Le Partenariat public privé et la RSE pour un meilleur accès à l’eau en Afrique

0

Au lendemain du 19ème Congrès international de l’Association africaine de l’eau tenu à Bamako au Mali et à quelques jours du 8ème Forum mondial de l’eau à Brasilia (18 au 23 mars 2018), l’alimentation en eau des 300 millions d’africains dépourvus d’accès à ce bien fondamental est une question prioritaire qui préoccupe tous les gouvernements africains. Une telle situation n’est pas une fatalité car le continent noir dispose de réserves d’eau considérables et de ressources humaines de qualité.

Les échanges sur les modèles d’accès à l’eau porte souvent sur une dichotomie « service public » contre « délégation de service public », souvent perçue comme une option « publique » contre une option « privée ». En réalité, la solution qui a prouvé son efficacité en Afrique est hybride : elle repose sur une délégation de service public dans laquelle le partenaire privé apprend à dépasser une logique strictement financière afin de consolider un modèle économique pérenne, non pas à court terme, mais à moyen-long terme en partenariat avec une société publique assurant la gestion du patrimoine et son développement. Ce binôme public/privé auquel la Société des eaux du Sénégal (Sde) participe au Sénégal depuis 1996 a apporté la démonstration de son efficacité avec une augmentation constante de la production et de la distribution d’eau et des performances comparables aux standards internationaux.

Dépasser une logique strictement financière

De fait, dépasser une logique strictement financière est la condition d’un gain en efficacité. Beaucoup d’entreprises ont tendance à ne prendre en compte qu’un nombre limité d’acteurs dans leur plan stratégique (salariés, actionnaires, fournisseurs, sous-traitants et pouvoirs publics). C’est oublier qu’une entreprise s’inscrit dans un tissu économique et social dont elle n’est qu’un maillon : son activité a un impact sur les communautés et sur l’environnement. Rappelons que les réactions de ces différentes parties-prenantes influencent de façon déterminante la capacité de l’entreprise à poursuivre sa mission. Et c’est tout particulièrement vrai pour une ressource aussi vitale que l’eau.

Pour maîtriser cet environnement, ma conviction est qu’il faut mettre en œuvre une politique de Responsabilité sociale et environnementale (Rse) maîtrisée de bout en bout. En effet, une des préoccupations importantes de l’entreprise est de tenir compte de l’impact de son activité sur son environnement et de développer une politique appropriée pour contribuer au bien-être des populations. La Rse bien comprise n’est rien d’autre qu’une optimisation et une valorisation de toute la chaîne de production, inscrite dans une vision de long terme. L’attention portée au bien-être des salariés diminue l’absentéisme, accroît la motivation et améliore la productivité, une juste sélection et rémunération des fournisseurs garantit un approvisionnement sans accrocs, la lutte contre le gaspillage des ressources permet de mieux cibler les dépenses, etc.

Répondre durablement au défi de l’accès à l’eau

Ainsi, en collaboration avec la société publique de patrimoine, la Sde a pu contribuer de manière déterminante à l’augmentation du taux global d’accès au service qui est passé de 80 % en 1996 à 98% en 2016 avec 6,5 millions de personnes desservies. Les ventes d’eau ont plus que doublé, de 65,15 millions de m3 en 1996 à 145,2 millions de m3 en 2016. Ces résultats remarquables découlent directement d’un effort constant en termes de performance pure (le rendement du réseau est passé de 68,2 % en 1996 à plus de 80 % en 2016). Et ce succès bénéficie non seulement à la Sde, mais également et surtout à la population (forte augmentation du taux d’accès à l’eau potable des populations les plus démunies à travers les branchements individuels) et à l’État sénégalais (optimisation de l’investissement public porté par la société nationale chargée du patrimoine).

Cet engagement collectif articulé autour du partenariat public/privé (Ppp) et de la Rse est gage d’efficacité. Derrière ces deux acronymes se cachent les contours d’un modèle africain capable de répondre au défi de l’accès à l’eau. La ville de Dakar a été récemment distinguée par la Banque mondiale pour l’efficacité de la gestion de son réseau. Le Sénégal a atteint l’Objectif du millénaire pour le développement (Omd) pour l’eau et peut servir de modèle africain pour les nouveaux Objectifs de développement durable (Odd) pour « garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources ».

Tout en reconnaissant qu’il y a encore des efforts à fournir au Sénégal, il convient de bien analyser et apprécier le chemin parcouru. Le schéma institutionnel du Sénégal dans le sous-secteur de l’hydraulique urbaine constitue une fierté nationale et une référence en Afrique qu’il faut défendre, promouvoir et développer sur le continent.

Moctar FICOU / VivAfrik

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here