Le Burkina n′a pas vraiment dit adieu au coton OGM

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« Nous sommes à la recherche d’un partenaire pour construire des variétés locales génétiquement modifiées »

Pendant des années, la filière coton du Burkina Faso a occupé le premier producteur de coton en Afrique, mais le Mali lui a désormais volé la vedette. Ayant constaté qu’il filait du mauvais coton avec les semences OGM de Monsanto, l’Etat burkinabè est revenu à la culture du coton conventionnel. Le pays ne reste pas pour autant fermé à la biotechnologie.

La firme Monsanto, spécialisée dans les pesticides et les organismes génétiquement modifiés (OGM) avait de grandes ambitions au Burkina Faso. Elle rêvait d’écouler, dans toute l’Afrique, via la capitale burkinabè, ses OGM.

Monsanto fait ses valises et quitte le pays. Son départ ne fait cependant pas l’unanimité. Gnoumou Casimir, producteur de coton dans la province des Balé, ne cache pas sa déception. « De huit traitements, nous sommes retournés à deux traitements sur le terrain et on avait un rendement conséquent. En doublant les traitements, les insecticides ont tué les abeilles, les insectes et même les criquets qui sont en voie de disparition. »

Les dangers du coton génétiquement modifié

Le secrétaire général de la Confédération générale du travail du Burkina, Bassolma Bazié, n’est pas du même avis. Dès son introduction dans les champs, la variété de coton proposé par Monsanto avait fait l’objet d’une vive critique dans le milieu syndical.

« Ce qu’on oublie et qui peut être caractérisé comme un crime, c’est que l’exploitation de ce coton a été faite sans mesure de protection de la biodiversité », déplore le syndicaliste.

Bassolma Bazié dénonce également l’emploi de variétés non reproductibles qui empêchent les paysans de les replanter l’année suivante, mais aussi les risques des OGM sur la population: « L’homme utilise l’huile et les grains de coton pour son alimentation, personne ne peut dire les conséquences sur le développement à long terme ».

D’autres dégâts sont, selon lui, d’ordre économique et environnemental, avec le dépérissement des sols et la pollution des eaux souterraines.

L’or blanc du Burkina

Seconde source de devises du pays après l’or, le coton fait vivre directement un peu plus de quatre millions de personnes. Au-delà de ce fait, il est surtout le socle de l’économie au Burkina Faso. L’or blanc burkinabè est la principale source de monétarisation des économies en milieu rural.

C’est à Wakuy, province du Tuy commune de Béréba, dans l’ouest du Burkina que nous avons rendez-vous avec le plus grand producteur de coton du pays. Avec en moyenne un peu plus de 170 000 kg de coton produits ces trois dernières années, Bihoun Bambou est un agriculteur audacieux et ambitieux qui se félicite du retour au coton conventionnel.

« Comme vous le constatez, les capsules de coton sont grosses et c’est grâce au fumier. Parfois il y a des vers qui détruisent les capsules quand le champ n’est pas bien entretenu. Je prends le soin de vérifier chaque jour les plantes. »

Salif Ouattara est un agent technique en agriculture. Il supervise au quotidien les champs de Bihoun Bambou. « Le respect des conditions de culture c’est le labour, le fumier et les dates de semis », explique-t-il.

Bihoun Bambou, l’agriculteur modèle, est par ailleurs le président du conseil d’administration de l’UNPCB, l’Union Nationale des sociétés de coopératives des Producteurs de Coton du Burkina. Il a été élu, par acclamation, à l’unanimité des délégués des 28 unions provinciales.

« C’est quelqu’un qui met vraiment du sien dans son travail et qui suit sa production, même s’il est très occupé par ses fonctions », apprécie la chargée de communication de l’UNPCB.

La sécheresse responsable de la baisse de production

Bobo-Dioulasso, capitale économique de nom du Burkina Faso, siège de l’UNPCB. La salle de réunion est archicomble. Des producteurs issus de l’ensemble du pays sont face à la presse. A l’ordre du jour le bilan de campagne agricole 2017-2018.

L’objectif de production cotonnière qui avait été définie avant les semis de la campagne 2017/2018 était de 700 000 tonnes en hypothèse basse. Toutefois, avec le niveau des emblavures constaté, de l’ordre de 800 000 tonnes selon les chiffres de la Sofitex, la production cotonnière devait se rapprocher voire dépasser ces 800.000 tonnes de coton graine en hypothèse basse.

Contrairement à ces prévisions, tout porte à croire que le rendement sera peu reluisant. Même si la récolte du coton dans les champs est toujours en cours, le constat aux yeux des producteurs est sans équivoque. Pour l’UNPCB, plusieurs raisons justifient cette contre-performance. « Le maïs connaît les mêmes problèmes de rendement que le coton. Nous travaillons à des solutions », rassure son président Bihoun Bambou.

