Le Ghana mène la guerre aux déchets plastiques

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Certains pays comme le Rwanda ou le Kenya et plus récemment le Bénin ont pris des mesures pour limiter l’utilisation de plastique. Suffisant pour le Ghana, à l’occasion du World Clean Up Day, de 15 septembre 2018 via l’ONG locale Plastic Punch de décider de relever le défi, à l’instar des bénévoles de plus de 150 pays mobilisés pour ramasser les détritus éparpillés en pleine nature.

Tandis que certains États comme le Rwanda ou le Kenya, et plus récemment le Bénin, ont pris des mesures pour limiter l’utilisation de plastique, le Ghana, pays à l’économie prospère dans la région, n’a jamais mis sur pied d’actions contraignantes. À son échelle, l’ONG locale Plastic Punch a décidé de s’y mettre.

Nous sommes à Ningo. Ce pourrait être une image de carte postale. Des bateaux de pêche colorés stationnés sur une plage de sable blanc bordée par une lignée de cocotiers battus par les vents. À la place, emballages, bouteilles d’eau, bidons éventrés recouvrent chaque centimètre carré de la rive. La plage de Ningo, à 40 kilomètres à l’est d’Accra, pourrait aussi être connue pour sa faune marine. Chaque année, plusieurs espèces de tortues marines viennent y pondre.

Mais aujourd’hui, le littoral est une décharge avec vue sur mer. Les côtes du Golfe de Guinée connaissent un problème récurrent : l’amoncellement de déchets plastiques que chaque marée renvoie. Le mouvement World Clean Up Day, engagé par la fondation Let’s do it, rappelle que l’équivalent d’un camion poubelle est déversé chaque minute dans les océans, et 32 % des déchets d’emballages plastiques finissent dans la nature. Face à ce problème, l’ONG Plastic Punch créée cette année a décidé d’agir pour enrayer ce fléau. L’association mène des actions d’éducation par l’art, le théâtre et, plus concrètement, organise des opérations de ramassage sur les côtes.

« C’est notre pays, ce sont nos côtes »

Cet été, lors de l’une de ces journées, 80 volontaires se sont déplacés pour nettoyer le site. Olive, développeur web et amoureux de la nature, est affairé à ratisser son périmètre sous un soleil écrasant. « Je veux que l’environnement soit propre. Si on ne nettoie pas cette plage, personne ne le fera. Nous vivons ici, nous n’allons pas laisser nos déchets et partir vivre ailleurs ! » dit-il. Un peu plus loin, David charge des sacs-poubelle à ras bord. « La plage est tout simplement horrible. Elle est complètement polluée, c’est terrible. On considère que personne ne va la nettoyer à notre place. C’est à nous de le faire. C’est notre pays, ce sont nos côtes. Conserver des plages propres, c’est aussi un moyen d’attirer les touristes. Et ça, c’est aussi bon pour l’économie », ajoute celui-ci.

Parmi les bénévoles, plusieurs nationalités se brassent. José, originaire de Ciudad Juárez au Mexique, a tenu à mettre la main à la pâte. « Je ne m’attendais pas à ce que la plage soit aussi polluée. Il ne s’agit que d’une journée de ramassage, mais cela peut créer une différence, même minime. Et c’est plaisant de rencontrer des gens qui ont cette même sensibilité », dit-il. Plusieurs opérations de ramassage auront le 15 septembre aux abords du Golfe de Guinée.

La solution : le consommateur

Conscient que cette action ponctuelle ne changera pas radicalement la problématique des déchets plastiques au Ghana, Richmond Kennedy Quarcoo, le fondateur de Plastic Punch, espère jouer sur la sensibilisation. « On a choisi cette plage car c’est un site de ponte de tortues indigènes. Or la dernière fois que nous sommes venus, sur six tortues, cinq étaient mortes. Cette action, que l’on mène en collaboration avec la communauté locale, est une stratégie de sensibilisation : on vient, on ramasse le plastique, ils voient comment les déchets sont rejetés dans l’océan et quel impact ils ont sur la vie marine », explique-t-il. Mais pour l’écologiste, le ramassage n’est pas la clé. « La solution vient avant tout du consommateur. Quand je prends avec moi une bouteille réutilisable, je n’ai pas besoin d’acheter de sachet, d’eau en bouteille… La seule solution, c’est que chacun réduise sa consommation de plastique », poursuit-il. Opération de ramassage. Les habitants d’Accra se plaignent régulièrement de la saleté dans les rues de la capitale ghanéenne, où des monticules de déchets débordent.

Recycler le plastique pour construire des routes

En une journée, les bénévoles ont récolté l’équivalent de deux camions-remorques. Mais les déchets peuvent aussi devenir des ressources potentielles. C’est ce qu’explique la Française Noémie Simon, membre et trésorière de l’association. « Forcément, une fois qu’on a ramassé tout ce plastique, on se dit : mais il va où ? dit-elle. Si c’est pour être brûlé dans un champ voisin, ça n’a pas d’intérêt. Donc on a créé des partenariats avec deux entreprises qui recyclent les plastiques pour la fabrication de briques qui servent à la construction de routes », poursuit-elle. Chaque kilogramme de plastique collecté est revendu 50 centimes de cédis ghanéens (0,10 centime d’euros) aux deux entreprises partenaires basées dans les environs d’Accra : Nat et Nelplast. L’argent collecté est réinvesti auprès des communautés. Mais Noémie Simon tient à nuancer cette solution : « Il y a du travail dans le recyclage ; mais ça ne doit pas être une fin en soi. La fin, ce devrait être la réduction, voire l’élimination totale de l’utilisation du plastique. » Le Ghana produit 22.000 tonnes de déchets plastiques par an, dont seulement 2% sont recyclés, selon le gouvernement.

Le gouvernement aux abonnés absents

Pour l’heure, aucune politique gouvernementale contraignante de limitation de la consommation de plastique n’a été engagée. En juin dernier, le ministre de l’Environnement, Kwabena Frimpong-Boateng, justifiait cette absence de décision par la présence tentaculaire de l’orpaillage illégal : « On dit que certains pays africains ont interdit le plastique et qu’au Ghana, nous devrions faire de même. Mais à cause des activités minières illégales, nos rivières sont polluées, et la population compte sur les sachets et bouteilles plastiques pour boire ! » L’an passé, le président Nana Akufo-Addo s’était engagé à faire d’Accra la ville la plus propre d’Afrique. Selon le service de gestion des déchets du district d’Accra (Accra Metropolitan Assembly), la capitale génère 3 000 tonnes de déchets chaque jour. Le pari n’est pas encore gagné.

Moctar FICOU / VivAfrik

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