Corne de l’Afrique : un ultimatum de 14 jours défavorable aux réfugiés de Dadaab et Kakuma décrété par le Kenya

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Nairobi relègue-t-il au second plan la sécurité des réfugiés de Dadaab et Kakuma ? D’aucuns pourront répondre pourront répondre par l’affirmative. En effet, Nairobi envisage contraindre des centaines de milliers de réfugiés, majoritairement somaliens, à retourner chez eux dans un contexte d’escalade des tensions entre le Kenya et la Somalie. C’est dans ce contexte tendu que l’exécutif kényan a pris cette décision qui pourrait fragiliser davantage la paix dans la Corne de l’Afrique.

En termes clairs, le gouvernement du Kenya a ordonné la fermeture des camps de réfugiés de Dadaab et de Kakuma, invoquant des raisons de sécurité. La directive publiée, mercredi 24 mars 2021, par le ministre de l’Intérieur Fred Matiang’i donne un ultimatum de 14 jours au Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour mettre en place une feuille de route d’évacuation des deux camps qui abritent plus de 400 000 réfugiés somaliens, pour la plupart, et sud-soudanais.

M. Matiang’i qui affirme qu’« il n’y a pas de place pour d’autres négociations » faisait référence aux nombreuses initiatives du gouvernement de fermer le camp de Dadaab, proche de la frontière somalienne.

Rappelons que la première décision de fermeture, en 2016, avait achoppé sur un arrêt de la Haute cour du Kenya qui l’avait qualifiée d’inconstitutionnelle. En 2019, le Kenya avait plié face aux pressions diplomatiques.

Si l’on se fie aux autorités du Kenya, leurs tentatives de fermer Dadaab étaient motivées par des rapports des services de sécurité décrivant le camp comme un foyer de terrorisme. Les attaques ayant visé le centre commercial Westgate et l’université de Garissa, respectivement en 2013 et 2015, auraient eu lieu avec la participation d’éléments issus du camp.

Cette nouvelle tentative est un moyen de pression sur la Somalie, dans un contexte d’exacerbation des tensions entre les deux pays, soutiennent de nombreux observateurs. Ladite assertion est battue en brèche par Nairobi. A l’en croire, l’initiative n’aurait aucun lien avec la brouille diplomatique actuelle entre les deux pays.

« Le HCR est préoccupé par l’impact que cette décision aurait sur la protection des réfugiés au Kenya, y compris dans le contexte de la pandémie actuelle de Covid-19. Nous poursuivrons notre dialogue avec les autorités kényanes sur cette question », a déclaré l’agence dans un communiqué visiblement pris de cours par l’ultimatum de Nairobi. Suffisant pour le HCR d’exhorter l’exécutif à reconsidérer sa décision de fermer les deux camps.

Rappelons que, le camp de réfugiés de Dadaab, le plus grand du monde a été créé en 1991. Avec le camp de Kakuma, ils ont pris des proportions gigantesques qui rendent impossible leur démantèlement dans le délai imparti par le Kenya.

Moctar FICOU / VivAfrik                           

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