La campagne avait pourtant démarré avec des signaux favorables à la productivité. L’installation précoce de la saison hivernale avait permis aux agriculteurs de vite préparer les champs et de réaliser les opérations culturales. A la fin de la période des semis, un cumul de superficies emblavées de 713000 hectares avait été recensé.

Au cœur de la ville de Bobo-Dioulasso se dresse l’imposant immeuble de la Sofitex, la société burkinabè des fibres textiles. Son directeur général, Wilfried Yameogo, argumente la baisse du rendement constatée par la sécheresse, qui touche non seulement les champs de coton, mais aussi de céréales: « Des champs entiers de céréales ont séché, des parcelles entières de riz. Est-ce que c’est un problème d’engrais ou d’insecticide? ».

Des partisans du coton OGM

Peu avant la conférence de presse de l’Union des cotonculteurs, Gnoumou Casimir avait mené par médias interposés une croisade contre l’association interprofessionnelle du coton du Burkina, la faitière des organisations des cotonculteurs.

Il en veut à ces structures d’avoir rompu le partenariat avec la firme Monsanto. Casimir Gnoumou a ses explications au sujet de cette baisse de rendement du coton. « Un producteur de coton génétiquement modifié qui pouvait obtenir un rendement de 2,5 tonnes par hectare doit maintenant traiter jusqu’à onze fois sur un hectare et au finish, il sort avec 333 kilogrammes à l’hectare. C’est macabre! » dénonce le producteur.

Le coton Monsanto n’était pas rentable mais…

Sur le marché international, deux critères majeurs déterminent la qualité du coton : la couleur et la longueur de la fibre. Le coton génétiquement modifié « made in Monsanto » a des limites concernant la longueur de ses fibres.

« Il faut que le produit qui résulte de l’effort des producteurs puisse être commercialisé », souligne Wilfried Yameogo. « Dans le cas de Monsanto, nous n’avons eu que des pertes car la longueur de la soie était très courte. C’est avec le coton conventionnel que nous réalisé une performance record au Burkina ».

Les fibres de coton génétiquement modifié sont plus courtes et moins rentables que celles du coton conventionnel

Les fibres de coton génétiquement modifié sont plus courtes et moins rentables que celles du coton conventionnel

Le retour au coton conventionnel présente un avantage technique, de l’avis du premier vice-président de l’UNPCB, Yacouba Koura: « Nous avons retrouvé cette année des qualités qui avaient disparu totalement et le coton du Burkina est recherché, nous n’avons donc pas fait de mauvais choix ».

… les OGM ne sont pas complètement exclus

Le directeur général de la Sofitex relève toutefois une nuance. Le Burkina Faso n’est pas contre la culture du coton génétiquement modifié. « La filière reste intéressée par les biotechnologies en général, nous sommes à la recherche d’un partenaire avec lequel nous allons construire des variétés locales génétiquement modifiées pour pouvoir obtenir du coton de bonne qualité. »

La Sofitex avait approché la société allemande Bayer en 2014, soit avant que celle-ci ne rachète Monsanto. Aujourd’hui,Bayer est prêt à s’asseoir à la table des négociations pour démarrer un partenariat. « Nous sommes en train de prospecter d’autres développeurs de technologies », conclut Wilfried Yameogo.

Le Burkina Faso, au-delà de la production de l’or blanc doit mener une politique pertinente pour sa transformation. C’est l’avis du secrétaire général de la CGTB, Bassolma Bazié. Selon lui, il faut transformer le coton sur place.

« Il faut que les paysans aient la possibilité et la liberté de choisir les types de culture qu’ils souhaitent. Il ne faut pas que les politiques mentent et fassent miroiter des atouts aux paysans qu’ils ne verront jamais venir. C’est cela qui va aboutir à la désolation et faire que les jeunes vont se radicaliser et nourrir le terrorisme. »

Des initiatives sont prises dans ce sens. Un groupe turc va implanter une usine de transformation de coton au Burkina Faso. Ce projet d’un coût de 200 milliards de francs CFA sera financé par un pool de banques d’investissement africaines.

Ces promoteurs annoncent la création de 12.000 emplois directs et de 50.000 emplois indirects.

« Nous pouvons nous aussi apprendre beaucoup de l’Afrique »

Cette semaine, les journaux parlent notamment de l’Afrique comme un continent des possibles pour les investissements, mais aussi du rachat de Monsanto par Bayer et de ses conséquences au Burkina Faso. (28.04.2017)

La porte ouverte aux pesticides

Monsanto, le groupe controversé spécialisé en semences et OGM, va être racheté par l’Allemand Bayer. En Afrique, on estime que cette transaction financière va bénéficier aux grands propriétaires terriens. (15.09.2016)

Avec m.dw.com

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