Durée de vie du plastique dans l’environnement : incohérence dans les chiffres avancés ?

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L’omniprésence du plastique dans l’environnement, sous forme de macro déchets ou sous forme microscopique est dénoncée depuis des années en brandissant le fait que les déchets plastiques se décomposeraient en plusieurs centaines d’années. Mais qu’en est-il vraiment ?

Le temps nécessaire au plastique pour se décomposer dans l’environnement n’est pas évident à déterminer explique Collin Ward, chimiste marin à la Woods Hole Oceanographic Institution et qui fait partie d’un programme de recherche sur le devenir des plastiques dans l’océan. « Les plastiques sont partout, mais l’une des questions les plus urgentes est la durée de vie des plastiques dans l’environnement« , dit-il. Et pour cause, « Les risques pour l’environnement et la santé humaine associés à quelque chose qui dure un an dans l’environnement, par rapport à la même chose qui dure 500 ans, sont complètement différents.« 

La Woods Hole Oceanographic Institution a étudié près de 60 infographies et documents provenant de sources variées (ONG, manuels scolaires, gouvernement, médias…) qui relaient des messages diffusés au grand public sur les durées de vie des pailles, tasses, sacs et autres déchets abandonnés dans la nature.

Et à leur grande surprise, il y a peu de cohérence dans les chiffres avancés. « Les estimations communiquées au grand public et aux législateurs varient considérablement« , explique Ward, auteur principal d’un nouvel article publié dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. « Dans certains cas, ils varient d’une année à des centaines d’années à toujours.« .
En outre, de nombreuses sources reprennent les mêmes chiffres comme la durée de vie de 600 ans d’une ligne de pêche dans l’océan, sans que cela ne repose sur aucune étude scientifique.

Les scientifiques ont bien cherché dans la littérature scientifique mais n’ont rien trouvé de sérieux qui permette d’étayer ces affirmations relayées partout, même si, au final, l’intention est bonne.

Dans l’une de leur propre étude évaluée par des pairs sur l’espérance de vie des plastiques publiée l’année dernière, Ward et son équipe ont constaté que le polystyrène – le premier type de plastique trouvé sur le littoral par les scientifiques de l’OMS il y a près de cinquante ans et maintenant l’un des plastiques les plus omniprésents au monde – peut se dégrader en quelques décennies lorsqu’il est exposé au soleil, plutôt qu’en milliers d’années comme on le pensait auparavant.

Le chimiste marin WHOI Chris Reddy pense que l’une des plus grandes idées fausses entourant le sort des plastiques dans l’environnement est qu’ils se décomposent simplement en morceaux plus petits qui perdurent pour l’éternité. « C’est l’histoire que nous voyons tout le temps dans la presse et sur les réseaux sociaux, et ce n’est pas une image complète« , explique Reddy. « Mais grâce à nos propres recherches et en collaborant avec d’autres, nous avons déterminé qu’en plus de se décomposer en fragments plus petits, les plastiques se dégradent également partiellement en différents produits chimiques, et finissent par se décomposer complètement en CO2.« 

Chelsea Rochman, biologiste à l’Université de Toronto qui n’était pas impliquée dans l’étude, dit que la compréhension des différentes formes de dégradation du plastique sera la clé pour résoudre l’un des mystères persistants de la pollution plastique : plus de 99 % du plastique qui devrait être détecté dans l’océan est manquant.
« Les chercheurs commencent à parler du cycle global du plastique« , explique Rochman. « Un élément clé sera de comprendre la persistance des plastiques dans la nature. Nous savons qu’ils se décomposent en morceaux de plus en plus petits, mais vraiment comprendre les mécanismes et les produits de transformation sont des éléments clés du puzzle.« 

Au final, « il ne sera pas facile de répondre à la question de la persistance environnementale des plastiques« , explique Ward. « Mais en apportant de la transparence à ce problème environnemental, nous contribuerons à améliorer la qualité des informations disponibles pour toutes les parties prenantes – consommateurs, scientifiques et législateurs – afin de prendre des décisions informées et durables.« 

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