Le réchauffement climatique accroît le risque de sécheresses dans certaines régions

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Sonia Seneviratne, Professeure et Chercheuse à l’Institut d’atmosphère et climat de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich (Ethz, Suisse) a soutenu que le réchauffement de la planète va aggraver le risque de sécheresses dans certaines régions.  Alors que le réchauffement climatique est d’environ 1°C depuis 1850, la Californie, affectée par des sécheresses répétées, a fait face en 2018 au pire incendie de son histoire. Dans une interview accordée au site d’information reseauactionclimat.org, elle regrette qu’en 2017, des sécheresses dramatiques ont menacé, en Afrique de l’Est près de 20 millions de personnes de famine au moment où le pourtour méditerranéen s’assèche.

Comment définit-on une sécheresse ?

La définition la plus simple, c’est le manque de ressource en eau. Mais on en distingue différents types. La sécheresse météorologique se traduit par un manque de précipitations, plus basses que la normale sur une période donnée. Une autre forme est celle que l’on appelle hydrologique. Elle consiste en un manque de ruissellement, c’est-à-dire d’eau dans les rivières et les fleuves, soit par manque de précipitations, soit par trop d’irrigation ou d’évaporation.

Ensuite il y a la sècheresse agricole où trop peu d’eau est présente dans les sols, alors secs, par manque de précipitations ou par trop d’évapotranspiration, c’est-à-dire d’évaporation de l’eau par le sol ou par la transpiration du couvert végétal. Enfin, il y a la sécheresse socioéconomique, lorsque la demande en eau est plus importante que la ressource.

Quant aux seuils de sécheresse, la définition est variable en fonction des endroits. On se base sur la variabilité naturelle dans un endroit donné et on analyse les anomalies par rapport à ce référentiel. Si on a une sécheresse deux ou trois fois plus importante que la variabilité naturelle, on se trouve dans des conditions extrêmement sèches.

Quel est l’impact du réchauffement climatique sur les sécheresses ?

Même sans le réchauffement planétaire, certaines régions seraient affectées de temps en temps par ces différents types de sécheresses. Le changement climatique, dans le contexte de l’augmentation des gaz à effet de serre, peut les amplifier de deux manières : d’une part, ces phases sèches peuvent être augmentées par l’accroissement de la température et du rayonnement. Par ailleurs, lorsque les sols et les plantes s’assèchent, leur manque de contenu en eau empêche son transfert par évaporation qui refroidirait l’atmosphère, ce qui induit localement un réchauffement additionnel de l’air. Celui-ci provoque en retour un assèchement atmosphérique supplémentaire : c’est l’effet boule de neige.

Aujourd’hui, il y a certaines régions qui ont des risques plus importants de sécheresse que l’on remarque déjà. C’est le cas par exemple dans tout le pourtour méditerranéen, où l’on détecte clairement une tendance à l’assèchement. Dans les projections, une même tendance est aussi identifiée pour l’Afrique du Sud.

A l’inverse, en Afrique subsaharienne par exemple, la tendance est moins claire. Il y a effectivement eu une période assez sèche dans le Sahel, mais depuis il y a eu une amélioration des conditions. Encore une fois, il faut se baser sur la variabilité naturelle d’une région donnée. Certaines peuvent montrer des tendances, mais pas assez marquées pour être démontrées de manière statistique.

A quoi s’attendre en suivant la courbe du réchauffement ?

La première solution bien évidemment est de réduire puis stopper nos émissions de gaz à effet de serre. Tout dépendra des décisions qui vont être prises. Si l’on parvient à stabiliser la température à +1,5°C ou +2°C, ce sera évidemment différent que si l’on se laisse aller vers un réchauffement de +3°C ou 4°C d’ici la fin du siècle. Mais il y aura quand même plus de risques que maintenant. C’est très difficile à quantifier, et même entre 1,5 et 2°C, des études ont montré qu’en Méditerranée et en Afrique du Sud les impacts ne seraient pas les mêmes. En Méditerranée, 0,5°C de plus pourrait induire des changements majeurs, en particulier sur la végétation.

Limiter le réchauffement global à +1.5°C requiert un budget carbone global neutre d’ici à 2050, c’est-à-dire arrêter les émissions de gaz à effet de serre d’ici là, ce qui requiert de ne plus utiliser de combustibles fossiles tels que le pétrole ou le charbon. Pour toute émission résiduelle, il faudrait procéder à la capture et au stockage du CO2 (par des méthodes technologiques, qui doivent encore être développées, ou par la reforestation).

Ensuite, vient la question de la gestion de la sécheresse. Aller vers une irrigation aux gouttes à goutte, cultiver des espèces plus résistantes aux sécheresses, faire une agriculture de conservation, sans labour, et avec un couvert permanent pour réduire l’évaporation, arrêter d’arroser les jardins quand il y a des risques de sécheresse.

En somme, il va falloir changer nos comportements pour réduire la pression exercée sur les ressources en eau.

Moctar FICOU / VivAfrik

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