Le perroquet robuste d’Afrique du Sud pourrait bientôt disparaître

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Il ne reste plus que 1 500 perroquets robustes dans les forêts brumeuses du sud de l’Afrique du Sud.

En Afrique du Sud, la rosée sur les fougères et l’usnée qui recouvre les immenses arbres font de Hogsback State Forest une réserve magique. La rumeur veut que les collines enveloppées dans la brume et les cascades de la région aient inspiré J.R.R. Tolkien, l’auteur de la trilogie du Seigneur des anneaux, né en Afrique du Sud.

Les virgiliers jaunes, l’arbre national de l’Afrique du Sud sont protégés à Hogsback. Très appréciée des exploitants forestiers pour la fabrication de meubles en raison de sa taille, l’essence persistante est victime de son succès : depuis la fin des années 1800, 60 % des forêts de virgiliers jaunes du pays ont été abattues.

L’important abattage de ces arbres autochtones a eu de terribles conséquences sur la seule espèce native de perroquets d’Afrique du Sud, le perroquet robuste. Cet oiseau dépend en effet des virgiliers jaunes pour se nourrir et faire son nid. L’espèce a également souffert de la maladie du bec et des plumes, un virus souvent fatal qui aurait été transmis aux perroquets sauvages par des oiseaux élevés en captivité dans des volières.

Le perroquet robuste, aujourd’hui considéré comme le perroquet le plus rare d’Afrique, vit dans trois zones forestières isolées, situées dans les provinces du Cap-Oriental, de Limpopo et de KwaZulu-Natal. Pour tenter de sauver l’espèce et d’en savoir plus sur cette dernière, une équipe de scientifiques est au travail.

Un oiseau menacé par le braconnage

Haut perché sur la branche d’un arbre creux, un perroquet robuste mâle incline sa tête jaune qui brille dans la lumière du matin. « Il nous observe », indique Cassie Carstens, directeur de recherche du projet sur le perroquet robuste de la Wild Bird Trust, alors que nous sommes assis immobiles dans un bosquet de virgiliers jaunes dans la forêt de Hogsback. Dans un battement d’ailes émeraude, le mâle disparaît dans une cavité sombre où couve très certainement sa partenaire.

Cassie et son épouse Kate Cartsens sont à la tête de cette recherche sur le perroquet robuste. Ils se frayent un chemin dans la broussaille à la recherche de nids cachés, affrontent les températures glaciales du crépuscule pour écouter les oiseaux s’appeler, observer leur technique de séduction et étudier chacun de leur comportement.

Les perroquets robustes sont toujours à la recherche de graines de virgiliers jaunes et peuvent parcourir près de 100 km par jour afin de trouver les fruits des arbres. Lorsque leur repas favori n’est plus disponible, ces oiseaux s’adaptent, se nourrissant de plus de 30 sortes de graines, de noix et de fruits différents. Toutefois, les scientifiques ignorent si ces produits de substitution sont aussi nutritifs que l’élément principal de leur régime alimentaire.

Nous nous déplaçons dans un bosquet d’arbres nus. Les coquilles de noix de pécans craquent sous nos pas. Cassie Carstens se souvient avec joie qu’un jour de février, il avait aperçu près de 600 perroquets robustes s’envoler au-dessus du pacanier.

Mais cet endroit fut aussi le lieu d’événements bien plus tristes. Ces dernières années, sept perroquets morts y ont été retrouvés. Certains d’entre eux avaient peut-être été tués par des oiseaux de proie comme des éperviers, mais pour Cassie Carstens, d’autres individus auraient été victimes de braconnage.

Il semblerait que des enfants d’une ville proche utilisent des lance-pierres pour assommer les oiseaux avant de les vendre vivants pour 200 rands, soit un peu plus de 13 €. Ces pratiques révèlent à quel point les populations locales ignorent combien cette espèce de perroquet est menacée.

Cassie et Kate Carstens vivent dans le village de Hogsback, aux côtés de 1 000 autres habitants et de centaines de perroquets robustes. Les habitants peuvent souvent voir ces oiseaux rares voler en nuée au-dessus de leur tête à l’aube et au crépuscule.

À l’hôtel de Hogsback, pendant le petit-déjeuner, je discute avec un groupe de touristes venu découvrir les jardins de la ville aux noms fantaisistes de Fairy Realm (le Royaume des Fées), Labyrinth (le Labyrinthe), Mirrors Gallery (la Galerie des miroirs) et Garden (le Jardin. Ils n’ont jamais entendu parlé des perroquets robustes et sont surpris d’apprendre que des oiseaux si rares survolent plusieurs fois par jour les jardins.

Je fais part de cet échange à Kate Carstens, qui est contrariée.

« Le lieu est connu pour ses forêts mystiques et ses fées », déclare-t-elle. « Mais très peu de gens connaissent la région pour cet oiseau magique et endémique d’Afrique du Sud ».

Un livre génétique pour lutter contre le braconnage

Afin de sensibiliser les habitants à la présence du perroquet robuste, Colleen Downs, zoologiste à l’Université de KwaZulu-Natal, a fondé le Cape Parrot Big Birding Day, une journée dédiée aux perroquets robustes.

Chaque année, et depuis 20 ans, des volontaires et des écoliers se rendent dans les forêts côtières à la recherche de ces perroquets rares ou de signes de leur présence lors de cette journée. En mai 2017, un recensement a estimé qu’il y avait 1 500 perroquets robustes en Afrique du Sud.

« Cela fait 10 ans que la population d’oiseaux est restée stable. Nous ne nous attendions pas à ces chiffres », a déclaré Colleen Downs, qui étudie ces perroquets depuis des dizaines d’années.

Cette stabilité du nombre d’individus s’explique en partie par la loi. En effet, toute personne souhaitant posséder un perroquet robuste en tant qu’animal de compagnie doit obtenir un permis spécial. Pour Colleen Downs, « ces chiffres stables ne veulent pas dire que les gens ne veulent plus de perroquets ».

Des initiatives pour sauver l’espèce

D’après Steve Boyes, explorateur National Geographic et directeur scientifique de la Wild Bird Trust, si l’Afrique du Sud veut voir prospérer à nouveau les perroquets robustes, elle doit protéger au moins 18 % de ses forêts autochtones de virgiliers jaunes. Steve Boyes travaille actuellement à la création d’un refuge de 18 hectares pour les oiseaux.

Le projet pour le perroquet robuste, quant à lui, gère des pépinières de virgiliers jaunes dans la forêt Hogsback. Ils fournissent graines et jeunes plants aux producteurs d’un village voisin et achètent les arbres lorsqu’ils sont suffisamment grands pour être plantés.

Cet après-midi-là, Cassie Carstens se promène avec fierté dans la micro-pépinière de Sompondo, un village aux petites maisons situé dans la vallée, au pied de Hogsback. De chaque côté, le village est entouré de grandes forêts. Cette mosaïque de vert est parfois interrompue par les cascades.

Dans la serre ombragée, chaque producteur s’occupe de sa petite parcelle de jeunes pousses de virgiliers jaunes, à différentes étapes de leur croissance. Pour le moment, ce ne sont que des pousses vertes qui mesurent environ 30 cm et qui sont alignées dans des pots.

Ces arbres minuscules devraient pourtant bientôt être mis en terre sur les collines qui entourent le village. Ils pourront alors grandir et se renforcer, jusqu’à ce qu’ils atteignent la canopée et que les jacassements des perroquets robustes natifs de l’Afrique du Sud se fassent de nouveau entendre.

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