L’Afrique, la future grande puissance mondiale en énergies renouvelables

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La capacité de l’Afrique à développer les énergies renouvelables et à ouvrir la voie vers une plus grande utilisation est de plus en plus évidente. Des plus vulnérables au changement climatique, le continent africain prendrait d’énormes risques en se privant de cette opportunité. Cette capacité et ces risques ont été amplement examinés et discutés durant la Journée de l’énergie organisée au Pavillon de la Banque africaine de développement, lors de la COP24 en Pologne.

Ainsi, pour relever le défi du développement et du changement climatique, l’Afrique peut compter sur un fort potentiel énergétique renouvelable. Certains pays l’ont bien compris qui multiplient les projets pour l’exploiter.

Malgré les effets d’annonce qui promettent pour demain l’électrification de l’Afrique, le continent reste largement plongé dans le noir. Avec près d’un milliard d’habitants, celui-ci représente 13 % de la population mondiale mais seulement 4 % de la production énergétique. Si bien que 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité et que ce nombre risque d’augmenter sous l’effet de la croissance démographique, renforçant les effets du mal développement.

Si la production électrique offerte par les centrales traditionnelles est en progression lente mais constante, les modèles alternatifs misant sur de petites structures décentralisées (mini-réseaux, systèmes solaires domestiques…) paraissent désormais essentiels pour répondre au défi de l’accès universel à l’électricité en Afrique. Or, la capacité du continent à développer aujourd’hui ces structures locales est entravée par le manque de financement.

Un potentiel encore inexploité

Pourtant le continent dispose d’un énorme potentiel énergétique renouvelable, encore largement inexploité. « Bien sûr, l’Afrique est plurielle. Certains pays, notamment le Maroc pour le solaire, le Kenya pour la géothermie ou l’Éthiopie pour les barrages, sont déjà bien avancés quand d’autres, plus fragiles, comme le Mali ou le Niger, sont moins dotés même s’ils progressent rapidement », nuance Christian de Gromard de l’Agence française de développement (AFD). « Mais si l’on regarde large, le continent a tout ce qu’il faut en ressources naturelles – solaire, hydraulique, géothermie, éolien ou biomasse – pour relever le défi », poursuit-il.

Un diagnostic confirmé par l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) qui estime que la capacité installée de l’Afrique, actuellement de 34 gigawatts (GW), pourrait atteindre les 300 GW en 2030, niveau requis pour un accès universel sur l’ensemble du continent.

Un financement encore problématique

Lors d’une session portant sur le thème « Débloquer des financements commerciaux en faveur de la production à petite échelle d’énergies renouvelables en Afrique », le rôle de la Facilité d’inclusion énergétique (FEI), une plate-forme financière pour les emprunts parrainée par la Banque et alimentée à hauteur de 500 millions de dollars dans le but de produire des énergies renouvelables à petite échelle, a été mis en avant. Objectif de cette Facilité : fournir aux projets de petite taille et aux installations hors réseau des financements par emprunts de premier rang et par du crédit mezzanine.

La session a également été l’occasion pour un panel d’orateurs de partager des informations sur l’initiative « Desert to Power », qui vise à exploiter l’énergie solaire dans 11 pays du Sahel pour monter l’un des plus grands projets solaires au monde.

Utopique ? La progression spectaculaire du solaire photovoltaïque sur le continent montre le contraire. La baisse des coûts d’équipements et d’installation a permis à l’Afrique d’augmenter sa capacité de 800 mégawatts (MW) en 2014 et à nouveau d’autant en 2015. « Avec les bonnes politiques d’accompagnement, cette capacité pourrait atteindre plus de 70 GW en 2030 », soutient l’Irena.

« Mais l’accès difficile au crédit et à la finance reste un frein majeur. Car les énergies renouvelables, c’est moins cher, à condition d’investir dans la durée, l’amortissement se faisant sur 20 à 50 ans selon la taille et la nature des projets », souligne Christian de Gromard.

Pour attirer l’argent privé, l’engagement des pouvoirs publics et des bailleurs internationaux est donc essentiel. D’ailleurs, depuis la COP21 de Paris, les plans d’action étatiques se multiplient, à l’image de l’« Initiative africaine pour les énergies renouvelables », lancée en 2015, qui vise à l’installation de 10 GW d’énergies renouvelables sur le continent d’ici à 2020. Soutenue par dix bailleurs – dont la France – à hauteur de 9 milliards d’euros, l’initiative entre désormais dans la phase de mise en œuvre.

Concilier développement et changement climatique

« Mais à côté de cette stratégie des grands projets décidés d’en haut, qui peine à produire des résultats concrets, il existe un mouvement très fécond, venu du bas de la société, pour inventer un nouveau modèle énergétique. Un modèle non plus basé sur le développement de vastes réseaux intégrés mais sur des solutions hors réseau, aux dimensions d’un village ou d’un quartier, plus adaptées aux réalités africaines », souligne l’économiste Jean-Joseph Boillot.

L’Afrique parviendra-t-elle pour autant à concilier développement et défi climatique en misant tout sur les énergies renouvelables ? « Elles peuvent y participer, mais une solution 100 % renouvelable n’est pas raisonnable, pas plus en Afrique qu’ailleurs », nuance Jean-Pierre Favennec, de l’IFP Énergies nouvelles. La preuve : aucun des pays du continent qui ont amélioré significativement leur production d’électricité – comme le Ghana, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire – n’a pu le faire en se privant totalement des énergies fossiles, notamment des centrales au gaz. »

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► La part de l’électricité d’origine renouvelable

Continent africain : 50 % renouvelable (en grande partie de la biomasse), 50 % énergie fossile (données 2015). 50 % de la population vit encore sans électricité.

Pays OCDE : 25,9 % renouvelable, 17,8 % nucléaire, 58,7 % énergies fossiles (données 2017)

France : 17,8 % renouvelable, 71,5 % nucléaire, 11,9 % énergies fossiles (données 2017)

► Les émissions mondiales de CO2 toujours à la hausse.

Elles ont atteint un niveau historique de 53,5 gigatonnes (Gt) équivalent CO2 en 2017, soit 0,7 Gt de plus qu’en 2016, souligne le PNUE. En suivant la tendance actuelle, les émissions atteindront 59Gt en 2030, selon le PNUE.

Pour limiter le réchauffement à 2°C, il faudrait émettre au maximum 40 Gt CO2e en 2030, et 24 Gt pour 1,5°.

Moctar FICOU / VivAfrik

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