L’Afrique de l’Ouest sous le diktat de la chute du prix de la noix de cajou

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Les producteurs de la noix de cajou d’Afrique de l’Ouest ne savent plus où donner de la tête. Ils sont, cette année, confrontés à la mévente de leur production à cause des stocks importants constitués l’an dernier en Asie. Les producteurs restent avec les sacs de noix sur les bras, et les prix ont été divisés par trois par rapport à l’an dernier. Cette terrible situation ne vient pas soulager les ménages des pays producteurs de la noix de cajou tels que la Guinée- Bissau, le Bénin ou la Côte d’Ivoire, premier producteur africain. Face à ce calvaire, les agriculteurs sont réduits à attendre une embellie du marché.  

Les producteurs de noix de cajou étaient aux anges l’an dernier, à pareille époque. Car les prix culminaient au-delà de 600 francs CFA le kilo et 60% de la production avait déjà trouvé preneur. Tout le contraire de la campagne 2018-2019 où les deux tiers des noix produites peinent à être écoulées faute d’acquéreur et que les prix sont en dessous de 200 francs dans plusieurs pays. La campagne va donc devoir s’étendre jusqu’en septembre-octobre, le temps de résorber les stocks de l’an dernier.

Comme pour décourager davantage les producteurs déjà habités par de mauvaises nouvelles, Pierre Ricaud spécialiste de l’anacarde pour la société d’analyse Nkalo envenime la situation. « Même si la demande, les prix ne remonteront pas beaucoup, parce que la noix de cajou n’est pas stockée dans de très bonnes conditions au niveau des producteurs. Sa qualité n’est déjà pas très bonne cette année et elle risque de se dégrader encore plus. »

Pierre Ricau qui ne s’attend pas à une éventuelle hausse du prix, assure pourtant que les acheteurs vont revenir dans les campagnes pour acheter le produit. A cet effet, il prodigue des conseils aux agriculteurs désemparés pour leurs opérations de négoce. « De bien sécher leurs noix pour les stocker dans de bonnes conditions et éviter que la qualité baisse trop vite. Ça, c’est la première stratégie importante et l’autre c’est de ne pas chercher à taper des prix trop hauts, ils ont été habitués à prix supérieurs à 500 francs CFA par kilo sur les trois dernières campagnes. Là, il faut se dire que 200 francs CFA par kilo, c’est un bon prix et je pense que dès qu’ils ont des offres à ce niveau de prix, il faut qu’ils vendent. »

M. Ricau a en outre appelé les pays d’Afrique de l’Ouest à investir dans la transformation de la noix de cajou à l’instar du Burkina Faso. Cette initiative pourrait permettre à la sous-région d’éviter une chute vertigineuse de ses revenus dans le futur. « Par exemple le Burkina Faso où la capacité de transformation installée est à peu près équivalut à 50% de la production nationale. C’est l’un des pays où la baisse a été la moins brutale. La plupart des producteurs ont pu vendre quand même une bonne partie de leur production, au moins la moitié à un prix correct. »

A en croire le spécialiste de l’anacarde pour la société d’analyse Nkalo, la Côte d’Ivoire, premier pays producteur africain d’anacarde incarne déjà cette politique. « Il y a cinq ans, il n’y avait que deux usines qui tournaient vraiment, aujourd’hui on en a cinq qui tournent bien et une dizaine qui commence à bien tourner. Mais il va falloir des dizaines et des dizaines d’usines, il y a la place pour (ça). En plus, c’est un business qui est tout à fait rentable. Aujourd’hui en Côte d’Ivoire notamment, il y a des soutiens publics importants. Ce qu’il fut c’est qu’il y ait plus d’investisseurs pour que la croissance de la transformation accélère. »

La transformation est donc la solution d’avenir. D’autant que les acheteurs internationaux privilégient de plus en plus la noix de cajou transformée en Afrique.

Moctar FICOU / VivAfrik                 

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