Innovation : l’Afrique prête à importer le modèle indien « Jugaad »

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Le continent africain pourrait s’inspirer du modèle indien « Jugaad » afin de le reproduire pour faire face aux défis climatiques, environnementaux et écologiques et asseoir un mode de développement résilient. Ainsi, étant dans la perspective de voir sa population quadrupler d’ici à la fin du siècle, le continent noir estime que seules des innovations frugales pourront assurer un développement respectueux de l’environnement et que celui de l’Inde se positionne comme une parfaite voie à suivre.

Le plus parfait exemple à suivre par l’Afrique est sans doute celui de l’Inde, qui est actuellement confrontée à ce même défi écologique. L’Inde avait en 1983 la même consommation électrique que les pays sub-sahariens actuellement. En trente ans, cette consommation a été multipliée par sept. Si l’Inde est aujourd’hui un des pays les plus pollués au monde, c’est aussi un pays où l’on invente le modèle de développement de demain : agriculture durable, reforestation, déserts transformés en oasis, eau rendue potable grâce à l’énergie solaire, villages électrifiés au solaire, etc… Bénédicte Manier les a recensées dans son ouvrage, Made in India, trois exemples d’innovations low-tech ou jugaad (terme hindi synonyme de frugalité) qui ont changé la vie des indiens grâce au laboratoire écologique de la planète.

Karunakara Reddy a inventé en 2003 un purificateur d’eau par osmose inverse couplé à un système de filtration au sable. Plus de 8 millions d’indiens peuvent aujourd’hui profiter d’une eau saine à moins de 0,2 centimes d’euro (0,2 roupies) grâce aux 6 000 points d’eau installés par Smaat, la société de ce jeune entrepreneur. Neha Juneja a elle aussi mis au point un poêle écologique testé directement par les femmes des campagnes. En permettant de consommer près de 70% de biomasse en moins que les poêles traditionnels, elle a changé la vie des femmes et des fillettes. Moins de corvées de bois laissent plus de temps pour l’école, sans parler des problèmes de santé réduits, des émissions de CO2 évitées et de la déforestation limitée. Rajendra Singh, quant à lui, a construit des johad, des bassins de rétention d’eau traditionnels, pour collecter l’eau de pluie. Ce faisant, il a ramené l’eau sur des terres devenues totalement asséchées. Il obtient en 2015 le Stockholm Water Prize, l’équivalent du prix Nobel de l’eau. Shubhendu Sharma a pour sa part replanté des arbres avec la technique Miyawaki : le sol est enrichi au moment de la plantation par des copeaux de bois et des fibres de coco qui apportent azote et carbone organique et par du vermicompost, puis est recouvert d’un paillis. Cela suffit à faire pousser les arbres dix fois plus vite que d’habitude. Il a déjà planté plus de 60 000 arbres à travers sa société, Afforest.

On pourrait citer des centaines d’autres innovations frugales, simples et directement transposables en Afrique. Certaines commencent déjà à être mises en place : c’est le cas d’UpOwa et ses kits solaires au Sénégal, de Wangari Maathai et ses dix millions d’arbres plantés au Kenya, Soutra Fourneau et ses poêles écologiques en Côte d’Ivoire.

A noter que, ce sont,  dans la plus part des cas, des solutions simples qui assurent un développement durable et résilient, solutions que les ingénieurs du monde entier pourraient facilement transposer. Pour eux, le futur ne sera pas « high-tech » mais bien « low-tech, open-source and free » ou ne sera pas. Couplé à une dissémination gratuite des innovations, la co-création peut faire des miracles. Certains entrepreneurs africains, à l’image de Samba Bathily (Solektra), l’ont bien compris et investissent massivement dans le solaire. C’est également ce que nous essayons de promouvoir à Azolis en développant tout azimut les technologies solaire photovoltaïque, solaire thermique et biomasse, capables de fournir efficacement eau (via le pompage solaire), chaleur (eau chaude via le solaire thermique et vapeur via la biomasse) et électricité (via le photovoltaïque). Le développement de l’Afrique se condensera probablement en quelques décennies, là où il a pris plusieurs centaines d’années en Occident.

Moctar FICOU / VivAfrik

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