Sommet international sur le climat : la double face de l’Afrique

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Après plusieurs années d’inaction en faveur du climat, les États-Unis organisent, du jeudi 22 au vendredi 23 avril 2021, un sommet mondial sur le climat à l’occasion de la Journée de la Terre. Sur le continent africain, les signes du dérèglement climatique se multiplient.

Autour des États-Unis, 40 dirigeants mondiaux se rassemblent virtuellement à l’occasion d’un sommet visant à prendre des engagements plus fermes pour protéger la planète. Une réunion qui marque le grand retour des États-Unis dans les négociations climatiques, alors que l’ex-président Donald Trump avait retiré le pays de l’accord de Paris sur le climat.

Sur les 40 dirigeants invités à ce sommet virtuel, cinq viennent d’Afrique : les présidents de la République démocratique du Congo, du Kenya, d’Afrique du Sud, du Nigeria ou encore du Gabon. Réunis pour ce nouveau sommet « de la dernière chance », ils entendent faire peser la voix de l’Afrique.

Les premières annonces de Joe Biden, lors de ce rassemblement dénotent une volonté de réduire les émissions de carbone. Pour montrer l’exemple, Biden a annoncé que les États-Unis seraient prêts à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 50% d’ici à 2030  par rapport à 2005. Un objectif « très ambitieux, mais toujours réalisable », estiment les défenseurs du changement climatique. Cet engagement double quasiment l’ancien objectif de Washington d’une diminution comprise entre 26 % et 28 % à l’horizon 2025. Une position qui signe le retour des États-Unis dans le combat mondial pour le climat. Mais en Afrique, l’enjeu est ailleurs…

Là-bas en effet, il s’agit déjà de s’adapter au changement climatique. Car les conséquences du réchauffement sont déjà bien visibles sur le continent : sécheresses, inondations, cyclones, et même invasions fréquentes de criquets. La vulnérabilité des pays africains aux catastrophes a été mise en exergue par la crise sanitaire, insistent les écologistes, qui appellent à une reprise économique durable.

Pour y faire face, il faudra des moyens. Un message que les dirigeants africains sont susceptibles de rappeler, tout comme les 100 milliards de dollars d’un fonds vert promis par les pays riches, mais jamais versés. Les pays d’Afrique attendent des investissements massifs dans les énergies renouvelables et les projets de reforestation, dont les montants se chiffrent en milliards de dollars.

Les États-Unis sont les plus grands émetteurs historiques de gaz à effet de serre au monde. C’est pourquoi il est important qu’ils marchent en tête du mouvement pour le climat. Nous avons besoin d’un signe qui prouve qu’ils s’engagent à atteindre des objectifs ambitieux, à court terme, en vue d’atteindre la cible d’1,5 degré.

La veille du sommet sur le climat, les 27 États membres de l’Union européenne (UE) ont devancé les États-Unis en prenant eux-mêmes des engagements permettant au continent de devenir le premier du monde à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Les objectifs fixés dans le cadre de cet accord européen amélioreraient l’objectif de Paris de 40 % d’ici à 2030 en réduisant les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à la fin de la décennie par rapport aux niveaux de 1990.

Le sommet de Joe Biden devrait ainsi relancer le débat pour l’ensemble des pays et accélérer les objectifs climatiques à un moment critique. En effet, selon une étude de l’Organisation météorologique mondiale de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur l’état du climat publiée lundi, l’année 2020 s’est classée comme la plus chaude jamais enregistrée, à égalité avec 2016 et 2019.

« Nous savons que les pays africains et le continent en général peu contribué à la crise que nous traversons. La solidarité internationale est donc importante, car nous sommes tous dans le même bateau et nous devons travailler ensemble afin d’augmenter nos ambitions climatiques. Nous devons œuvrer à l’atténuation des conséquences du réchauffement, et c’est là où les émissions de gaz à effet de serre jouent un rôle. La réduction des émissions incombe aux grands émetteurs, et les États-Unis sont parmi les plus grands, sinon le plus grand », a indiqué Wanjira Mathai, directrice régionale de l’Institut mondial des ressources.         

Il est important d’atténuer les effets que le changement climatique ont sur ce continent. C’est pour ça que la décision de réduire les émissions de carbone est cruciale. Mais l’adaptation au changement climatique est également importante. C’est l’un des défis majeurs pour l’Afrique.

« Nous devons nous préparer à la crise qui nous attend et aussi nous affronter les événements qui se produisent déjà. Par exemple, l’invasion de criquets dans la région de l’Afrique de l’Est, ou le deuxième plus grand cyclone de l’histoire qui a ravagé le Mozambique, sans oublier les inondations dans le Sahara. Il y a beaucoup de travail pour renforcer la capacité de l’Afrique à faire face à tous ces événements. La pandémie a accentué la vulnérabilité dans laquelle nous nous trouvons face à des chocs dus à la perturbation de la biodiversité, qui sont liés à la crise climatique », a-t-elle ajouté. 

A l’en croire le Kenya joue un rôle très important. Son réseau énergétique comporte plus de 80% de sources renouvelables. Mais c’est dans le domaine agricole que nous pouvons mieux faire. Il y a beaucoup de femmes qui travaillent dans ce secteur et qui dépendent de son essor. Nous devons donc commencer à tirer parti de certaines opportunités, comme l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine qui permettrait aux femmes et aux autres agriculteurs d’investir et de participer au commerce intra-africain. Mais le pays peut aussi mieux faire dans la restauration des paysages et la protection des forêts et de la végétation.

Moctar FICOU / VvAfrk                                

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