Mona Chaya révèle les défis à relever afin que « la demande supplémentaire de production alimentaire et agricole soit satisfaite »

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Propos recueillis par Moctar FICOU

La Directrice Adjoint, alimentation et agriculture durable de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a passé en revue le nouveau rapport de sa structure baptisé « Transformer l’agriculture et l’alimentation pour réaliser les Objectifs de développement durables ». Dans une entrevue accordée à VivAfrik en marge de la cérémonie d’ouverture de l’atelier régional pour l’Afrique qui s’est déroulé du 12 au 14 novembre 2019 à Dakar, la capitale sénégalaise au tour du thème : « Nouvelle approche pour l’intégration de l’alimentation et de l’agriculture durable dans le cadre de la mise en œuvre des Objectifs de développement durable », Mona Chaya a révélé le contenu du nouveau document de la FAO, soulignant au passage la haute porte de cet atelier.

Qu’est-ce qui motive, selon vous, la tenue de cet atelier ?

Les raisons sont multiplient. Aujourd’hui, la plupart des personnes qui prennent des décisions clés dans les ministères et les organisations gouvernementales ne sont pas adéquatement formées sur les méthodes et approches leur permettant d’intégrer les ODD dans les efforts nationaux de mise en œuvre de suivi de la Déclaration de Malabo. Il existe également une intégration limitée et/ou une utilisation sporadique des indicateurs des ODD pour le suivi et l’établissement de rapports sur les progrès réalisés, à la fois, dans les « revues nationales volontaires » de Malabo et sur les Objectifs de développement durable. En outre, il est nécessaire de trouver des moyens nouveaux et efficaces pour rehausser la participation du secteur privé et de la société civile, ainsi que de mobiliser les investissements, autant d’éléments indispensables à la réalisation des Objectifs de développement durable.

Pourquoi votre structure a publié le nouveau document d’orientation dont vous faites allusion ?

La FAO a publié un document d’orientation intitulé « Transformer l’agriculture et l’alimentation pour réaliser les Objectifs de développement durables » afin d’aider les pays à planifier et allouer les ressources dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Il organise de manière intégrée les domaines d’expertise de la FAO dans 20 domaines d’action interconnectés, et ce, en réponse au défi posé par les ODD du 9 juillet 2019. Les 20 actions décrivent les approches, les pratiques, les politiques et les outils intégrant les trois dimensions du développement durable (Ndlr : économie, social et environnement) et impliquent une participation et des partenariats entre différentes parties prenantes.

Pouvez-vous nous énumérer les objectifs de l’atelier de Dakar ?

A priori, l’atelier devrait permettre de familiariser les pays avec cette approche intégrée pour la planification de l’alimentation et de l’agriculture et l’allocation des ressources. Il devrait également servir de plate-forme permettant aux participants d’apprendre de leurs expériences respectives (défis et pratiques réussies) en matière de transformation de l’alimentation et de l’agriculture. Il s’appuie sur les résultats de l’atelier de la FAO intitulé « Vers une agriculture, une sylviculture et une pêche productives, durables et inclusive à l’appui du Programme du développement durable pour 2030 », tenu à Kigali au Rwanda en septembre 2016, et complète le dernier « Atelier régional de renforcement des capacités sur le suivi des indicateurs de développement durable en Afrique orientale » qui s’est tenu à Addis-Abeba du 28 au 29 mai 2019.                  

Quels défis faut-il relever pour une production alimentaire et agricole satisfaisante ?

En 2050 la population sera plus nombreuse mais au regard des tendances historiques, aucun obstacle technique ne s’oppose à ce que la demande supplémentaire de production alimentaire et agricole à générer soit satisfaisante. Pourtant le défi est maintenant différend. C’est l’amenuisement des ressources naturelles auxquelles nous assistons aujourd’hui qui rendra ce défi plus difficile à relever. Celui des terres, des eaux, des forêts et met en jeu des facteurs plus complexes liés au changement climatique. A l’heure actuelle, les systèmes de production se heurtent à des obstacles sans précédentes en raison de la demande croissante de produits alimentaires de la part d’une population de plus en plus dense, d’une compétition élevée pour les ressources naturelles qui sont en diminution, de la perte de biodiversité et de l’apparition de nouveaux ravageurs et de nouvelles maladies.

Alors comment y parvenir ? En premier lieu, nous devons définir les objectifs communs et une vision commune. La vision commune de l’alimentation et l’agriculture durable à laquelle se réfère la FAO, repose sur les principes interdépendants de protection de ressources naturelles, d’utilisation efficiente de ressources, de renforcement de la résilience des moyens de subsistance, de résilience des écosystèmes et d’optimisation de la gouvernance. Il est accepté que des concessions seront nécessaires entre ces principes mais avec l’appui direct des gouvernements et en plaçant la durabilité et la prospérité des agriculteurs au sens de la démarche, cette approche pourra se concrétiser.

Le développement durable passe par la transformation de l’alimentation et de l’agriculture. Etes-vous d’accord avec cette assertion ?

Cette phase est indispensable. Pour la FAO, le développement durable devra passer par la transformation de l’alimentation et de l’agriculture. Cette évolution en profondeur ne pourra être accomplitqu’au moyen d’actions, de décisions et d’initiatives cohérentes ciblant la pauvreté, les inégalités, l’insécurité alimentaire et la malnutrition et visant un accroissement durable de la productivité agricole. On ne pourra y parvenir que l’on cesse d’envisager le défi de la durabilité de manière parcellaire pour privilégier l’intégration intersectorielle. Pour accélérer la contribution de l’alimentation et de l’agriculture à l’accomplissement des ODD, il faudra mener, de façon convergente divers types d’actions, notamment faire évoluer les pratiques sur le terrain, investir dans les capacités et les connaissances des acteurs locaux, renforcer les institutions, constituer et appuyer de nouvelles formes de partenariats. Ces partenariats devront mobiliser le secteur privé notamment les organisations de producteurs agricole, reposer sur la coopération internationale et sur des systèmes novateurs et s’appuyer sur des ressources financières appropriées.

Pour cela, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, depuis l’adoption du Programme 2030, stimule et facilite le débat sur les grandes orientations au niveau national, régional et mondial. Elle promeut des approches intégrées et recueille les connaissances et les bonnes pratiques. Au niveau régional et mondial, la FAO, encourage et facilite le dialogue intersectoriel et la planification avec pour objectif, faire émerger une vision d’ensemble pour les systèmes alimentaires du futur. Au niveau national, nous apportons un appui aux pays pour qu’ils élaborent de nouveaux instruments afin de favoriser une utilisation, plus viable et plus efficace des ressources naturelles dans l’ensemble des secteurs liés à l’agriculture. Sur le terrain, nous assurons la promotion d’approches intégrées telles que l’agro-écologie, la gestion des bassins versant et bien d’autres approches intégrées. Et pour la première fois, dans le souci d’évoluer plus concrètement vers une alimentation et une agriculture durable, la FAO a mis au point des directives, qui traduisent, dans la pratique, sa vision commune pour une alimentation et une agriculture durable. Ces directives associent les dimensions sociale, économique et environnementale. Elles s’intitulent, « transformer l’alimentation et l’agriculture pour réaliser les ODD, 20 actions interconnectées pour orienter les décideurs ».                               

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