80 % de la biodiversité se trouve sur des terres habitées

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C’est un chiffre très rarement cité par les médias et les puissants acteurs du monde de la conservation, il est pourtant donné par la Banque mondiale et martelé par de nombreuses ONG de défenses des minorités indigènes (ou autochtones) dans le monde, dont Survival International. Même le rapport de référence publié en 2019 par l’IPBES et faisant un état des lieux des écosystèmes mondiaux insiste longuement sur l’importance des peuples autochtones. « Une grande partie de la biodiversité terrestre sauvage et domestiquée de la planète se trouve dans des zones traditionnellement contrôlées, gérées, utilisées ou occupées par des peuples autochtones et des communautés locales. Les institutions de conservation communautaire et les régimes de gouvernance locaux se sont souvent révélés efficaces, parfois même plus efficaces que l’établissement de zones officiellement protégées, en termes de prévention de la perte d’habitats. » Il y a approximativement 476 millions de personnes appartenant aux peuples autochtones dans le monde, dans plus de 90 pays. En réalité, personne ne connaît vraiment leur nombre car ils sont mis au ban de la société et n’ont parfois pas de papiers. Bien qu’ils ne représentent que 6 % de la population mondiale, ils sont propriétaires, occupent ou utilisent un quart de la surface terrestre et protègent 80 % de la biodiversité restante sur Terre. Qui sont les peuples autochtones ? Un document du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme daté de 2013 signale qu’il n’existe aucun texte en droit international pour définir les « peuples autochtones », mais il dresse une liste de critères pour mieux les reconnaître : un fort sentiment d’appartenance ethnique ; la situation de continuité historique avec les sociétés précoloniales ou antérieures aux invasions sur leur territoire ; la différence avec le reste de la population ; l’absence de domination ; la détermination à préserver, développer et transmettre aux générations futures leur identité et leurs territoires ancestraux, dans le respect de leurs propres cultures, institutions sociales et système de justice ; un fort lien avec les territoires et les ressources naturelles qui les entourent ; des systèmes sociaux, économiques et politiques propres ; une langue, une culture et des croyances propres. « De nombreuses régions étaient habitées par des peuples autochtones avant l’arrivée d’autres personnes. Ces peuples ont bien souvent conservé leurs caractéristiques culturelles et politiques jusqu’à ce jour, notamment des structures politiques et juridiques autonomes, et ont comme point commun d’avoir subi la domination d’autres groupes, principalement non autochtones, et d’avoir un fort attachement historique, toujours vivace, à leurs terres, leurs territoires et leurs ressources, y compris dans le cas des peuples qui ont un mode de vie nomade », lit-on dans les colonnes de wilang.org.

Ce que disent les scientifiques sur les peuples autochtones

Les institutions internationales, les scientifiques et même les grandes ONG de la conservation reconnaissent l’importance de la préservation des cultures autochtones pour conserver la biodiversité. Mais dans la pratique, cette reconnaissance se matérialise encore trop rarement, quand elle n’est pas complètement ignorée. En 2019, l’IPBES insistait sur l’importance stratégique d’inclure les communautés autochtones dans la conservation. « La reconnaissance des savoirs, des innovations et des pratiques, et des institutions et des valeurs des peuples autochtones et des communautés locales ainsi que leur intégration et leur participation à la gouvernance environnementale améliore généralement leur qualité de vie, ainsi que la conservation et la restauration de la nature et son utilisation durable, ce qui a également une incidence sur l’ensemble de la société. La gouvernance, notamment les institutions et les systèmes de gestion coutumiers, et les régimes de cogestion impliquant les peuples autochtones et les communautés locales peuvent être un moyen efficace de préserver la nature et ses contributions aux populations, en intégrant des savoirs autochtones et locaux et des systèmes de gestion localement pertinents. » Le rapport de l’IPBES indique un chevauchement entre les aires protégées, les terres les moins modifiées par les activités humaines et les territoires utilisés par les peuples autochtones, renchérit la source citée plus haut.

Une nouvelle étude révèle l’impact néfaste de l’être humain sur la biodiversité de la majorité des cours d’eau

Une étude scientifique menée par des chercheurs de l’université de Toulouse montre que seuls 14 % des cours d’eau sur terre ont une biodiversité en poissons peu impactée par les activités humaines. Ces résultats sont basés sur l’étude de plus de 2400 cours d’eau peuplés par plus de 10000 espèces de poissons. Cette étude permet de comprendre l’impact des activités humaines sur la biodiversité en poissons et d’en expliquer les principales causes. « Les deux facteurs majeurs qui fragilisent les écosystèmes sont la fragmentation des cours d’eau avec des barrages et l’introduction d’espèces non-natives » explique Sébastien Brosse, Professeur à l’université Toulouse III et responsable de l’étude. « Les deux sont extrêmement liés. En introduisant des espèces exotiques, on va en général exclure et défavoriser certaines espèces, perturber les habitats, etc. ». Surtout, la disparition de certaines espèces pourrait détériorer l’équilibre des écosystèmes aquatiques. « On sait que ces espèces en danger ont souvent des fonctions particulières » explique Sébastien Brosse. « Le fait de les éteindre changerait la biodiversité en espèce, mais aussi la biodiversité en fonction. Ce sont souvent soit les gros prédateurs, soit les gros détriteurs qui sont en voie d’extinction. » Etant donné la gravité de la situation, Sébastien Brosse insiste sur « le besoin de décisions politiques fortes ». La minorité de cours d’eau peu impactés par les activités humaines est simplement insuffisante pour préserver la biodiversité aquatique, note goodplanet.info.

Moctar FICOU / VivAfrik

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