Sénégal – licences de pêche à des navires étrangers : Greenpeace tire la sonnette d’alarme

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C’est une dizaine de jours après son installation comme ministre de la Pêche et de l’Economie maritime que l’ONG Greenpeace Afrique, dans une lettre ouverte, alertait Alioune Ndoye sur des « choix inappropriés des politiques menées et la non-application des textes règlementaires et documents stratégiques » qui impactent « négativement » les communautés de pêcheurs. Ces « choix inappropriés » constituent une menace supplémentaire pour les stocks de poissons déjà surexploités, selon les conclusions de la dernière compagne menée par le Centre de recherche océanographique Dakar-Thiaroye (CRODT). Selon le journal EnQuête, ces choix concernent, entre autres, l’attribution d’autorisations aux unités de production de farine de poissons qui constituent une réelle menace et surtout celle des licences de pêche à des bateaux étrangers pour pêcher dans les eaux sous juridiction sénégalaise. Greenpeace s’associe au Regroupement des armateurs et industriels de la pêche au Sénégal (GAIPES) pour dénoncer une probable attribution de 52 licences de pêche à des bateaux d’origine chinoise et turque. En effet, dans une lettre adressée au ministre, les armateurs s’offusquent de voir « 13 demandes de promesse de licence » sur les ressources démersales côtières dont l’octroi de nouvelles licences dans le secteur a été gelé depuis 2006, et sur des ressources en petits pélagiques côtiers, déjà surexploitées et réservées aux pêcheurs artisanaux, renseigne emedia.sn.

Une pêche illicite que l’on essaye de rendre licite

Tout ceci vient s’ajouter au fait qu’entre 2018 et 2019, plusieurs dizaines de licences avaient été accordées dans le plus grand secret sur un type de pêche (« chalutier de pêche démersale profonde option poisson et céphalopode ») qui n’existe ni dans le Code sénégalais des pêches, ni dans son décret d’application. La commission mise en place pour tirer cette affaire au clair n’a toujours pas encore rendu ses conclusions, que de nouvelles licences sont agitées, révèle le journal. « C’est une pêche illicite que l’on essaye de rendre licite. Dès lors que les autorisations seront fournies, ces bateaux pourront légalement pêcher au Sénégal. Tout le monde sait que c’est la pêche artisanale qui fournit la majorité de la consommation nationale de poissons. Donc, c’est elle qui doit être appuyée et non la pêche industrielle », explique Dr Ibrahima Cissé, responsable campagne océans de Greenpeace Afrique. Selon une étude de l’Institut d’études de sécurité (ISS) publiée en 2015, le Sénégal perd chaque année 150 milliards de FCFA, conséquence de l’INN. Rien qu’une surveillance efficace des eaux nationales pourrait faire gagner au gouvernement plus d’argent que ce que l’ensemble de licences de pêches octroyées fournit, précise la même source. Greenpeace dénonce depuis plus de 15 ans, les pratiquent des navires chinois sur des fausses déclarations de leurs prises au Sénégal, Guinée-Bissau et en Guinée, pour minimiser les redevances payer à l’Etat. L’ONG évalue cette perte au Sénégal à 372 millions de FCFA entre 2000 et 2014. Pour rappel, les scandales liés à l’attribution des licences des pêches à des bateaux étrangers remontent aussi à la gestion du régime socialiste, renchérit le média sénégalais.

De la question des licences de pêche…l’avis de la commission consultative. (Par Fodé FALL, DC du MPEM)

Devant les relances persistantes de deux entreprises qui avaient adressées des demandes de licences au département, le Ministre a demandé à la direction en charge de ces questions les raisons qui empêchaient de donner une suite aux dites requêtes qui dataient de 2019. La situation actuelle de pandémie et les mesures prises pour empêcher les regroupements furent présentées comme les seules raisons empêchant de réunir la commission consultative. Considérant que l’État doit continuer à assurer sa mission, le MPEM a instruit le Directeur des Pêches Maritimes d’organiser une consultation à distance de tous les membres de la commission consultative pour recueillir leurs avis, afin de lui permettre de donner une suite à ces demandes dans un sens ou dans un autre. Ce qui fut fait, à l’image de toutes les organisations qui continuent, aujourd’hui, de travailler, au niveau national comme international, à l’exemple même du Gouvernement de la République. Saisissant ce prétexte, le GAIPES a jugé utile de répondre au ministère par une lettre ouverte accusatrice, rappelant des faits tout au plus du passé, en se jouant d’amalgames et de manipulations grossières, avec un but non caché de vouloir faire chanter le Gouvernement. En atteste toute la campagne médiatique orchestrée pour tromper l’opinion en lui faisant croire que nous avions déjà donné 56 nouvelles licences à des chinois. Nous avons, par la suite, enregistré la balade du DG de SOPASEN et Président du GAIPES Monsieur Saer Seck, dans les différents médias, suivi par l’ancien Directeur général Adjoint de la même société, aujourd’hui Administrateur Monsieur Adama Lam, puis de la directrice générale actuelle de cette même société Mme Fatou Niang. Nous avons enregistré leurs tentatives d’embarquer les acteurs de la pêche artisanale, les femmes transformatrices, pourtant premières victimes de leurs pratiques qui n’ont de mobiles que de préserver un monopole aujourd’hui inexplicable sur des pêcheries, dans des zones en concurrence directe avec la pêche artisanale, occasionnant régulièrement des accidents au détriment exclusif des artisans pêcheurs, relève Fodé Fall dans sa contribution publiée par dakaractu.com.

Moctar FICOU / VivAfrik                                      

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