La protection des grands singes et de leurs habitats

0

La famille des hominidés est la plus petite famille des mammifères avec 7 espèces vivantes. Six de ces espèces vivent dans les forêts tropicales d’Afrique et d’Asie. La septième sont les homo sapiens, notre espèce. Avec un patrimoine génétique commun entre 97% et 98.5%, les grands singes sont nos plus proches cousins dans le royaume animal. Outre l’humain, il existe 3 genres de grands singes : les chimpanzés et les gorilles se trouvent en Afrique et les orang-outans se trouvent en Asie. Chaque genre fait face à un risque élevé d’extinction dans la nature dans un avenir proche, probablement avant 2050.  Avec une population estimée entre 518 000 et 688 000 gorilles, chimpanzés et orangs-outans vivant à l’état sauvage, toutes les espèces de grands singes sont soit en danger, soit en danger critique d’extinction sur la liste rouge de l’UICN et l’annexe 1 de la CITES, ce qui indique qu’elles présentent un risque très élevé d’extinction à l’état sauvage dans un avenir proche, probablement au cours de notre propre vie. La protection de ces espèces, qui jouent un rôle fondamental dans l’équilibre écologique des forêts tropicales et des écosystèmes, et donc dans l’adaptation au changement climatique, est essentielle. Derrière la protection de nos plus proches cousins et de leurs habitats, c’est « une seule santé » que nous protégeons, lit-on dans les colonnes fr.unesco.org.      

Les gouvernements mondiaux n’ont pas tenu leurs engagements à protéger la nature

Une étude parue dans la revue Nature montre que les objectifs fixés en 2010 pour conserver la biodiversité par le biais d’un réseau d’aires protégées en 2020 sont loin d’être atteints. Ces travaux, auxquels des scientifiques du Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE– CNRS / Université de Montpellier / Université Paul Valéry de Montpellier / EPHE / IRD) ont contribué, mettent notamment en évidence des manquements importants dans la capacité du réseau à couvrir les sites les plus importants pour la biodiversité, laissant de nombreuses espèces sans aucune protection. Les résultats soulignent également que les aires protégées sont capables de limiter les déclins de biodiversité mais que leur efficacité actuelle est insuffisante à cause des faibles moyens qui leur sont alloués. Une nouvelle analyse des efforts de protection au niveau mondial révèle que les gouvernements n’ont pas été à la hauteur de leurs engagements pour 2020, fixés en 2010 dans le cadre du traité international de conservation de la nature : la Convention sur la Diversité Biologique (CDB). Cette étude menée par un consortium international incluant des chercheurs du Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE) vient d’être publiée dans la revue Nature. Les auteurs rappellent que la quasi-totalité des pays s’est engagée à ce que les zones de protection couvrent au moins 17 % des surfaces terrestres et 10 % des océans d’ici 2020, et que des progrès ont été faits, particulièrement dans le milieu marin. En effet l’étude révèle que la protection des océans est passée depuis 2010 de 2,9 % à 7,5 %, tandis que la protection des surfaces terrestres est passée de 14,1 % à 15,3 %. Mais si les auteurs de ces travaux soulignent que certains pays ont fait des efforts considérables, comme la Croatie ou l’Australie, ils notent aussi que de nombreux pays foisonnant de biodiversité, comme Madagascar ou la Papouasie-Nouvelle-Guinée restent trop peu protégés, souligne inee.cnrs.fr.              

78 % des espèces menacées connues sans protection adéquate

L’étude révèle également que malgré l’engagement des gouvernements à localiser les aires protégées dans les sites les plus importants, plus de la moitié des zones clés pour la biodiversité n’est pas protégée, laissant 78 % des espèces menacées connues sans protection adéquate. Les résultats montrent que les aires protégées créées depuis 2010 ont été localisées de façon peu stratégique par rapport à la répartition de la biodiversité. Par exemple, les aires marines protégées créées depuis 2010 sont principalement localisées dans des zones peu productives en termes de pêcheries, et pas dans les régions les plus importantes pour la conservation des espèces marines. Les résultats montrent également que les mesures de gestion mises en place dans les aires protégées existantes sont insuffisantes pour garantir la protection de leur biodiversité. En effet, en compilant les connaissances actuelles sur l’efficacité des aires protégées, il ressort que les pressions humaines et les déclins de populations sont freinés par les aires protégées mais ne sont pas complètement enrayés. Selon les auteurs, il est de plus en plus clair que les aires protégées pourraient permettre de stopper les déclins de biodiversité, mais que les moyens qui leur ont été alloués sur les dix dernières années sont trop faibles. Ce bilan mitigé des objectifs 2020 fixés en 2010 advient tandis que les négociations sur les prochains objectifs 2030 liés aux aires protégées, qui seront fixés lors de la prochaine CDB (repoussée en mai 2021), sont en cours. Le bilan que les scientifiques ayant travaillé sur cette étude tirent de la décennie qui vient de s’écouler est qu’il n’est pas suffisant de créer des aires protégées. Ces dernières doivent être localisées dans les zones prioritaires et dotées de moyens humains, légaux et financiers importants pour qu’elles atteignent leur but de protéger la nature. Selon les auteurs, les prochains objectifs internationaux devront porter cette ambition. Concernant les objectifs de développement durable, cet article est directement lié aux objectifs 14 (vie marine) et 15 (vie terrestre). Ils montre notamment que les cible 15.1 (D’ici à 2020, garantir la préservation, la restauration et l’exploitation durable des écosystèmes terrestres et des écosystèmes d’eau douce et des services connexes, en particulier les forêts, les zones humides, les montagnes et les zones arides, conformément aux obligations découlant des accords internationaux) et 14.5  (D’ici à 2020, préserver au moins 10 % des zones marines et côtières, conformément au droit national et international et compte tenu des meilleures informations scientifiques disponibles) n’ont pas été atteintes, ajoute inee.cnrs.fr.               

Moctar FICOU / VivAfrik

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here