Quand les eaux usées recyclées comblent le déficit de l’eau potable en Namibie

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Pour répondre à la situation de stress hydrique et au défi de sa démographie galopante, la Namibie, mise depuis cinquante ans sur la transformation des eaux usées en eau potable. Le recyclage des eaux usées se présente ainsi comme une solution pour faire face aux difficultés auxquelles de nombreuses métropoles à travers le monde sont confrontées. Une situation qui se dégrade de plus en plus avec le dérèglement climatique.

La Namibie est dans une situation d’urgence permanente. En décembre 2016, la sécheresse était telle que l’on craignait de ne plus avoir d’eau du tout en mai 2017, mais, finalement, il a plu », avait expliqué Thomas Honer, directeur de l’usine Windhoek Goreangab Operating Company (Wingoc), dont la devise est : « A Windhoek, chaque goutte d’eau compte » est sans équivoque.

Le recyclage des eaux usées est le choix qui a été fait par Windhoek – la capitale de la Namibie – pour garantir un approvisionnement en eau potable sûr et pérenne. Traversé par les déserts du Kalahari et du Namib et bordé à l’ouest par la côte Atlantique, la Namibie est l’un des pays les plus arides au monde : les précipitations y sont quasi nulles. Bien que située dans une zone plus verdoyante, sa capitale Windhoek est en stress hydrique permanent, avec une pluviométrie moyenne annuelle d’à peine 300 mm, et des aquifères qu’une forte évaporation empêche de se recharger.

Pour faire face à cette situation extrême, ce pays d’Afrique a mis en place dès 1968 une solution inédite : le recyclage des eaux usées municipales pour la consommation humaine. À l’heure actuelle, dans le monde, cette solution est déployée uniquement à Windhoek, à Singapour et dans le Comté d’Orange en Californie (États-Unis).

Depuis 2002, Wingoc gère, pour le consortium formé par les multinationales française et indienne Veolia (67 %) et VA Tech Wabag (33 %), le recyclage des eaux usées de la ville et lui fournit aujourd’hui près d’un tiers de son eau potable.

OPUS®II : valoriser les eaux de procès pour restaurer les écosystèmes naturels

La compagnie pétrolière PXP a choisi Veolia et sa technique OPUS®II pour traiter les effluents du gisement de pétrole Arroyo Grande, dans le Comté de San Luis Obispo, en Californie. Veolia a été choisie dès 2013 pour concevoir, construire et exploiter une installation de valorisation de l’eau de production. OPUS®II, une technologie propriétaire innovante, est utilisée pour produire une eau de haute qualité. Des garanties de performance et de prix sont prévues pour les douze ans du contrat. Outre l’avantage d’être compacte, l’installation de Veolia permet au pétrolier de booster sa production de pétrole tout en contribuant à la restauration de l’écosystème local. En effet, l’eau traitée fournit 25 000 barils/jour qui seront utilisés dans les générateurs de vapeur de type OTSG (vapeur surchauffée) pour la production de pétrole tandis que 20 000 barils/jour sont rejetés dans le milieu naturel contribuant à l’alimentation des rivières dans un milieu particulièrement aride. Cette technologie permet d’augmenter la capacité de production de pétrole brut, d’améliorer la gestion de l’eau et de protéger l’environnement et prouve la richesse des offres de Veolia qui a pu compter sur plusieurs de ses filiales pour adapter l’offre aux besoins de PXP.

Technologie à « barrières multiples »

Les eaux usées de la ville sont traitées dans l’usine de Goreangab, propriété de la ville de Windhoek, inaugurée en 1968. Modernisée en 2002-2003, elle est depuis exploitée et gérée par Windhoek Goreangab Operating Company (WINGOC), un consortium détenu à 67 % par Veolia et à 33 % par le groupe WABAG.

