Préservation de la forêt amazonienne : Jair Bolsonaro sous pression

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La pression ne faiblit pas au Brésil et partout dans le monde pour contraindre le président Jair Bolsonaro à œuvrer dans le sens de la préservation de la forêt Amazonienne. Mieux, face aux pressions insistantes d’investisseurs qui réclamant des « résultats » dans la lutte contre la déforestation en Amazonie, le gouvernement brésilien semble avoir changé de ton, mais il devra agir pour convaincre.

Le simple fait que le vice-président Hamilton Mourao se soit engagé, mercredi 15 juillet 2020, à « réduire à un minimum acceptable » la déforestation et les incendies est déjà une petite révolution, a magnifié Louis Genot de l’Agence France-Presse dans les colonnes de lapresse.ca.   

Il y a un peu moins d’un an, quand la communauté internationale, le président français Emmanuel Macron en tête, s’était émue de voir des régions entières de la forêt amazonienne, « bien commun » de l’humanité, partir en fumée, son homologue brésilien Jair Bolsonaro s’était braqué.

Il avait crié à un complot « colonialiste » menaçant la souveraineté du Brésil.

Jeudi 16 juillet 2020, le soir, le président, lors d’un direct sur Facebook, a encore accusé : « l’Europe est une secte environnementale. Ils n’ont rien préservé de leur environnement, presque rien […] Mais ils nous tirent tout le temps dessus, et de manière injuste », a lancé Jair Bolsonaro, « nous avons des problèmes parce que le Brésil est une puissance dans l’agronégoce ».

Mais fin juin 2020, quand des fonds d’investissement d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Sud qui administrent 4 000 milliards de dollars ont menacé de retirer leurs investissements, leurs arguments sonnants et trébuchants ont eu un tout autre écho.

« Le fait que la pression vienne d’investisseurs et non de chefs d’État change la donne », a estimé André Perfeito, économiste du cabinet de consultants Necton.

Ces investisseurs ont été entendus la semaine dernière par le gouvernement lors d’une visioconférence et le vice-président Mourao a reconnu que de belles paroles n’étaient pas suffisantes.

« À aucun moment ils se sont engagés à apporter des fonds, ils veulent voir des résultats, une réduction de la déforestation », a-t-il déclaré à l’issue de cette réunion.

« Pas de plan concret »

La menace des investisseurs est prise très au sérieux par un gouvernement qui aura plus que jamais besoin de devises pour relancer une économie lourdement frappée par le coronavirus.

« Le Brésil compte sur des investissements venus de l’étranger pour préparer la sortie de crise, avec de grands chantiers d’infrastructure, notamment du traitement des eaux », explique Rubens Barbosa, ex-ambassadeur du Brésil aux États-Unis et directeur de l’Institut de relations internationales et du commerce extérieur (IRICE).

Plusieurs anciens ministres des Finances et anciens présidents de la Banque centrale du Brésil ont affirmé cette semaine dans une lettre ouverte que l’absence d’efforts contre le réchauffement climatique « pourrait avoir des conséquences beaucoup plus graves que la pandémie ».

Les défenseurs de l’environnement ne se font pas beaucoup d’illusions face au changement de discours d’un gouvernement désireux d’ouvrir les territoires indigènes et les réserves naturelles protégées aux activités minières ou agricoles – celles qui favorisent le plus le déboisement. 

« Quel est le plan concret, avec quel budget ? Au-delà des discours, on ne voit pas le moindre signe d’un vrai changement de politique », estime Marcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatoire du Climat, un collectif d’ONG luttant contre le réchauffement climatique.

Et les chiffres sont déjà alarmants, avec une déforestation record au premier semestre, 25 % supérieure aux six premiers mois de l’année dernière.

En mai, le gouvernement a envoyé l’armée en Amazonie pour lutter contre les incendies qui la ravagent à chaque saison sèche. Mais le vice-président Mourao a reconnu que ces opérations avaient commencé « trop tard ».

Résultat, le Brésil a connu son pire mois de juin depuis 13 ans pour les incendies de forêt. Des incendies souvent provoqués par des agriculteurs pratiquant le brûlis sur les zones déboisées pour cultiver ou faire paître le bétail.

« À contre-courant »

Pourtant, la ministre de l’Agriculture Tereza Cristina a assuré récemment que le Brésil n’avait « pas besoin » de déboiser l’Amazonie pour développer l’immense potentiel agricole qui en fait l’un des greniers de la planète. 

Cette ministre qui défend ardemment les intérêts des géants de l’agroalimentaire brésilien sait que son secteur dépend des exportations vers des pays de plus en plus réticents à acheter des produits « issus de la déforestation ».

Une étude publiée jeudi par la revue américaine Science a montré qu’un cinquième des exportations de soja et de viande bovine du Brésil vers l’Union européenne provenait de terres déboisées illégalement.

« Le Brésil ne peut pas se permettre de s’isoler, il faut qu’il s’adapte aux changements de perception du monde sur les questions environnementales », avertit Rubens Barbosa. « On ne peut pas parler de menace sur notre souveraineté. Le gouvernement Bolsonaro a signé de son plein gré l’accord commercial entre le Mercosur et l’Union européenne, qui contient un chapitre dédié au développement durable », rappelle-t-il.

« Le monde a changé, mais le gouvernement Bolsonaro continue de nager à contre-courant », conclut Marcio Astrini.                

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec lapresse.ca          

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