La célébration de la Journée nationale de la femme rurale rythmée par les échanges sur l’accès à la terre, aux matériels agricoles, intrants et semences

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La Journée internationale de la femme rurale est célébrée jeudi 15 octobre 2020. Cette journée, connue au départ en 2008 sous le nom de Journée Internationale des Paysannes, est depuis 2012 répertoriée comme étant la journée internationale de la femme rurale. C’est l’Organisation des Nations unies (ONU) qui en est à l’origine et c’est son secrétaire général de l’époque, Ban Ki-moon, qui avait délivré un message à l’occasion de son lancement. « L’autonomisation des femmes revêt une importance cruciale pour éradiquer la faim et la pauvreté. En privant les femmes de leurs droits et de possibilités, ce sont leurs enfants et leurs sociétés que nous privons d’un avenir meilleur. C’est la raison pour laquelle l’Organisation des Nations Unies a récemment lancé un programme d’autonomisation des femmes rurales et de renforcement de la sécurité alimentaire. »

Sous cet angle, les femmes rurales jouent un rôle essentiel et incontournable dans les économies rurales des pays en voie de développement. Dans la plupart d’entre eux, elles participent à la production agricole, fournissent la nourriture, l’eau et le combustible pour leur foyer. Elles mènent de front d’autres travaux en dehors de la ferme pour améliorer le niveau de vie de leur famille.

Au Sénégal l’édition 2020 de la Journée nationale de la femme rurale est célébrée dans le village de Thiamène Taba, situé à environ 30 à 40 km au Sud-ouest de dans la commune de Keur Socé. Signalons que la Journée mondiale de la femme rurale a été soutenue par la Fédération des Associations des femmes sénégalaises (FAFS), aux côtés de l’Alliance nationale Femmes et foncier.

Outre l’aspect récréatif qu’elle a souvent revêtu, malgré les souffrances traversées, cette journée a été en effet l’occasion pour les femmes rurales de plaider leurs causes, mais surtout poser les problèmes qui les empêchent naturellement leur promotion, mieux leur autonomisation dans la société où elles évoluent aujourd’hui.

Ainsi, devant la présidente de la FAFS, Adjia Ndiouck Mbaye, ces braves dames ont dénoncé avec véhémence les innombrables problèmes auxquels elles sont permanemment confrontées pour accéder au foncier et développer leurs activités agricoles au sein de leurs collectivités.

A chaque hivernage, ces femmes disent être obligées de débourser 50.000 à 75.000 F CFA pour louer un hectare de terrain et pouvoir cultiver la variété voulue.

Une charge qui devient de plus en plus insupportable chez les femmes, lesquelles sont aussi appelées à effectuer d’autres dépenses pour l’acquisition des semences et intrants, le transport de ces produits vers la destination voulue et le paiement de la main d’œuvre pour certaines.

Selon la présidente de la FAFS, « l’autonomisation de la femme rurale n’est pas pour demain. Ce qui le justifie est que, pour cette année, l’Etat n’a dégagé que 10 tonnes de semences et autant de tonnes d’engrais pour une fédération qui compte aujourd’hui plus de 302.000 membres.

Ce qui d’ailleurs est jugé «inacceptable pour la FAFS car, nous l’avons trouvé très insuffisant par rapport à la demande. Mais nous avons quand même réussi à faire le partage».

C’est d’ailleurs pour ces mêmes raisons que la Fédération des Associations des femmes du Sénégal réclame et exige la tenue des Assises nationales sur l’Agriculture et le foncier afin que les acteurs réunis autour de ces deux entités puissent diagnostiquer les vrais problèmes qui gangrènent notre agriculture et le partage équitable du foncier afin de pouvoir y apporter des solutions.

Car, nous confie Mme Ndiouck Mbaye, «bon nombre de femmes n’ont pas cultivé cette année, faute de semences, matériels agricoles mais surtout de terres arables dans leurs propres collectivités où toutes les terres cultivables ont été affectées aux hommes. On ne peut pas être pauvre et autonome à la fois», a-t-elle soutenu.

Les pistes de production, une véritable équation pour les femmes rurales

Outre les difficultés liées à l’accès à la terre, aux matériels agricoles, aux semences et autres intrants agricoles, les femmes du village de Thiamène Taba et environs ont profité de la journée qui leur est dédiée, hier mercredi, pour dénoncer l’enclavement dont elles sont victimes.

Pendant de longues années, ces populations de femmes ont toujours décrié cette situation, mais vainement. Car aucune solution n’a été trouvée pour les sortir de l’ornière.

En cas de maladie ou autre besoin d’accouchement, ces femmes disent être dans l’obligation de parcourir près d’une dizaine de kilomètres pour rallier le poste de santé le plus proche.

Contraires à leurs sœurs des villes qui sont souvent conduites à bord d’une ambulance, ces femmes rurales n’ont qu’un seul moyen de transport : la charrette.

Conséquences, sur ces pistes sablonneuses et chaotiques, beaucoup d’entre elles y perdent la vie au moment de leur transfert à la structure sanitaire la plus proche.

Toutefois, dans un contexte de pleine lutte contre la pandémie du coronavirus, les femmes du monde rural ont fait montre d’un engagement particulier d’être de vraies actrices du développement lors de cette dernière édition de la Journée nationale de la femme rurale.

Mais, paradoxalement, dans l’accomplissement de cette mission, elles n’ont pas accès au foncier, ni aux matériels agricoles, ni aux semences, ni aux intrants, déplorent-elles. Pis, elles se sentent toujours laissées à elles-mêmes et invitent l’Etat à leur restituer tous ces droits.

Moctar FICOU / VivAfrik

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