C’est confirmé : manger bio est meilleur pour la santé

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La plus importante étude réalisée jusqu’ici sur les conséquences d’une alimentation bio sur la santé confirme des bénéfices significatifs pour les consommateurs. Ce constat pousse à revoir les seuils de pesticides actuellement tolérés dans l’agriculture conventionnelle.

Moins de cancers, moins de risques de surpoids ou d’obésité, moins de pesticides dans les urines : les mangeurs de bio seraient en meilleure santé. Ces résultats paraissent logiques, presque naturels, encore fallait-il les documenter scientifiquement. C’est ce qu’a réalisé une équipe française à partir d’observations à une échelle unique au monde.

L’étude a porté sur une cohorte durant un temps très long et rassemblant de nombreux participants. Il s’agit de l’étude Nutrinet-Santé, qui suit depuis plus de dix ans les habitudes alimentaires de dizaines de milliers de Français. En plus de s’intéresser au type d’aliments consommés, l’idée était « de travailler sur les modes de production des aliments et leurs conséquences sur la santé », explique Emmanuelle Kesse-Guyot, directrice de recherche à l’Inrae et coordinatrice des recherches sur la partie bio de Nutrinet. L’équipe associe des scientifiques de l’Inrae, l’Inserm, le Cnam et l’Université Sorbonne Paris-Nord [1].

« On a publié notre premier article en 2013, on avait construit une typologie des consommateurs », se souvient la chercheuse. Le résultat confirmait l’intuition initiale : les consommateurs de bio mangent globalement mieux. Plus de fruits, de légumes, de légumes secs, de fruits à coque (noix, amandes, noisettes), d’huiles végétales, de céréales complètes ; moins de boissons sucrées et ou alcoolisées, de charcuteries, de lait et de fast-food. Ils ont des apports en oméga 3, vitamines, minéraux et fibres supérieurs. Ils ont aussi un niveau d’éducation plus élevé et plus d’activité physique. Un régime a priori bénéfique, puisque l’article signalait aussi qu’ils étaient moins nombreux à être en surpoids ou en situation d’obésité que les non-consommateurs d’aliments bios.

Moins de risques d’obésité ou surpoids

L’étape suivante était donc de confirmer ce premier résultat, ce qui a été fait par un nouvel article scientifique en 2017. Il montrait que les personnes qui mangent fréquemment bio, en comparaison avec celles qui n’en mangent pas, ont 23 % de risques en moins d’être en surpoids, et 31 % en moins de se retrouver en situation d’obésité. En résumé, plus vous avez d’aliments bio dans votre assiette, moins vous avez de risques d’être en surpoids ou obèse, montraient les statistiques, incluant plus de 62 000 participants. Des résultats non biaisés par le fait que les mangeurs de bio ont de meilleures habitudes alimentaires, car corrigés par les modèles statistiques. « On prend en compte les facteurs de confusion, c’est très important, car les consommateurs de bio ont un comportement globalement plus sain que le reste de la population », précise Emmanuelle Kesse-Guyot. « Enfin, c’était très vrai il y a dix ans. Maintenant le bio se démocratise. »

Ainsi, si les consommateurs de bio ont moins de problèmes de poids, ce n’est pas seulement parce qu’ils mangent mieux, c’est aussi parce qu’ils mangent bio. Un autre résultat de cet article scientifique le confirmait : il comparait, spécifiquement, les personnes ayant un régime alimentaire considéré comme de meilleure qualité (plus de fruits et légumes, moins de produits transformés, de sucre, etc.). Parmi ces bons élèves, la différence était encore plus nette entre les mangeurs de bio et les autres. « L’association entre la quantité de bio consommée et le risque d’obésité est plus forte parmi les participants ayant un régime nutritionnel de qualité », notaient ainsi les chercheurs.

Deux hypothèses étaient avancées pour expliquer cette observation. D’abord, il a été mesuré que les aliments bios contiennent, à apport égal, plus d’oméga 3 et d’antioxydants. « Cela pourrait être suffisant pour influer sur le poids », supposent les chercheurs. Ou alors, les personnes qui mangent « bien » consomment plus de fruits et légumes, donc des aliments « fréquemment contaminés par divers résidus de pesticides », relevaient les auteurs. Or, « le résultat de recherches menées chez l’homme, ont établi un lien entre l’obésité et le diabète de type 2 et l’exposition aux pesticides », indiquait l’article. Ainsi, plus on mange des fruits et légumes non bios, plus on serait exposé à des produits chimiques « obésogènes ».

