Quand Olam redresse la société nationale CotonTchad

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Le rachat de 60% de des parts de la société nationale CotonTchad à l’État tchadien par la multinationale singapourienne Olam, en avril dernier, contribue largement à redonner du souffle à l’entreprise. Trois mois plus tard, une série de changements ont déjà été apportés. Comment les producteurs de coton vivent-ils ce changement, quel avenir pour la société CotonTchad ?

Le Tchad a signé un protocole d’accord sur la privatisation partielle du principal producteur de coton du pays. «L’État cède 60% de son capital au groupe Olam international et 5% aux producteurs de coton à titre gratuit», avaient indiqué les autorités de N’Djamena.

Depuis sa restructuration en 2012, la CotonTchad Société Nouvelle n’a pas réussi à sortir la filière coton de la crise, malgré un montant de subventions de plus de 173 milliards de FCFA sur cinq ans (près de 264 millions d’euros). La production nationale pour 2017-2018 sera d’à peine 25.000 tonnes.

La CotonTchad a le monopole dans le pays de l’achat et de la commercialisation de la graine de coton. Jusqu’alors société d’État, elle a été reprise au printemps par la multinationale Olam, déjà présente dans une dizaine de pays en Afrique, et spécialisée dans l’agro-industrie.

Mbontar Ndouko est cultivateur, président de l’Union nationale des producteurs de coton du Tchad. Après des années de gestion publique calamiteuse, il est plus que satisfait de ce changement.

« C’est un ouf de soulagement pour tous les producteurs. Pour la campagne 2016-2017 la société cotonnière avec la gestion de l’État n’avait pas payé en totalité. Et la campagne 2017-2018, la CotonTchad n’avait pas commandé un seul sac d’engrais ni de pesticides, les gens étaient découragés et si Olam ne venait pas, le coton tchadien était mort. »

Depuis qu’Olam a repris la main, les producteurs sentent la différence, a dit Mbontar Ndouko.

« Ça a changé, car les gens ont eu les engrais. Olam a même payé les arriérés de 2016-2017, alors que le passif de Cotontchad est du ressort de l’état tchadien. Malgré que Olam vient d’acheter, ils ont acheté les intrants au niveau du Cameroun et du Nigéria pour mettre à la disposition des producteurs pour cette campagne. »

L’État tchadien, confronté à de graves difficultés budgétaires, a vendu 60% de la Coton Tchad à l’entreprise Olam, pour plus de 9 milliards de FCFA, près de 14 millions d’euros. Une manière de renflouer les caisses. Mais le ministre tchadien du Commerce et du Développement industriel, Youssouf Abassala, mise également sur le projet industriel porté par Olam.

« Il a été prévu un plan d’investissement de l’ordre de 41 millions de dollars sur les cinq années à venir, suivi de l’augmentation de la productivité, l’installation de deux nouvelles usines et la réhabilitation d’autres usines. La production de coton est estimée entre vingt et trente mille tonnes cette année et si un partenaire amène ses financements à ses risques et périls pour atteindre un objectif de trois cent mille tonnes dans les trois ou quatre ans à venir, cela ne peut être que salutaire. »

La CotonTchad emploie plus de 2 000 personnes, et fait travailler 5 000 producteurs. Le coton est le troisième produit d’exportation du Tchad. La privatisation à 60% de la société nationale, pour un secteur si stratégique, soulève quelques inquiétudes… mais, vu la situation qui prévalait, avec une production divisée par six en deux ans, elle soulève surtout beaucoup d’espoirs.

Dans cet accord, «Olam s’engage à réhabiliter toutes les usines et installations d’égrenage et à la réhabilitation de l’huilerie de Moundou», la deuxième ville du pays et capitale économique du Tchad. Le coton tchadien est cultivé essentiellement au sud du pays où sont concentrées sept usines de la société.

Moctar FICOU / VivAfrik

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