Les paysans bissau-guinéens, des laissés pour compte dans la crise casamançaise

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Des centaines d’hectares d’anarcadiers et de sésame appartenant à des paysans bissau-guinéens sont partis en fumée à la suite de la destruction des principales bases du « front sud » du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) qui sont désormais contrôlées par l’armée sénégalaise après d’intenses bombardements. Ces paysans vivent depuis le début des hostilités entre la peur et à l’inquiétude.

Ces agriculteurs sont principalement de Brenglom, une bourgade frontalière qui abrite environ 500 âmes qui vivent de la culture de sésame après les récoltes de noix d’anarcades. Antonio vit dans ce village. Son champ est situé à quelques mètres seulement de la frontière non loin d’un cantonnement rebelle, une cible potentielle alors pour l’artillerie sénégalaise qui tente depuis plusieurs jours de déloger de leurs bases les indépendantistes casamançais.

 « J’ai bien nettoyé mon champ pour éviter les feux de brousse. Voilà qu’une bombe tombe au milieu des anarcadiers et tout a brûlé. Regarde-moi, je ne dors plus à cause des soucis. Car moi et toute ma famille ne comptons que sur ce champ. Il est vrai que mon champ se trouve proche de la frontière tout près du cantonnement des rebelles, mais il est en territoire bissau-guinéen. Aujourd’hui j’ai même peur d’y aller à cause des bombardements », se désole Miloca Mendes qui reconnait que la zone est dévastée par les bombes incendiaires et que tous les arbres ont été brûlés par les flammes.

Ne sachant à quel saint se vouer, M. Mendes, la quarantaine, n’a que ses yeux pour pleurer. « Cette année est une année de souffrance pour nous. Tous nos champs sont brûlés. Quand les Sénégalais ne retrouvent pas les rebelles, ils mettent le feu à la forêt et ça fait un feu de brousse partout qui détruit nos champs. Mon champ produit annuellement plus de 4 tonnes de cajou. Tout est parti en fumée. Quand je pense à cela mes larmes coulent », fait-il tristement savoir.

Selon un officier de l’armée bissau-guinéenne posté à la frontière avec le Sénégal, une soixantaine d’obus ont été tirés samedi 6 février 2021 à partir des positions de l’armée sénégalaise. Certaines roquettes ayant raté leur cible ont terminé leur course dans les champs d’anarcadiers des paysans bissau-guinéens.

La présence de l’armée bissau-guinéenne déployée sur les lieux rassure certes les paysans qui vivent encore entre la peur et l’inquiétude mais ne saurait apporter de réponse à ceux qui ont perdu leurs champs d’anarcadiers et de sésame.        

Moctar FICOU / VivAfrik

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