L’écologie, parent pauvre du Sommet de l’ASEAN

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Les rideaux sont tombés, lundi 4 novembre 2019 à Bangkok, la capitale de la Thaïlande sur le Sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Un Sommet au cours duquel les négociations ont préférés reléguer la question écologique au second plan. Dans l’ombre des discussions autour du traité de libre-échange (RCEP), des séances et un déjeuner étaient dédiés à la lutte contre le réchauffement climatique. Des annonces ont été faites, mais jugées insuffisantes par les associations de protection de l’environnement.

Une attitude face à laquelle Ratri Kusumohartono, membre de la branche sud-asiatique de Greenpeace a vivement dénoncée au lendemain du sommet de l’ASEAN. « Les gouvernements n’ont pas la force de s’attaquer aux problèmes. Aucune politique efficace n’est mise en place », s’est indigné Mme Ratri Kusumohartono. L’ASEAN compte 10 pays (Indonésie, Thaïlande, Singapour, Malaisie, Philippines, Vietnam, Birmanie, Cambodge, Laos et Brunei). Représentant près de 9% de la population mondiale, 2 800 milliards de dollars de PIB, elle se présente comme un géant économique en pleine expansion. « 5ème bloc économique mondial », derrière l’Union européenne, les États-Unis, la Chine et le Japon, cette croissance exponentielle pourrait être rapidement stoppée par les phénomènes climatiques.

C’est du moins ce qu’a alerté António Guterres, secrétaire général des Nations unies lors d’une conférence de presse en marge du sommet. « Quatre des 10 pays les plus touchés par le changement climatique sont des États membres de l’Asean », a-t-il indiqué.

Le secrétaire général de l’ONU a en outre invité les pays membres de l’ASEAN à jouer de leur influence et à prendre des décisions pour que tous les pays d’Asie du Sud-Est abandonnent leur « dépendance au charbon » afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 45% d’ici à 2030, atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 et limiter l’élévation de la température à 1,5 degré Celsius d’ici à la fin du siècle.

Une étude publiée dans la revue Nature Communications le 30 octobre 2019 peint un tableau sombre de cette situation déjà critique. Selon cette étude, la région serait la plus touchée par la montée des eaux et la recrudescence de catastrophes naturelles de plus en plus violentes. 300 millions de personnes, dont les deux tiers se situent en Chine, au Bangladesh, en Inde, au Vietnam, en Indonésie et en Thaïlande, sont menacées par la montée des eaux d’ici à 2050. Plusieurs mégalopoles asiatiques comme Jakarta, Bangkok, Hô Chi Minh Ville et Bombay, pourraient être inondées.

Hormis les alertes d’Antonio Guterres et l’étude publiée dans revue Nature Communications, de nombreuses associations, Greenpeace en tête, ont insisté sur l’importance de faire plus pour lutter contre le réchauffement climatique. La pollution au « haze », le brouillard qui résulte des feux qui brûlent à ciel ouvert et qui touche majoritairement l’Indonésie et la Malaisie, est leur fer-de-lance. Dès l’ouverture du sommet, des activistes ont mené une action à Bangkok pour alerter les chefs d’État. Une banderole, un message : « les politiciens parlent, les leaders agissent. ».

Dans un message adressé aux dirigeants, Greenpeace alerte parle de la baisse de la qualité de l’air en Asie du Sud-Est. « Cette année, la baisse de la qualité de l’air en Asie du Sud-Est, causée par les incendies de forêt dans certaines parties de l’Indonésie et de la sous-région du Mékong, a soulevé des questions sur l’efficacité d’un accord de l’Asean pour prévenir la pollution au haze ». « Il y a eu un plan en 2002 et un autre qui doit se finir en 2020. Pourtant 2019 a été l’une des pires années en termes de pollution due aux feux de forêts », s’est exclamé l’Indonésienne Ratri Kusumohartono. Elle réclame une politique ferme, notamment contre les incendies, « il faut que les compagnies responsables de tous les feux volontaires soient condamnées et qu’on les empêche de recommencer ».

Croissance ou climat, le choix

« Il y a une contradiction dans les consciences politiques. La vision de la croissance économique aujourd’hui est incompatible avec la lutte écologique actuelle », estime Frédéric Durand, chercheur à l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est. Or, cette année, le sommet était surtout axé sur la coopération internationale, et particulièrement sur le traité de libre-échange.« Le défi colossal maintenant, c’est de faire en sorte que (le réchauffement) soit le moins grave possible. Pas de l’empêcher », alerte le chercheur.

Un constat partagé par Patrick Marchesiello, directeur de recherche à l’Institut de Recherche et du Développement (IRD) établi au Vietnam depuis plusieurs années. « Des sommes énormes sont mises en jeu. Ce qui peut être fait pour endiguer les problèmes environnementaux va être tellement néfaste pour l’activité économique que cela va dépendre de la capacité des pouvoirs publics à mettre en place des actions », analyse-t-il. Extraction de sable dans les rivières, infrastructures empêchant les nappes phréatiques de se remplir, construction de barrages, émissions de gaz à effets de serre, etc. « C’est l’activité humaine en générale qui pose problème dans ces pays qui se développent très vite », conclut M. Marchesiello.

Pour autant, suite aux discussions qui ont eu lieu entre les 10 pays de l’Asean, conjointement avec leurs voisins chinois, japonais et indiens, plusieurs programmes de « coopération régionale » ont été renforcés. Les chefs d’État ont tenu à insister, via un communiqué, sur la nécessaire « coopération et collaboration en matière de développement durable dans la région (…) et dans la réalisation de l’Agenda 2030 ». Plantation de barrières naturelles de mangrove ou encore système de surveillance climatique… Plusieurs mesures ont été annoncées à la fin de ce sommet annuel, mais cela n’a pas suffi à satisfaire les associations de protection de l’environnement, en attente d’un grand changement en matière de politique écologique. 

Moctar FICOU / VivAfrik

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