les projets vertueux dans les pays où aucune obligation de réduction n’existe. C’est ainsi qu’au Sénégal, en RDC ou en Ouganda des projets innovants, technologiques et verts reçoivent un soutien financier direct.

Pouvez-vous nous donner un aperçu sur la situation actuelle du marché du carbone africain en termes de chiffres, d’investissement et de répartition des projets ?

L’Afrique a commencé tardivement à embrasser les marchés du carbone mais c’est aujourd’hui la zone la plus dynamique du monde. Sur plus de 10 000 projets près de 5% sont africains et ce chiffre croît chaque année. La moitié de ces projets concernent les populations sous forme d’équipements d’efficacité énergétique domestiques tels que les fours de cuisson à charbon efficaces, les kits solaires photovoltaïques, les lampes basse consommation, entre autres.

Les énergies renouvelables constituent le deuxième pôle de projet avec les fermes solaires en premier lieu, suivies des centrales hydroélectriques. Les activités de traitement des déchets et de reforestation commencent à s’accélérer. La Banque Mondiale estime que le continent sera le principal fournisseur de crédits carbone à horizon 2050 et en tirera une valeur équivalente à 5% de son PIB.

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