Le réchauffement climatique, un casse-tête pour les réserves d’eau

0

La hausse des températures est accusée d’avoir accélérer la crise de l’eau sur la planète toute entière. Suffisant pour certains de considérer le changement climatique comme responsable du « Jour zéro » qui se profile à l’horizon en Afrique du Sud.

Le péril de l’eau

Les maux qui secouent les réserves d’eau sont multiples et variés. Certains cours d’eau sont bétonnés par des barrages, ils n’arrivent plus jusqu’à la mer, des nappes aquifères millénaires vidées jusqu’à la dernière goutte, des eaux contaminées par diverses pollutions…

Même si les réserves d’eau douce de la planète étaient déjà en péril, force est de constater que les effets potentiellement dévastateurs du réchauffement ont leur part de responsabilité. Dans le cas spécifique de la deuxième ville sud-africaine, elle n’était pourtant pas sujette à ces problèmes.

En 2014, la demi-douzaine de réservoirs qui approvisionnent les 4 millions d’habitants du Cap étaient remplis. Mais après trois ans de sécheresse historique, les réserves d’eau sont au plus bas, et les habitants sont invités à ne pas utiliser plus de 50 litres par jour et par personne.

Une situation que les spécialistes du climat avaient pourtant prédit même si la prédiction est tardive. « Le changement climatique aurait dû nous frapper en 2025 (…). Les services météo d’Afrique du Sud m’ont dit que leurs modèles ne marchaient plus », s’est souvenue Helen Zille, la responsable de la province du Cap occidental.

Lien entre réchauffement climatique et ressources en eau

La planète s’est déjà réchauffée de 1°C depuis l’ère pré-industrielle, et pourrait encore gagner un ou deux degrés. Or, selon les experts du climat de l’ONU (Giec), à chaque degré supplémentaire, environ 7% de la population mondiale perdrait au moins 20% de ses ressources en eau renouvelable.

D’ici à 2030, le monde devra ainsi faire face à un déficit en eau de 40% si rien n’est fait pour contenir le réchauffement. Et dans le même temps, la demande mondiale d’eau devrait s’accroître de 55%, sous la pression des métropoles des pays en développement. «Avec l’aggravation du changement climatique, les impacts sur les ressources en eau vont s’aggraver aussi », prévient Gleick.

La perspective de canalisations vides hante déjà certaines zones urbaines, comme en Californie qui sort de cinq années de sécheresse ou à Sao Paulo qui est passé tout près de son « Jour Zéro » entre 2014-2015. Et quand le réchauffement se fera encore plus sentir, de larges portions de l’Afrique seront particulièrement vulnérables. Alors au Cap, le spectre du « Jour Zéro » n’est peut-être qu’un début. « Le risque d’années sèches augmente à mesure qu’on se rapproche de la fin du siècle et les chances d’années pluvieuses baissent », commente Piotr Wolski, hydroclimatologue à l’Université du Cap.

Les crises de l’eau

Le Forum économique mondial classe ainsi tous les ans les « crises de l’eau » parmi les menaces mondiales aux impacts potentiellement les plus graves, devant les catastrophes naturelles, les migrations de masse ou les cyber-attaques.

Selon Graham Cogley de l’université canadienne de Trent, sur la plaine de l’Indus et du Gange, où vivent quelque 600 millions de personnes en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, « l’eau souterraine est pompée à un rythme intenable et terrifiant ».

Selon une récente étude, plus de la moitié de l’eau, contaminée par le sel et l’arsenic, est impropre à la consommation et à l’irrigation. Les nappes souterraines fournissent de l’eau potable à au moins la moitié de l’humanité ainsi que 40% de l’eau utilisée pour l’agriculture. Mais les aquifères ne se remplissent pas aussi facilement qu’un réservoir après une averse : à l’échelle de temps humaine, ils ne sont pas une ressource renouvelable.

La plupart des régions du monde ont ainsi déjà dépassé ce que le climatologue Peter Gleick appelle «pic de l’eau». «Les gens vivent dans des lieux où ils utilisent toute l’eau renouvelable, ou encore pire, vivent en sursis en pompant excessivement des eaux souterraines non renouvelables», argue Peter Gleick.

Une surexploitation qui provoque aussi des infiltrations d’eau salée et des effondrements de terrain, faisant s’enfoncer un peu chaque année des dizaines de métropoles comme Jakarta, Mexico ou Tokyo. « Un demi-milliard de personnes dans le monde font face à des pénuries toute l’année », dont plus d’un tiers en Inde, indique de son côté Arjen Hoekstra, de l’université de Twente aux Pays-Bas.

Moctar FICOU / VivAfrik

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here