Un enfant de moins de 5 ans sur trois souffre de malnutrition, selon l’UNICEF

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Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) a estimé, dans son nouveau rapport sur les enfants, la nourriture et la nutrition publié mardi 15 octobre 2019, qu’un enfant de moins de cinq ans sur trois ne reçoit pas l’alimentation dont il a besoin pour bien grandir.

« De nombreux pays pensaient avoir relégué la malnutrition au rang des problèmes du passé, mais ils découvrent qu’ils ont un nouveau problème très important » avec l’alimentation de leurs enfants, a souligné Victor Aguayo, chef du programme nutrition de l’Unicef.

Dans le détail, l’organisation onusienne relève que sur les 676 millions d’enfants de moins de cinq ans vivant dans le monde en 2018, environ 227 millions (environ un tiers) étaient sous-nutris ou en surpoids, et 340 millions (soit la moitié) souffraient de carences alimentaires.

Ce rapport, intitulé « La Situation des enfants dans le monde 2019 – Enfants », nourriture et nutrition, signale qu’au moins un enfant de moins de 5 ans sur trois, soit 200 millions d’enfants, souffrent de dénutrition ou de surpoids. Près de deux enfants âgés de 6 mois à 2 ans sur trois ne consomment pas d’aliments capables de soutenir la croissance rapide de leur corps et de leur cerveau. Cette situation est susceptible d’entraver leur développement cérébral, de nuire à leur apprentissage et d’affaiblir leur système immunitaire, et augmente les risques d’infections et, dans de nombreux cas, de décès.

« Malgré toutes les avancées technologiques, culturelles et sociales des dernières décennies, nous avons perdu de vue l’essentiel : les enfants qui mangent mal vivent mal », indique Henrietta H. Fore, Directrice générale de l’UNICEF. « Des millions d’enfants ont une mauvaise alimentation pour la simple raison qu’ils n’ont pas d’autre choix. Le regard que nous portons sur la malnutrition et la manière dont nous traitons ce problème doivent évoluer : l’enjeu n’est pas tant de donner aux enfants suffisamment de nourriture, mais de leur donner les bons aliments. Voilà le défi que nous devons tous relever aujourd’hui. »

Sur fond de mondialisation des habitudes alimentaires, de pauvreté persistante et de changement climatique, un nombre croissant de pays cumulent ces différents visages de la malnutrition, compromettant leur développement futur, analyse l’Unicef, qui évoque un « triple fardeau ».

La sous-nutrition reste malgré tout au premier plan, affectant environ quatre fois plus de jeunes enfants que le surpoids.

Si le nombre d’enfants ne recevant pas suffisamment de nourriture au regard de leurs besoins nutritionnels a beaucoup baissé (-40% entre 1990 et 2005), cela reste un problème majeur pour de nombreux pays, principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.

– « Faim cachée » –

149 millions d’enfants dans le monde sont ainsi trop petits pour leur âge (retard de croissance en raison d’une malnutrition chronique) et 50 millions, trop maigres par rapport à leur taille (émaciation, liée à une malnutrition aigüe et/ou à un problème d’absorption des nutriments).

L’Unicef pointe également les 340 millions d’enfants souffrant de « faim cachée », car ils reçoivent un nombre de calories suffisantes mais manquent de minéraux et de vitamines indispensables à leur développement (fer, iode, vitamine A et C en particulier, du fait du manque de fruits et légumes et de produits d’origine animale).

Or, ces carences peuvent avoir de sévères conséquences physiques (système immunitaire déficient, problèmes de vue ou d’audition) et intellectuelles.

Ce phénomène commence dès le plus jeune âge, avec trop peu d’allaitement maternel et une diversification alimentaire menée avec des aliments inappropriés, note l’Unicef.

Il est amplifié par « l’accessibilité croissante de nourriture riche en calories mais pauvre en nutriments », de type fast food, nouilles instantanées, etc., pointe l’organisme international.

Enfin, le surpoids et l’obésité connaissent un développement rapide, avec 40 millions de jeunes enfants touchés, y compris dans les pays pauvres.

Alors que ce problème était quasiment inconnu dans les pays à faible revenu en 1990 (seuls 3% des pays de cette catégorie comptaient plus de 10% de jeunes enfants en surpoids), les trois quarts d’entre eux doivent désormais y faire face.

« Par le passé, on pensait que (…) le surpoids et l’obésité étaient la malnutrition des riches, mais ce n’est plus le cas », observe Victor Aguayo, médecin en santé publique qui s’est confié à lemainelibre.fr.

« Les différentes formes de malnutrition coexistent de plus en plus dans le même pays (…) et souvent dans le même foyer » (avec une mère en surpoids et un enfant dénutri par exemple) voire « chez un même individu à différents âges de sa vie », la malnutrition dans l’enfance constituant un facteur de risque de surpoids et d’obésité à l’âge adulte, ajoute-t-il.

Cette situation est étroitement liée à la pauvreté: elle touche davantage les pays pauvres et les populations précaires des pays riches, souligne aussi l’Unicef.

Pour améliorer cet état de fait, l’organisme encourage les gouvernements à promouvoir et rendre accessible économiquement les aliments nécessaires à un régime équilibré.

Il appelle aussi à davantage réglementer la promotion du lait infantile en poudre et la publicité des boissons sucrées, et à mettre en place un étiquetage nutritionnel des aliments « facilement compréhensible », pour aider les consommateurs à faire des choix meilleurs pour la santé de leurs enfants et la leur.

Moctar FICOU / VivAfrik                 

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