Le déclassement de la forêt de Mbao divise l’Etat et les populations

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Le projet de déclassement de la forêt de Mbao ne cesse de créer la controverse. Joint au téléphone, Guirane Diéne, coordonnateur de la plateforme pour le développement de Mbao a indiqué que le ministre de l’Environnement et du Développement durable, Abdou Karim Sall, qui plus est habitant de la ville de Mbao, a rassuré aux membres de sa plateforme sur le fait qu’aucune procédure n’est enclenchée pour le déclassement de la forêt verte de Mbao.

Il est visiblement clair que les populations de la commune de Mbao ne voient pas, aujourd’hui, la pertinence du projet du déclassement de cette forêt en considérant le rejet de toutes leurs demandes passées, sous les régimes d’Abdou Diouf et d’Abdoulaye Wade.

Ces dernières ne comprennent toujours pas la pertinence d’un tel projet, surtout que l’Etat du Sénégal a toujours dit niet quant à leurs nombreuses doléances. Mais le commandant de la brigade de gendarmerie de Keur Massar, Waly Sène, croit dur comme fer qu’il faut déclasser la forêt de Mbao pour stopper la progression des délinquants. Il a fait cette requête à la suite de la mort du douanier Cheikhou Sakho et le meurtre de Mariama Sagna de Pastef. «La décharge de Mbeubeuss et la forêt classée de Mbao sont les sources de l’insécurité à Keur Massar », a-t-il suggéré.  

Les riverains qui ont pris sont contre-pied avaient demandé l’extension du village de Mbao sur la forêt, en raison de l’accroissement de sa population. Une demande catégoriquement refusée par l’Etat qui soutenait que c’est un patrimoine classé et protégé par les traités internationaux. Le président Wade a, à son tour, rejeté cette demande pendant que le tracé de l’autoroute à péage a été validé.

Toutefois, il avait proposé une alternative, en affectant à la commune de Mbao des terrains au niveau de Ngakhira. Deux autres demandes ont suivi, en raison de la pollution due aux Industries chimiques du Sénégal et l’avancée de la mer. Les populations avaient souhaité un site de recasement dans la forêt, mais, une fois de plus, l’Etat s’y est opposé. « Les autorités ont toujours refusé le déclassement. Donc, si aujourd’hui, après tout ce qui s’est passé, on se lève un beau jour pour dire que 10 hectares vont être déclassés pour la construction d’un cimetière, cela nous pose problème. Surtout pour des personnes qui n’ont aucun lien avec la forêt, qui ne connaissent pas la forêt, qui ne savent pas comment la forêt s’est implantée dans cette zone, pourquoi le colon l’a mise ici et pas ailleurs. C’est difficile à comprendre. On a fait tellement de demandes pour que l’Etat déclasse ne serait-ce qu’une petite partie pour régler les problèmes de la commune. Pourquoi on accepterait que d’autres viennent bénéficier d’un déclassement ? Tout ce qui se fera sur cette forêt doit l’être en parfaite collaboration avec la commune de Mbao », soutient Omar Ndiaye, un responsable politique vivant dans ladite commune.

Le Code forestier en matière de modalités de déclassement stipule clairement que le motif doit être d’intérêt général. Mais, dans ce cas précis, plusieurs demandes d’intérêt général se sont succédé au fil des années, sans avis favorable. Un aspect de la problématique qui alimente d’ailleurs la crise de confiance entre l’Etat et la population de Mbao. Et M. Ndiaye d’ajouter : « J’habite le village de Kamb, dans la commune de Mbao. Il y a plusieurs villages : Petit-Mbao, Grand-Mbao, Keur Mbaye Fall et Kamb, derrière la voie ferrée. Personne n’est mieux placé que nous pour parler de cette forêt. Nous sommes là depuis 25 ans. Nous avons protégé cette forêt. On a gardé sa sacralité durant un demi-siècle, puisque cela a commencé avec nos parents. Nous n’avons jamais violé ne serait-ce qu’un centimètre de cette forêt. Nous avons un cimetière non délimité, près de la forêt classée. Et vu l’agrandissement de la commune, il ne devait pas l’être. Mais, il y a quelques mois, le ministre de tutelle a délimité ce cimetière. Ce qui a causé beaucoup de problèmes et tout un débat ».

Moctar FICOU / VivAfrik         

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