Des urines moins contaminées

Mais est-on réellement moins exposé aux pesticides quand on mange bio ? L’étude BioNutrinet-Santé a également permis de regarder en conditions réelles si c’est effectivement le cas. Les résultats ont été publiés en 2019.

Les chercheurs ont sélectionné, parmi la cohorte, 150 gros mangeurs de bio (plus de 50 % de produits bios dans leur régime) et 150 faibles mangeurs de bio (moins de 10 %), ayant pour le reste des profils similaires. La concentration en pesticides a été mesurée dans leurs urines. Celle de certains organophosphorés et de pyréthrinoïdes (deux familles de pesticides) était effectivement inférieure chez les participants au régime majoritairement bio.

L’exposition à certains pesticides pourrait donc être « minorée en passant d’une alimentation conventionnelle à une alimentation biologique », écrivaient les auteurs de l’article. « C’est en particulier intéressant pour les consommateurs de fruits et légumes conventionnels, car ce sont eux qui pourraient avoir l’exposition aux pesticides la plus élevée. »

Une réduction de 25% du risque de cancers

Encore fallait-il vérifier que cette exposition aux pesticides différenciée a des conséquences sur la santé des consommateurs. Outre le surpoids et l’obésité, l’équipe de recherche a regardé les cancers chez les participants de la cohorte… et trouvé qu’une consommation régulière d’aliments bio réduisait de 25 % le risque d’en développer un. Le risque était en particulier diminué pour le cancer du sein chez les femmes (moins 34 %) et pour les lymphomes (moins 76 %).

Un résultat demandant à être confirmé par d’autres études, mais là encore inédit. Les liens entre pesticides et cancer « ont été beaucoup étudiés chez les populations professionnelles, mais beaucoup moins en population générale, et encore moins les liens avec l’alimentation bio », souligne l’épidémiologiste. Ainsi, les scientifiques n’ont trouvé qu’une seule étude, britannique, ayant déjà fait le lien entre régime bio et cancers : elle observait un risque inférieur de lymphome non-hodgkinien.

Restait à affiner l’observation de ce lien entre exposition aux pesticides et cancers : certains pesticides causent-ils certains cancers ? L’équipe de recherche s’est penchée sur le cancer du sein chez les femmes ménopausées (ce cancer est le plus présent et celui qui tue le plus de femmes en France). Les données de 13 149 femmes de la cohorte Nutrinet ont pu être étudiées, et ont permis d’établir des « profils » d’exposition à certains pesticides, à partir des informations sur leur alimentation. « Les pesticides fonctionnent ensemble, explique Emmanuelle Kesse-Guyot. Si on mange beaucoup de tomates et de concombres, on ne sera pas exposés aux mêmes pesticides que si on mange beaucoup de pain. »

Deux profils se sont distingués. Les femmes peu exposées aux pesticides, car mangeant bio, bénéficiaient d’une diminution de 43 % du risque de développer un cancer du sein en post-ménopause. L’autre profil, à l’inverse, réunissait des femmes très exposées à certains pesticides de synthèses. Parmi elles, ce sont en particulier celles en surpoids ou en situation d’obésité qui ont présenté une augmentation du risque de cancer. Les pesticides auxquels elles étaient les plus exposés sont le chlorpyriphos et le malathion, des insecticides à large spectre interdits en France mais encore présents dans l’environnement, et l’imazalil et le thiabendazole, notamment utilisés sur les agrumes et les bananes. Les autres profils d’exposition aux pesticides n’ont pas montré d’association avec le cancer du sein. Des résultats cohérents avec des observations déjà faites chez les femmes d’agriculteurs utilisant ces pesticides, notait l’article présentant les résultats.

Bref, des années de travail qui confirment que les gens qui mangent bio sont en meilleure santé. Enfin, « c’est ce que l’on a observé dans notre échantillon », précise Emmanuelle Kesse-Guyot. « Il faudrait que ce soit répété. Mais ce sont des données compliquées et longues à collecter. D’autres études commencent à sortir et trouvent des résultats similaires aux nôtres, mais sont moins précises. » C’est seulement cette accumulation d’études qui permettra à la science d’aboutir à une méta-analyse, soit une compilation de toutes les données épidémiologiques sur le sujet, et d’atteindre le plus haut niveau de preuve possible.

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