Six pays africains accompagnés vers l’intensification durable en agriculture

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Tout récemment lancé, le projet européen H2020 EWABELT (2020-2024) s’attaque à l’« Amélioration des systèmes agricoles d’Afrique de l’Est et de l’Ouest ». Outre l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), le consortium qui porte l’initiative réunit des universités, des instituts de recherche, des ONG, des entreprises et d’autres partenaires d’Europe et d’Afrique.

Face aux menaces que fait peser le changement climatique sur les ressources agricoles, il est urgent de trouver des solutions pour répondre aux besoins des communautés paysannes. Encourageant la circulation des expériences entre les trois pays d’Afrique de l’Ouest et les trois d’Afrique de l’Est, EWA-BELT représente une véritable « ceinture » d’échanges entre les différents systèmes agricoles africains.

Philosophie du projet à la frontière entre développement et recherche

EWA-BELT vise à trouver les meilleures solutions (valorisation des pratiques existantes et utilisation de nouveaux outils) pour l’intensification durable de l’agriculture africaine et ceci dans de multiples domaines : production, conservation des sols, gestion de l’eau, génétique végétale, systèmes agroforestiers, problèmes liés à la phytopathologie, aux maladies fongiques et au stockage des aliments. Pour répondre à ces défis, le consortium aspire à créer des solutions concrètes dans le domaine de la sécurité alimentaire, co-construites avec les communautés paysannes. « Cette approche combinée place EWA-BELT à la frontière entre un projet de recherche et un projet de développement », assure Adeline Barnaud, généticienne et ethnobiologiste à l’IRD (UMR DIADE). L’activité pluri-niveaux des partenaires permet une analyse multiforme des problèmes pertinents du cœur de cible, à savoir les communautés paysannes. Cette intensification durable s’appliquera dans les systèmes d’agriculture biologique, d’agroforesterie, de cultures mixtes et d’élevage dans 38 zones d’étude à travers six pays de l’Est (Éthiopie, Kenya et Tanzanie) et de l’Ouest (Burkina Faso, Ghana, Sierra Leone).

Promouvoir les espèces végétales négligées

Avec ses partenaires africains et le CIRAD, l’équipe IRD – co-coordinatrice du Lot d’activités 2 « Traditional and innovative agricultural practices » – contribuera à valoriser le potentiel que représentent les espèces cultivées négligées (NUC) telles que l’Eleusine et le Fonio. « Nous travaillons depuis de nombreuses années sur le Fonio qui fait partie des espèces considérées comme mineures à côté des grandes cultures telles que le riz, le sorgho ou le maïs », précise la chercheure. En effet, si les objectifs du projet sont d’améliorer la productivité et d’assurer la sécurité alimentaire, il n’est pas question de se priver de la large diversité des plantes domestiquées de longue date sur le continent africain. Ces dernières sont adaptées aux conditions climatiques locales et capables de produire avec moins d’eau, d’engrais et sous des températures élevées. « De plus elles sont ou étaient naturellement utilisées dans les agricultures familiales, ajoute Adeline Barnaud. Dans la quête d’une agriculture durable, cette biodiversité négligée est une partie de la solution et sera remobilisable rapidement grâce aux outils de génomique ».

Allier outils innovants, recherche participative et formation

Le fait de s’appuyer sur la mise en culture de plusieurs espèces végétales locales permet de valoriser les savoirs traditionnels, de préserver les ressources génétiques, de minimiser les effets négatifs des ravageurs, des pathogènes ou du réchauffement climatique. Ces cultures associées sont plus résilientes à tous points de vue qu’une monoculture. Les acteurs du projet garderont cela à l’esprit lorsqu’ils traiteront des sujets aussi divers que l’amélioration des cultures traditionnelles, la gestion intégrée des maladies et des ravageurs, le contrôle post-récolte, la restauration des terres, l’identification et la diffusion des meilleures pratiques ou encore le développement d’indicateurs pour l’évaluation économique, sociale et environnementale des impacts. Pour couvrir ces champs, des disciplines allant de la socio-économie à la génétique des populations en passant par la phytopathologie seront sollicitées. De plus, la recherche sera menée dans le cadre d’Unités de Recherche Agricole de Terrain (FFRU) selon une approche participative : même si le contexte sanitaire actuel ne facilite pas l’accès au terrain, les acteurs locaux sont associés dès l’amont. Les activités de recherche et développement seront couplées avec la formation de doctorants originaires des pays concernés. Le projet introduira des technologies hautement innovantes et abordables, pouvant être facilement utilisées sur le terrain par du personnel non qualifié. De plus, EWA-BELT abordera les questions de genre et l’autonomisation des femmes à chaque étape du processus jusqu’à la gouvernance elle-même du projet qui est porté par Giovanna Seddaiu (Université de Sassari, Italie). Enfin, pour maximiser l’impact, les résultats du projet seront diffusés chaque année lors de la Conférence mondiale sur l’infopauvreté au siège des Nations Unies.

ird.fr

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