L’élevage, un outil d’adaptation aux changements climatiques ?

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L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) voit l’élevage comme un outil efficace d’adaptation aux changements climatiques. Ainsi, les chocs engendrés par la variabilité climatique sur la production animale peuvent être atténués à travers le déplacement des animaux, l’ajustement des rations animales, les interventions sanitaires et la mise en marché d’animaux. C’est ce qu’a révélé un document de la FAO, intitulé « Élevage & changements climatiques ».

Un potentiel important de croissance du secteur de l’élevage existe, dans la mesure où l’accessibilité aux ressources alimentaires des animaux est améliorée : dans les régions arides en Afrique, les interventions permettant d’améliorer l’accès aux ressources fourragères des animaux peuvent entraîner une augmentation de la quantité de produits animaux comprise entre 5 et 20 %.

Rappelons que 14,5 % des gaz à effet de serre (GES) d’origine anthropique proviennent des filières de l’élevage. Cela représente 7,1 gigatonnes (Gt) d’équivalent dioxyde de carbone (éq.-CO2) par an. Mais l’intensité d’émission des gaz à effet de serre varie considérablement au sein des déférents types de produits. Ces différences s’expliquent, selon le texte de la FAO, par les conditions agro-écologiques, les pratiques agricoles et la gestion des filières. C’est dans cet écart entre intensités d’émission élevées et intensités d’émission basses que des opportunités d’atténuation existent, note la FAO.

Le cas particulier du méthane issu de la fermentation entérique joue un rôle non négligeable dans ce processus d’adaptation aux changements climatiques et des opportunités d’atténuation. Lorsque les ruminants digèrent, un gaz à effet de serre est produit : le méthane (CH4). Ce processus est appelé la fermentation entérique. Pourquoi le méthane est-il important dans ce processus ?

Il retient 84 fois plus de chaleur que le dioxyde de carbone (CO2) ; il représente 1/3 du forçage du climat ; le méthane est responsable pour moitié de la hausse observée des niveaux d’ozone ; il est enfin un polluant climatique de courte durée, sa durée de vie atmosphérique est de 12 ans, lit-on dans le document.

Dès lors, réduire le méthane entérique peut avoir un impact positif immédiat sur la sécurité alimentaire et l’atténuation du changement climatique. Les émissions de gaz à effet de serre issues du secteur de l’élevage pourraient être réduites de 30 %, soit (1,8 gigatonnes d’éq.-CO2) grâce à une utilisation plus large des meilleures pratiques et technologies déjà existantes.

Les gains d’efficience sont la clé pour réduire les émissions. Il s’avère donc qu’une réduction des émissions de gaz à effet de serre issues du secteur de l’élevage allant de 14 à 41 % est possible grâce à des améliorations des pratiques dans chacune des régions : qualité des aliments du bétail, santé animale et techniques d’élevage, gestion des effluents et efficacité énergétique.

Selon le document de la FAO, la séquestration du carbone dans les pâturages et les prairies a aussi un potentiel d’atténuation prometteur. Des ajustements de la pression de pâturage peuvent permettre de séquestrer 148,4 Tg de CO2 par an à l’échelle des pâturages du monde entier. 64% du potentiel de séquestration du carbone se situe en Amérique centrale et en Amérique du Sud (42,7 Tg de CO2), en Asie de l’Est et du Sud-Est (20 Tg de CO2) et en Afrique subsaharienne (33 Tg de CO2).

Pour rappel, la FAO dispose un certain nombre d’outils permettant à aider à la prise de décision vis-à-vis des changements climatiques. Il s’agit principalement du Global Livestock Environmental Assessment Model (GLEAM) qui a été développé par l’institution onusienne pour contribuer à l’évaluation de scénarios d’adaptation et d’atténuation pour le secteur de l’élevage. Il calcule la production animale, les émissions de GES et le potentiel d’atténuation avec les méthodes de Niveau 2 (Tier 2) du GIEC.

A cet instrument, s’ajoute le « Partenariat pour l’évaluation et la performance environnementale de l’élevage » (LEAP) qui développe des lignes directrices et des méthodes complètes pour comprendre la performance environnementale des filières de l’élevage afin d’élaborer des mesures politiques et des stratégies commerciales fondées sur des données probantes. Le Partenariat LEAP a développé 6 lignes directrices spécifiques qui fournissent des règles de calcul harmonisées pour quantifier les émissions de gaz à effet de serre issues des filières d’élevage.

Moctar FICOU / VivAfrik

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