Chute du braconnage en Afrique, les éléphants toujours menacés de disparition

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Une étude publiée le 29 mai 2019 dans la revue Nature Communications a indiqué que le braconnage des pachydermes gris a diminué ces dernières années passant d’un taux de 10% de mortalité en 2011 à environ 4% en 2017 en raison de la baisse du prix de l’ivoire. En 2016, la population d’éléphants d’Afrique s’élevait à 415 000 individus, une baisse de 111 000 est constatée en 15 ans, liée au braconnage pour l’ivoire. Suffisant pour la même étude de recommander des mesures supplémentaires visant à éliminer la demande d’ivoire. Malgré ces résultats satisfaisants, les éléphants sont toujours menacés, selon les auteurs de l’étude.

Le travail des spécialistes est perçu comme étant une bonne nouvelle pour les défenseurs des éléphants et la biodiversité. Comment expliquer le recul du braconnage ? D’abord par la chute du cours de l’ivoire, dont le trafic se concentre notamment en Asie du Sud-Est. Là où le kilo d’ivoire brut se négociait à près de 2 000 dollars en 2015, il n’en vaut aujourd’hui que quelques centaines. De ce point de vue, l’interdiction par la Chine du commerce d’ivoire sur son territoire depuis janvier 2018 est encourageante, même s’il est trop tôt pour en connaître les effets.

Mais la bonne nouvelle doit être rapidement nuancée. Malgré cette baisse, les pachydermes continuent d’être en danger de disparition en Afrique. Entre 10 et 15 000 d’entre eux sont abattus chaque année pour l’ivoire de leurs défenses, un rythme trop élevé pour être viable. Par ailleurs, le degré de pauvreté et de corruption joue aussi un rôle : plus il est élevé dans un pays, plus le braconnage y est important. En 2016, la population de pachydermes était estimée à 415 000 individus, soit deux fois moins que dans les années 1970.

Si l’on se fie à un communiqué de l’université de York qui a participé à l’étude parue dans la revue Nature Communications au rythme actuel de braconnage, les éléphants d’Afrique, classés « vulnérables » sur la liste rouge de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN), « sont en danger de disparition quasi totale sur le continent ».

« Je pense que si nous ne faisons pas très vite quelque chose, l’avenir qui nous attend est le suivant : quelques rares éléphants survivant dans quelques réserves isolées et lourdement gardées », explique Colin Beale, de l’université britannique, auteur principal de l’étude.

A l’en croire, un braconnage à un niveau de 4% reste « trop élevé » pour assurer la survie de l’espèce. Par contre, Julian Blanc du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) qui y voit l’impact de l’agriculture, a précisé qu’« au niveau du continent, les éléphants ne sont pas en danger immédiat de disparition liée au braconnage ».

Le travail des experts sanctionné par cette étude a été fraîchement accueilli par Ofir Drori de l’ONG Eagle Network, qui aide les gouvernements des pays africains à lutter contre le trafic d’animaux et à faire respecter la loi. Pour lui, les résultats du rapport de Nature Communications s’apparentent à des « données rassemblées dans un bureau ». « Du point de vue du combat que nous menons sur le terrain contre les réseaux de trafiquants, je peux affirmer que nous ne voyons aucun signe de déclin, mais plutôt une augmentation continue du trafic d’ivoire », rectifie Ofir Drori dans une interview au site britannique New Scientist.

Autre écueil de cette étude sur l’ensemble du continent africain, elle masque d’importantes disparités régionales. Les taux de braconnage les plus hauts se concentrent en Afrique de l’Ouest et du centre. Le sud et l’est du continent connaissent, eux, des chiffres au plus bas, comme en Namibie, au Gabon, en Ouganda et au Botswana. Ce dernier pays vient cependant d’autoriser à nouveau la chasse aux éléphants, cédant à la pression des chasseurs et arguant du « trop plein d’éléphants ». D’autant qu’il faut distinguer les éléphants de forêt des éléphants de savane : les premiers sont bien plus menacés dans la mesure où le braconnage est le plus intense dans les espaces forestiers. Plus petite et surtout plus solitaire que leurs cousins de la savane, la population d’éléphants de forêt dans le bassin du Congo aurait par exemple chuté de 65% en l’espace d’une quinzaine d’années.

« Je m’inquiète en particulier pour les éléphants de forêt », confie à l’AFP Colin Beale, biologiste spécialiste de la conservation à l’Université de New York et l’un des auteurs du rapport de Nature Communications. « Cette baisse du braconnage est encore bien en deçà d’une situation soutenable », renchérit le biologiste américain pour qui l’éléphant d’Afrique reste « virtuellement menacé d’extinction », excepté dans de rares zones où il est très protégé.

Moctar FICOU / VivAfrik

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