Lutte contre le braconnage : Le Congo-Kinshasa forme son personnel judiciaire et administratif

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Le combat contre le braconnage s’intensifie dans le monde. Le Congo-Kinshasa qui a pour objectif principal de permettre une meilleure prise en charge des dossiers judiciaires sur la criminalité faunique dont le braconnage, le trafic d’ivoire, etc., a tout simplement décidé de former son personnel judiciaire et administratif.  

Plusieurs acteurs ont participé à Mbandaka, province de l’Equateur, à un atelier de renforcement de leurs capacités dans la lutte contre le braconnage et le trafic illicite de l’ivoire. Il s’agit notamment des magistrats, le personnel judiciaire ainsi que des cadres des administrations et services publics dont la douane, l’Agence nationale de renseignement, l’Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL), l’armée, la police, l’Institut congolais pour la conservation de la nature, les officiers de police judiciaire de l’environnement, etc. Cet atelier de formation est organisé par Juristrale et financé par le Fonds mondiale pour la nature (WWF) et s’inscrit dans le cadre du volet « Renforcement des capacités des magistrats » du partenariat entre ces deux institutions dont l’autre le volet vise l’application de la loi.         

A l’ouverture de ces travaux, le président de la Cour d’appel de Mbandaka laissait entende : « je voudrais remercier Juristrale et tous ses partenaires, en l’occurrence l’ICCN et WWF, d’avoir songé à associer ceux à qui la loi a donné mission d’appliquer et de dire le droit, sans distinguer les uns et les autres, parce que c’est ensemble que nous devons affronter le défi qui est devant nous. Comment concilier l’impératif de la conservation de la nature et les problèmes suscités par les criminalités fauniques ? Voilà une formulation qui interpelle toute âme consciencieuse ». S’engager contre la criminalité faunique, pour l’environnement et la conservation de la nature, c’est en réalité retrouver l’espoir pour le futur. Le danger occasionné par le commerce illicite des espèces est un enjeu planétaire, a-t- il poursuivi.

Le braconnage, une grande préoccupation

Dans la motivation de l’activité, les organisateurs ont relevé que la demande mondiale de produits illicites de la faune tels que l’ivoire, la corne de rhinocéros et les écailles de pangolin reste une grande préoccupation et celle de la viande de brousse est très élevée au niveau local. Malheureusement, ont-ils regretté, le bassin du Congo, l’une des principales sources de produits de la faune en raison de sa riche biodiversité, n’est toujours pas bien préparée pour répondre de manière adéquate à la situation et continue de perdre ses espèces emblématiques à un rythme alarmant, a commenté Lucien Dianzenza dans les colonnes de allafrica.com.

Si l’on se fie à notre source, parmi les facteurs contributifs de cette situation, il y a une application inefficace de la loi, en raison de la faiblesse des capacités techniques et institutionnelles des forces de l’ordre, une volonté politique insuffisante, une mauvaise gouvernance, un manque de financement à long terme et durable pour la lutte contre le braconnage, une implication insuffisante des communautés locales dans la lutte contre le braconnage.

C’est pour remonter la pente que Juristrale et WWF ont organisé cet atelier. « Le commerce illégal de la faune sauvage a de multiples impacts négatifs sur ces pays et leurs populations. Les gangs criminels qui braconnent avec des armes de guerre comme les kalachnikovs créent l’insécurité. Les membres de la communauté locale sont entraînés dans cette activité hautement dangereuse qui peut également les conduire en prison pendant de nombreuses années lorsqu’ils se font prendre. Les éléphants sont des éléments importants de la culture nationale et locale dont l’extinction s’accompagnerait d’une perte incommensurable », renseigne notre confrère.

Priver les forêts et les parcs nationaux de leurs éléphants prive également le pays et les communautés d’un atout-clé dans le potentiel de développement touristique futur. Le Cameroun et la RDC restent particulièrement affectés par les effets négatifs de la criminalité faunique en raison de leur riche et exceptionnelle biodiversité très convoitée par les criminels d’espèces sauvages et en raison d’un environnement sociopolitique et de gouvernance particulièrement difficile dans les deux pays », ont relevé les organisateurs de cet atelier, a encore analysé M. Dianzenza.               

Dans ses objectifs spécifiques, ajoute-t-on à allafrica.com, cet atelier a visé notamment à sensibiliser les participants à la gravite de la criminalité faunique dans le monde en général et en RDC en particulier, à renforcer leurs capacités sur les procédures légales de traitement et de suivi des infractions sur la faune et à les instruire sur les mécanismes de l’administration de la preuve en ce qui concerne les infractions sur la criminalité faunique, etc. Il s’est également agi de renforcer leur compréhension sur la Cites et de clarifier la collaboration qui doit régner entre les cours et tribunaux ainsi que les autres institutions et structures intervenant dans la chaîne de l’application de la loi dont les officiers de police judiciaire, les douaniers, les forces armées, l’Interpol, la police, les services de renseignements, etc.

Une véritable mise à niveau

Les matières développées au cours de cet atelier ont eu trait au cadre législatif sur la faune en République démocratique du Congo (RDC), aux infractions sur la faune, à la procédure pénale et au rôle de la justice ainsi que certains problèmes-clés en rapport avec l’application de la loi en matière faunique en RDC et aux pistes de solutions pour les traiter et/ou les atténuer. Les participants ont également échangé sur le commerce illégal des produits d’éléphants en RDC, la problématique des défis actuels dans la conservation : approches et stratégies nouvelles de lutte contre la criminalité faunique ainsi que sur les forces et les faiblesses des enquêtes criminelles en matière environnementale dans le pays.

Cet atelier de renforcement des capacités a été très participatif en ce qu’il a mis l’accent sur les échanges d’expériences des participants sur l’application de la législation faunique. Les exposés des experts ont été suivis d’échanges, de partages d’expérience et d’études des cas, a conclu Lucien Dianzenza. 

Moctar FICOU / VivAfrik      

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