« L’innovation est la clé pour l’Afrique », dixit David Malpass

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Le nouveau président de la Banque mondiale, David Malpass a profité de sa première visite africaine entamée le 29 avril 2019 pour se confier sur ses projets en Afrique. Madagascar, l’Ethiopie et le Mozambique seront visités par l’ancien sous-secrétaire américain au Trésor qui a pris ses fonctions le 9 avril dernier. Il a échangé avec les dirigeants et les partenaires sur les moyens de promouvoir la stabilité économique et renforcer la résilience du continent.

Économiste de formation, ce proche de Donald Trump a annoncé lors de sa prise de fonction que l’Afrique était la priorité numéro un de l’institution de Bretton Woods dans le cadre de la stratégie de réduction de la pauvreté d’ici à 2030. Dans une interview accordée à la correspondante de RFI à Madagascar, M. Malpass affirme que « l’innovation est la clé pour l’Afrique ».

Quel est le but et l’importance de cette tournée en Afrique, et pourquoi Madagascar en premier ?

La mission de la Banque mondiale est de lutter contre la pauvreté et d’essayer de créer des conditions pour une prospérité partagée, ce qui passe par une amélioration des conditions de vie des gens. Madagascar a fait récemment face à d’importants défis et c’est pour cela que je suis venu. Le pays a un fort taux de pauvreté mais il y a un nouveau gouvernement, donc c’est une bonne opportunité pour aller de l’avant. Je suis  optimiste, le gouvernement malgache saura franchir les étapes nécessaires à la réduction de la pauvreté pour créer plus de revenus dans la vie des gens. Par exemple : l’accès l’électricité et à l’eau potable, un meilleur système agricole pour de meilleures récoltes, tout cela est possible. Ainsi qu’un meilleur environnement pour le secteur privé.

Quel est le principal défi à Madagascar selon vous ?

Le président arrivé en janvier dernier a annoncé un plan d’émergence qui comprend plusieurs changements de direction positifs. L’un d’eux est d’essayer d’avoir un système judiciaire plus fiable pour enrayer la corruption. L’autre est de construire plus de routes pour que les agriculteurs puissent amener leurs récoltes sur les marchés. Il y a d’autres projets dans ce plan d’émergence : le défi va être de les réaliser pour que l’on puisse aller de l’avant et sortir Madagascar de la pauvreté.

Quelles sont les priorités de l’institution ?

Les priorités de la Banque mondiale sont la lutte contre la pauvreté pour avoir de la prospérité partagée. J’espère que la Banque saura rester concentrée sur cet objectif et que j’obtiendrai des résultats. Cela pourra être réalisé pays par pays : parce que par exemple il y a un fort leadership dans l’un ou parce qu’il y a une opportunité sur le type de produits qu’ils vendent dans l’autre. Ensuite la Banque mondiale doit être prête à saisir cette opportunité et aider le pays en question.

Quelle va être la vision de la Banque mondiale pour l’Afrique sous votre mandat ? Par exemple, comment comptez-vous créer plus d’emploi sur le continent, en particulier pour les jeunes ?

Chaque pays est différent. Pour certains, créer plus d’emplois signifie une meilleure éducation pour les jeunes ; pour d’autres, ce sera quelques changements dans le climat des affaires qui donneront envie à certaines entreprises de se développer et à d’autres de simplanter. Madagascar a une chance : il y a une bonne demande au niveau du tourisme. On a besoin de jeunes qui s’impliquent dans ce domaine : qu’ils soient formés, qu’ils aient les compétences pour aller dans cette branche. Essayer de trouver des entreprises avec de bonnes formations professionnelles pourrait être utile. Sur le continent, la situation diffère vraiment d’un pays à un autre concernant la création d’emplois. L’une des pistes pourrait être de créer de nouvelles entreprises innovantes qui développeraient de nouveaux types de récoltes. L’innovation est la clé pour l’Afrique. Il y a d’énormes ressources et d’énormes opportunités. La question est comment ces pays peuvent-ils en tirer parti pour transformer l’essai.

Le Mozambique a été récemment frappé par deux cyclones. Comment la Banque mondiale aide concrètement le pays?

La Banque mondiale travaille avec le gouvernement mozambicain, nous avons une longue histoire avec le Mozambique. Cela nous donne des opportunités pour travailler sur la résilience climatique et l’adaptation à ces différents changements climatiques, qui sont un problème de plus en plus récurrent. On voudrait voir ces pays travailler ensemble main dans la main. À Madagascar par exemple, on a besoin de plus de résilience climatique dans les parcs de logements quand le pays est frappé par un cyclone. Les techniques de construction peuvent être améliorées pour éviter de reconstruire à l’infini. La même problématique s’applique au Mozambique qui vient juste d’être frappé par un cyclone.

Comment comptez-vous travailler avec la Chine pour encourager la croissance des pays pauvres ?

Les rapports de la Banque mondiale avec la Chine sont en constante évolution parce que la Chine elle-même évolue beaucoup. La Chine s’en sort très bien économiquement, elle est dans une position où elle peut réduire ses emprunts auprès de la Banque mondiale. Mais la Chine est capable d’interagir avec la Banque d’autres manières, par exemple à travers l’assistance technique qu’on peut lui fournir. La Chine est désormais aussi en mesure de partager avec le reste du monde les leçons tirées de la lutte contre la pauvreté. Ça a été un succès : 850 millions de personnes en sont sorties.

La Chine est très investie en Afrique. L’une des directions que le pays doit prendre c’est plus de transparence dans leur politique de prêt, en accord avec leurs lois et leur pratique de passation de marché lorsque les Chinois sont présents dans certains pays. C’est bien que la Chine aide les pays à se développer mais cela doit se faire de manière à ce que cela soit juste pour les gens du pays.

Avez-vous eu des discussions avec les Chinois à ce sujet ?

Oui, j’ai parlé avec eux, ils partagent beaucoup de nos objectifs. En terme de lutte contre la pauvreté et de la prospérité partagée, la Chine comprend très bien nos préoccupations et, d’une certaine façon, a été capable d’être moteur dans ces domaines. Concernant l’environnement et le changement climatique, la Chine cherche à améliorer ses politiques. Nous avons beaucoup en commun sur ce point. Mais en même temps, on veut que cela soit fait avec de hauts standards. Nous voulons que la relation avec la Chine évolue d’une façon constructive.

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