Loi climat en France : les associations écologistes dénoncent un texte édulcoré

0

Le président de la République française Emanuel Macron peut-il corriger le tir sur l’écologie ? C’est la traduction dans la loi d’une partie des 149 recommandations de la Convention citoyenne pour le Climat. Le texte « Climat et résilience » arrive ce mercredi 10 février 2021 sur la table du Conseil des ministres. Au travers de 65 articles, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili s’attaque aux passoires thermiques, aux vols intérieurs, à l’artificialisation des sols, ou encore à la publicité pour les produits polluants. Mais déjà des citoyens de la Convention, des associations écologistes ou la gauche dénoncent un texte édulcoré par rapport aux ambitions de la Convention alors que d’autres pointent de nouvelles contraintes. Le gouvernement défend au contraire les avancées du texte et espère verdir son image. Pas si facile.

Dans l’objectif de tenir l’engagement de l’Accord de Paris sur le climat, les 150 participants à la Convention citoyenne pour le climat, réunis en 2019 par Emmanuel Macron, ont proposé 149 mesures destinées à « réduire d’au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici 2030, par rapport à 1990, dans un esprit de justice sociale », ont relayé à RFI Agnès Rougier et Anthony Lattier.

Signalons que la proposition de loi « climat et résilience » contient, elle, 65 articles, décomposés en six grands titres, issus des propositions de la Convention : Se déplacer, se loger, consommer, produire et travailler, se nourrir et renforcer la protection judiciaire de l’environnement.

Pour Grégoire Fraty, membre de la Convention et fondateur de l’association « Les 150 », la loi climat n’est pas à la hauteur des propositions citoyennes. « En fait, toutes nos mesures sont bien reprises dans cette loi climat, mais souvent elles sont un peu rabotées, un peu détricotées, déplore Grégoire Fraty. On a changé des temporalités, on a changé un 2025 qui devient 2030. Alors forcément, on est content de voir la mesure sur la table, mais finalement, est-ce que cela répondra aux attentes de l’urgence climatique ? C’est une question qu’on se pose. En fait, le texte pose de bons leviers mais avec un manque d’ambition. On a l’impression qu’on a toujours un petit peu peur d’aller vite, et c’est cette peur-là qu’il faut réussir à lever avec les parlementaires parce que les bons leviers, c’est bien de les avoir sur la table, mais dans l’urgence climatique, il y a le mot « urgence », il faut aller vite ! Il faut faire les choses maintenant, pas les faire demain. C’est là où on a un peu notre déception : on a l’impression que le gouvernement veut changer les choses mais demain, alors que c’est aujourd’hui qu’il faut faire les choses. »

Le projet de loi devrait être étudié par l’Assemblée nationale à partir de fin mars. « Les 150 » comptent rencontrer les députés, pour les convaincre de le rendre plus efficace.

Coincé entre deux radicalités

Au sein de la Macronie, on le reconnaît : « La bataille de l’opinion s’annonce très rude. » Comme souvent, le président et son gouvernement sont pris entre deux feux : ceux pour qui la loi est trop contraignante et ceux pour qui elle manque d’ambition – ceux qu’on entend le plus fort. « On est coincé entre deux radicalités, celle des conservateurs et celles des radicaux verts ! Mais ce n’est pas notre électorat », se rassure à RFI une ministre en privé.

Cependant, beaucoup – notamment le chef de l’État – s’agacent des procès répétés en inaction climatique à un peu plus d’un an de la présidentielle. Pour un cadre de la majorité, cette loi est donc l’occasion de démontrer que le quinquennat Macron « est plus vert qu’il n’y paraît ». Un membre du gouvernement le concède : « Pour l’instant, on ne réussit pas à marquer des points sur l’écologie. Il nous faut une victoire symbolique, que la Convention citoyenne aboutisse à quelque chose de concret. »

Au ministère de de la transition écologique, on est persuadé que l’initiative inédite de la Convention citoyenne et la loi qui en découle feront date. Certains sont plus pessimistes : « Quoi qu’on fasse, on ne sera pas crédible sur l’écologie et on n’inversera pas la tendance d’ici à la présidentielle », soupire un député marcheur, qui ajoute : « Ça n’est pas pour ça qu’il ne faut pas qu’on avance ! »      

Moctar FICOU / VivAfrik      

Laisser un commentaire