Vers l’indemnisation des fermiers blancs au Zimbabwe

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Le Zimbabwe prévoit de dédommager les fermiers blancs dont les terres ont été redistribuées à la majorité noire lors de la réforme agraire débutée en 2000 et a commencé à évaluer la valeur des propriétés concernées. Cette compensation « est inscrite dans notre Constitution et de ce que je sais, c’est une obligation constitutionnelle », a soutenu le ministre des Finances Patrick Chinamasa.

Ce lundi 8 avril 2019, le gouvernement zimbabwéen aurait annoncé de verser à partir du mois prochain des indemnités aux fermiers blancs expulsés de force lors de la réforme agraire controversée ordonnée par l’ex-président Robert Mugabe.  

« L’enregistrement et la liste des fermiers devraient être terminés à la fin avril, date à laquelle débutera le versement des paiements partiels aux anciens propriétaires », ont indiqué les ministères des Finances et de l’Agriculture.

Au début des années 2000, la presque totalité des 4.500 agriculteurs blancs de l’époque ont été expulsés manu militari de leurs terres au profit de fermiers noirs, sur ordre du gouvernement dirigé par Robert Mugabe. Cette initiative avait pour objectif affiché de corriger les inégalités héritées de la colonisation britannique.

Réforme violente

La réforme agraire controversée et parfois violente est considérée par beaucoup d’observateurs comme une des principales causes de la crise économique qui frappe le pays. Plusieurs milliers de fermiers blancs avaient été expropriés de leurs terres et luttent depuis des années pour obtenir un dédommagement.

Cette proposition du gouvernement intervient au moment où le FMI demande au Zimbabwe d’agir rapidement pour sauver son économie. En fait, selon la constitution zimbabwéenne, c’est l’ancienne puissance coloniale, le Royaume-Uni, qui devrait payer les compensations pour les terres saisies par le gouvernement.

«Je veux régler tous les problèmes et les disputes autour de la résolution de la question des terres», a néanmoins expliqué Patrick Chinamasa.

Mais, mal organisée, cette opération s’est faite au profit de proches du régime et de fermiers sans équipement ni formation, provoquant un effondrement brutal de la production. La réforme a plongé par ricochet toute l’économie du pays dans une crise catastrophique dont il ne s’est toujours pas remis.

Le président Emmerson Mnangagwa, qui a succédé à M. Mugabe après sa démission forcée fin 2017, s’est engagé à relancer l’économie du pays, notamment son agriculture. Son gouvernement a ainsi ordonné l’évacuation des fermes occupées illégalement et la restitution symbolique des terres confisquées à une poignée de Blancs.

Il a aussi décidé d’étendre de 5 à 99 ans la durée du bail des fermiers blancs épargnés par la réforme agraire.

Le régime a prévu cette année un budget de l’équivalent de 53 millions de dollars pour indemniser les propriétaires expulsés, mais uniquement pour leurs investissements, pas pour la valeur des terres dont ils ont été expropriés.

Ces paiements « permettront au gouvernement et aux anciens propriétaires agricoles d’avancer vers la résolution du conflit », ont souhaité les deux ministères dans un communiqué.

L’Union des agriculteurs s’est félicitée lundi de cette « grande avancée » qui, a-t-elle souligné, « reconnaît que le principe d’une indemnisation est due » aux agriculteurs.

6000 fermes saisies

Le ministre n’a pas précisé quand les fermiers seraient dédommagés, mais a précisé que les compensations seraient différentes selon les fermes. «Sur les 6000 fermes qui ont été saisies par le gouvernement, seules 1500 ont été évaluées», pour le moment, a indiqué le ministre.

«Une fois les chiffres obtenus nous pourrons étudier les modalités des compensations», a-t-il ajouté, précisant que «tout article de presse donnant des chiffres aujourd’hui n’a aucun sens».

Pénurie de nourriture

La réforme agraire a été conduite au Zimbabwe pour contre-balancer les injustices du passé colonial, où les Blancs s’étaient octroyés les meilleures terres, au détriment de la majorité noire.

Mais pour beaucoup d’observateurs critiques de cette réforme, la redistribution dans les années 2000 a surtout profité aux élites proches du pouvoir. Les fermiers noirs ordinaires qui ont reçu des terres manquaient quant à eux de moyens pour pouvoir les faire fructifier.

Cette réforme a ainsi plongé le pays, ancien grenier à blé de l’Afrique australe, dans une pénurie durable de nourriture.

Moctar FICOU / VivAfrik

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