Lors de cette phase de modernisation, plusieurs technologies novatrices ont été mises en place : la filtration biologique et la filtration granulaire au charbon actif ainsi qu’un processus à « barrières multiples » pour éliminer quatre éléments principaux des eaux usées : les éléments physiques et organoleptiques, les macroéléments, les sous-produits microbiologiques et ceux de désinfection. La combinaison de technologies, de produits chimiques et de filtres permet d’éliminer les polluants et les matières solides afin de produire une eau propre et parfaitement potable.

« La production d’eau potable à partir d’eaux usées repose sur le concept de barrières multiples, explique Thomas Honer, directeur général de WINGOC. Les effluents domestiques font l’objet d’un traitement par boues activées. Ils sont ensuite acheminés dans l’usine de Goreangab où ils sont transformés en eau potable. »

De son côté, l’eau potabilisée est mélangée à d’autres sources d’approvisionnement, comme l’eau des réservoirs et l’eau souterraine des aquifères.

Batterie de contrôles

L’eau potable produite par l’usine de Goreangab est soumise en permanence à des contrôles de qualité. Il en va de la mise en sécurité des sources mais aussi de la confiance du public. Ainsi, « des échantillons sont analysés en laboratoire toutes les trente minutes », précise Ludwig Narib, responsable stratégique des infrastructures, de l’eau et des services techniques pour la ville de Windhoek. À cela s’ajoute un programme de gestion des risques pour la santé, lié à des projets de recherche. Il comprend des tests avancés en matière de virologie, parasites, toxicité, pesticides, toxines d’algues…, réalisés par des laboratoires extérieurs. Enfin, l’usine étant entièrement automatisée, « la qualité de l’eau est testée en continu grâce à des échantillonneurs automatiques qui effectuent des prélèvements ensuite analysés par un laboratoire accrédité. Un dernier contrôle, assuré par la ville, teste la qualité finale, une fois l’eau recyclée mélangée à l’eau potable », poursuit Ludwig Narib.

Tous ces efforts sont aujourd’hui couronnés de succès : la capitale a pu ainsi augmenter significativement ses ressources en eau. « À l’heure actuelle, se félicite Ludwig Narib, 26 % de l’eau potable fournie aux habitants provient du recyclage des eaux usées. »

Lutter contre le stress hydrique

L’expérience de Windhoek devrait-elle ouvrir la voie à de nombreuses métropoles qui subissent des pénuries d’eau ? Londres et Tokyo font partie des huit métropoles qui peinent le plus à fournir suffisamment d’eau à leurs habitants. Tout comme Miami, Le Caire, São Paulo, Beijing, Bangalore et Mexico, elles sont confrontées à des défis climatiques ou d’infrastructures, et comptent parmi les villes les plus exposées au stress hydrique. Au Royaume-Uni, Londres par exemple doit faire face à la conjonction de deux phénomènes : des précipitations relativement faibles, à peine 600 mm par an en moyenne (moins abondantes qu’à Paris et moitié moins qu’à New York), et une baisse des ressources en eau en provenance des rivières et de la nappe phréatique.

La solution mise en place à Windhoek prouve depuis 50 ans qu’il est possible d’augmenter l’approvisionnement en eau potable d’une ville grâce à des eaux usées recyclées de manière sûre et responsable. Mais la technologie seule ne suffit pas. Windhoek a su l’associer à une campagne publique de sensibilisation et d’éducation, à un système de contrôle de l’usage de l’eau pour lutter contre son gaspillage, et, enfin, à une traque des fuites et à une baisse de la consommation d’eau dans les jardins publics.

Pour éliminer tout risque sanitaire, l’usine emploie une technologie de pointe « à barrières multiples », reproduisant le cycle de naturel de l’eau à travers plusieurs étapes : pré-ozonation, coagulation / floculation, flottation, filtration sur sable, ozonation, filtration, adsorption sur charbon actif, ultrafiltration et chloration. De la réception des eaux usées de la station d’épuration à la sortie de station de recyclage, il faut compter une dizaine d’heures. Avant son arrivée dans les robinets des Windhoekiens, l’eau est mélangée (jusqu’à 30 %) aux autres sources d’approvisionnement en eau de la ville.

Moctar FICOU / VivAfrik

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