Les enjeux de l’agro-industrie en Afrique

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L’agro-industrie dans les zones rurales africaines est presque inexistante ou l’est à l’état embryonnaire. En conséquence, les pays sub-sahariens subissent d’énormes pertes après-récolte, atteignant, dans le cas des denrées agricoles périssables comme les fruits et les légumes, une moyenne de 35,50 % de la production réalisable totale, et entre 15 et 25 % en ce qui concerne les céréales.

L’agro-industrie est ainsi perçue comme l’avenir du développement en Afrique comme le pense un groupe de travail sur l’Afrique rurale. Un groupe d’experts indépendants constitué en mai 2018, dans le cadre du renforcement de la coopération entre les 2 continents dans le domaine de l’Agriculture. Il recommande notamment le développement des investissements publics et privés dans ce secteur.

Le groupe de travail sur l’Afrique rurale fait des recommandations déclinées en 4 thématiques. Bruno Losch, économiste au CIRAD, le Centre français de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.

Selon les données de la Banque mondiale, l’industrie alimentaire et agroalimentaire « pèse » environ 5 000 milliards de dollars, soit près de 10 % des dépenses mondiales de consommation. Rien que pour l’Afrique, le secteur pourrait atteindre les 1 000 milliards de dollars d’ici à 2030.

L’Afrique importe encore une grande quantité de produits agricoles et alimentaires qui pourraient être produites sur le continent. Pour plusieurs produits, leur production ne peut être étendue faute d’infrastructures de commercialisation. Par ailleurs, la création des zones de libre-échange, au niveau régional et dans le monde, ouvre des perspectives d’accès au marché. L’urbanisation et la diversification de l’alimentation qui s’en est suivie créent également des débouchés pour les denrées de consommation courante africaines.  

En 2016 par exemple, le continent a importé plus de 65 milliards de dollars de produits alimentaires, selon le Centre de droit commercial pour l’Afrique australe (TRALAC), et ce montant pourrait atteindre les 110 milliards de dollars d’ici à 2025. Cinq pays (Égypte, Algérie, Afrique du Sud, Maroc et Nigeria) ont effectué 50 % de ces importations étrangères, dont 84 % proviennent de l’extérieur du continent. Le secteur privé de l’agroalimentaire en Afrique reste donc encore largement confronté à la concurrence internationale.

Dans la ligne de cette politique, le Département de l’agriculture et de l’agro-industrie de la Banque africaine de développement (BAD) a commencé à adopter une approche axée sur le marché et la chaîne de valeur dans la conception des nouvelles opérations, et ce, afin d’assurer davantage de revenus et de moyens de subsistance aux bénéficiaires, qui sont majoritairement des collectivités agricoles rurales.

Au niveau mondial, en 2016, l’agro-industrie au sens large (foresterie et pêche comprises) représentent 3,5 % du PIB. En Asie du Sud, ce taux était de 15,9 % contre 15,8 % en Afrique et 4,6 % en Amérique latine. À l’échelle du continent, 57 % des emplois se situent dans l’agriculture. Et en Afrique de l’Ouest plus précisément, 66 % des emplois se situent dans l’économie alimentaire (ce qui inclut toutes les activités de la production agricole à la transformation, l’emballage, le transport, la distribution et la vente au détail).

Ces graphiques sont extraits du dernier numéro consacré à l’agriculture et à l’agro-industrie de la revue trimestrielle « Secteur privé & développement » éditée par Proparco, filiale de l’Agence française de développement. Ils sont repris ici avec l’autorisation expresse de SP&D. En un mot, les projets de développement agricole font une place de choix aux composantes centrées sur l’agro-industrie, la réduction des pertes après-récolte et le développement des marchés.

Moctar FICOU / VivAfrik

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