Énergie solaire – une grande opportunité pour le développement de l’Afrique

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Par Jean-Mathias Kouemeko   

Pour diverses raisons, les Etats africains et leurs partenaires bilatéraux et multilatéraux s’investissent dans les projets de développement de l’énergie solaire, dépendante de la générosité du temps ensoleillé qu’il fait en Afrique. Ce d’autant qu’il est indéniable que  le développement durable ne pourrait se faire sans la généralisation de l’accès à l’électricité pour l’ensemble des populations

3 000 heures de soleil en Afrique chaque année

Au regard des statistiques disponibles, les pays africains disposent d’une irradiation solaire de deux fois supérieure à celle de l’Allemagne qui jouit d’une puissance photovoltaïque installée de l’ordre de 40 Gigawatts, soit 20 fois plus que toute l’Afrique. Pourtant, sept des dix pays les plus ensoleillés au monde sont africains. Pour cela, au Sommet de l’Alliance solaire internationale de New Dehli (Inde) en mars 2018, l’unanimité  s’est faite, en présence d’une dizaine de chefs d’Etat africains, autour de l’engagement en faveur de l’élargissement et de l’approfondissement des projets concrets en vue de mobiliser des financements abordables au service d’un déploiement massif de l’énergie solaire.

En outre, l’Afrique possède un immense potentiel en énergie solaire du fait de son ensoleillement quasi permanent. On y enregistre en moyenne 3000 (trois mille) heures de soleil par an, soit au moins six heures de soleil par jour.  Dans le but de mettre ce riche potentiel solaire au service des populations, l’entreprise  spécialiste de l’énergie hors réseau, PEG Africa,  a réalisé en 2017, une levée de fonds de 13,5 millions de dollars. Déjà présente en Côte d’Ivoire et au Ghana, PEG Africa  a un impact sur 200 000 personnes et se donne pour ambition de fournir de l’énergie solaire à 500 000 consommateurs supplémentaires hors réseau mal desservis en Afrique de l’Ouest.

Au Maghreb,  le développement de l’énergie solaire est aussi au centre des politiques de développement. Au Maroc par exemple, le projet «  Desertec » qui cristallise tous les espoirs, est conduit  par les entreprises allemandes et se fonde sur le  principe que chaque kilomètre carré de désert reçoit annuellement une énergie solaire équivalant à 1,5 million de barils de pétrole. Déjà,  en 2016,  le  Maroc  inaugurait  l’une des plus grandes centrales à énergie solaire concentrée au monde, « Noor » (lumière en arabe). C’est  la Banque africaine de développement(BAD)  qui  en était  le premier bailleur de fonds avec une mise de près de 200 millions de dollars.

Développer le solaire coûte cher

Dans le même sillage,  la BAD et l’International Solar Alliance(ISA) ont signé, en mars 2018, un accord pour soutenir conjointement l’assistance technique et le transfert de connaissances pour le développement et le déploiement du solaire dans les pays africains riches en soleil. Cette entente projette la construction de 10.000 mégawatts de systèmes d’énergie solaire à travers le Sahel, dédiée à la fourniture  de l’électricité  à plus de 250 millions de personnes. A cette occasion, l’ISA pourrait  concrétiser son soutien à l’initiative « Desert to power »  par  laquelle la BAD entrevoit de transformer les déserts africains en nouvelles sources d’énergie.

Sur un plan plus global, selon le World Energy Outlook qui effectue des projections énergétiques sur la période  2016-2040,  les 2/3 des inves- tissements mondiaux en ce qui concerne l’installation de nouvelles centrales électriques seront orientés vers les énergies renouvelables à l’horizon 2040. L’Agence internationale de l’énergie a également annoncé que la capacité installée par rapport au niveau enregistré de l’énergie renouvelable connaîtrait une hausse de 43% en 2022, comparativement à 2017.

Mais, le développement  de l’énergie solaire sur le continent africain pourrait rencontrer de sérieux obstacles du fait des coûts élevés des matériels et autres accessoires techniques.  Le soleil est gratuit, mais, le mètre carré de photovoltaïque s’achète à environ 1000 euros. Seules les subventions des Etats pourraient ramener ces coûts à la portée des citoyens, donner une impulsion à la promotion des unités industrielles et améliorer les conditions de vie des populations en ville comme au village.

L’Egypte met la barre plus haut

Dans l’ensemble,  la production mondiale des panneaux  solaires se répartit  entre  la Chine, l’Allemagne et les Etats-Unis d’Amérique. La Chine, elle, assure, selon les statistiques disponibles, 80% de la production mondiale de cellules photovoltaïques. D’où l’urgence pour les gouvernements africains, de  négocier et  de  faciliter  la mise en œuvre des joint-ventures  susceptibles d’accélérer le transfert des technologies dans le secteur du Solaire pour sortir les couches sociales vulnérables de l’obscurité.

C’est le lieu d’indiquer que les autorités égyptiennes ont entrepris de construire  l’une des plus grandes centrales solaires au monde. Installée à Benban non loin d’Assouan, elle est entrée en service fin 2017. Ce parc solaire prévoit d’avoir une capacité de deux(2) Gigawatts répartie sur trente-deux(32) centrales. Sa première tranche a été inaugurée en mars 2018 et produit 64 Mégawatts. Elle est le fruit de la collaboration entre la compagnie allemande Ib Vogt Gmbh et l’opérateur égyptien Solar Systems. À moyen et long terme, le complexe de Benban pourra contribuer à la réalisation des ambitions du gouvernement de 20%  à l’horizon 2020 et 42% d’ici à 2035.

Au plan du financement, l’Egypte a dû assouplir sa législation pour permettre aux investisseurs privés d’entrer dans son secteur éner- gétique. C’est ainsi que le parc photovoltaïque de Benban, d’un coût prévisionnel de quatre milliards d’euros, bénéficie de l’appui de neuf grandes banques internationales dont la couverture-risque est assurée par la Banque mondiale à hauteur de deux cents millions d’euros.

Du coup, il apparaît que la volonté politique reste le levier essentiel pour le développement de l’énergie solaire en Afrique. Etant entendu que l’implication des gouvernements pourrait aider à mobiliser les fonds publics pour les besoins de la cause certes, mais constituer une réelle garantie pour les investisseurs privés intéressés. Le respect des engagements pris par l’Afrique auprès des instances mondiales de lutte contre les changements climatiques doit passer par cette voie.

Jean-Mathias Kouemeko, auteur sur Afrique Expansion Magazine

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