La fourniture d’électricité serait minée par les grands barrages

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Un coup de tonnerre pour les défenseurs de l’hydroélectricité produite à partir des barrages sis dans des zones défavorables. En effet, une étude publiée dans le journal Nature Energy le 8 décembre 2017 révèle que les grands barrages qui devraient être achevés en 2030 en Afrique l’Est et en Afrique australe pourraient accroître le risque de perturbation de l’approvisionnement en électricité, du fait qu’ils seront concentrés dans des zones présentant des régimes pluviométriques semblables et vulnérables aux sécheresses.

« D’ici à 2030, 70% et 59% des capacités totales en énergie hydro-électrique seront situées dans un groupe de variabilité des précipitations en Afrique de l’Est et en Afrique australe, respectivement », alertent les auteurs du texte. Précisant que ces barrages hydro-électriques regorgent le volume le plus important et le plus croissant de la production d’électricité dans les deux sous-régions. D’après Declan Conway, chef de fil l’étude et chercheur au Grantham Research Institute de la London School of Economics, les barrages hydro-électriques contribuent à hauteur de 90% à la production nationale d’électricité en Éthiopie, au Malawi, au Mozambique, en Namibie et en Zambie. Non sans évoquer les nouveaux barrages commandés au cours de la dernière décennie, y compris le barrage de la Renaissance, sur le Nil Bleu. Selon lui, ces ses coauteurs se sont « concentrés sur les barrages hydro-électriques parce que c’est une composante majeure de la production d’électricité dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne et parce que nous avions appris de manière anecdotique que plusieurs sécheresses avaient perturbé l’approvisionnement en électricité avec des conséquences sociales et économiques majeures. »

Se prononçant sur les outils manipulés au cours de leurs travaux, Declan Conway explique qu’ils ont utilisé des données pluviométriques basées sur des mesures avec des pluviomètres et ont complété les résultats par des estimations satellitaires. « Nous avons utilisé une technique statistique appelée analyse par grappes pour regrouper les zones ayant une variabilité pluviométrique similaire pour la période de 1956 à 2011 », clarifie-t-il. Ajoutant : « nous avons trouvé trois modèles de précipitations différentes (grappes) en Afrique de l’Est et sept en Afrique australe. » Le constat est que les précipitations en Afrique orientale et australe sont sujettes à plus de variabilité à cause du changement climatique. « Les débits des cours d’eau et l’eau stockée dans les réservoirs entraînent la production d’électricité et sont très sensibles aux fluctuations des précipitations, de sorte que le changement climatique risque d’exacerber les problèmes d’approvisionnement en électricité », argue l’expert. Pour qui, l’Afrique subsaharienne est tournée vers les barrages hydro-électriques après une longue accalmie notée dans les années 80 et 90. « De nombreux pays ont été capables d’autofinancer des projets », explique-t-il encore, citant le financement et l’expertise de la Chine en tant que facteur facilitateur.

Par ailleurs, Declan Conway a, à l’esprit un mauvais souvenir des délestages qui pourraient engendrer  des conséquences néfastes sur les services, les entreprises et l’activité économique. M. Conway regrette déjà la limitation du commerce énergétique dans les deux régions du fait de l’amortissement des variations du débit ou du stockage des réservoirs malgré les mécanismes régionaux de partage de l’énergie baptisés « Power Pools ». Les défis tels que le sous-investissement, les défaillances des monopoles d’État conduisant à l’inefficacité, le faible dynamisme technologique et les mauvaises prestations de services, commun à plusieurs pays africains sont à relever. « Des lignes directrices pour incorporer les risques climatiques dans la planification des infrastructures émergent maintenant. (Ndlr : lors de la planification de la construction de barrages). Les décideurs devraient prendre en compte l’emplacement des barrages et des régimes pluviométriques, et l’effet des variations de précipitation sur l’approvisionnement en électricité d’origine hydrique », explique-t-il.

Pour sa part, Elikana Kalumanga, experte en gestion des ressources naturelles à l’Institut pour l’évaluation des ressources de l’Université de Dar es-Salaam en Tanzanie, fulmine que l’existence d’une grande majorité de centrales hydro-électriques d’Afrique orientale et australe est tributaire de la présence de montagnes boisées. « Les sécheresses persistantes et extrêmes posent déjà un défi à la fourniture d’eau adéquate pour la production d’énergie hydro-électrique et, partant, à la fourniture fiable d’électricité », déclare-t-il. Affirmant que « l’engagement multipartite et les processus de collaboration sont nécessaires pour sauvegarder les bassins hydrographiques et maintenir les flux d’eau nécessaires pour produire de l’électricité à partir de diverses centrales hydro-électriques », conclut le chercheur qui invite ardemment à jauger la contribution potentielle des barrages hydro-électriques aux objectifs de développement durable, tout en assurant la sécurité de l’eau utilisée pour les faire fonctionner.

Moctar FICOU / VivAfrik

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