Johan Rockström invite à « décarboner de toute urgence et de manière très radicale nos sociétés et nos économies »

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La publication du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), lundi 9 aout 2021 n’a pas laissé indifférents les scientifiques du monde  entier à l’instar du suédois Johan Rockström. Dans une entrevue accordée au journal lemonde.fr, le directeur de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (Allemagne) qui réagissant aux dernières conclusions du rapport du GIEC, estime qu’il y a des « raisons d’espérer » même si « nous ne voyons, jusqu’à présent, aucun signe crédible que nous allons parvenir » à limiter le réchauffement à 1,5 °C. A l’en croire, nous nous rapprochons de points de basculement majeurs. Il a, en outre, identifié, en 2009, neuf seuils limites qui ne peuvent être dépassés sans mettre l’humanité en danger. Quatre de ces limites planétaires sont désormais franchies (le climat, la biosphère, la biodiversité et les nutriments), et deux sont sur le point de l’être : l’eau douce et l’acidification des océans.

Quelles sont les principales conclusions de ce nouveau rapport du GIEC ?

C’est le rapport du GIEC le plus robuste scientifiquement : il va très loin dans la confirmation de l’aspect global du changement climatique. Il avance des preuves irréfutables de la gravité de la situation, en confirmant non seulement, sans équivoque, que nous réchauffons la planète, mais aussi de manière indiscutable que la fréquence et la gravité des événements climatiques extrêmes augmentent. Les vagues de chaleur, les sécheresses, les inondations sont désormais attribuées au changement climatique d’origine humaine avec un degré de certitude très élevé. Il s’agit donc de véritables munitions scientifiques en faveur d’une action urgente.

Il s’agit aussi du premier rapport du GIEC à ne pas exclure des points de basculement, qu’il s’agisse de l’instabilité de la calotte glaciaire en Antarctique ou de la déstabilisation de l’AMOC, la circulation méridienne de retournement Atlantique [la circulation des courants océaniques de l’Atlantique, parmi lesquels le Gulf Stream]. Il montre aussi que la capacité des forêts, des sols et des océans à absorber les émissions de CO2 risque de s’affaiblir. Ces puits ont jusqu’à présent absorbé 56 % de nos émissions anthropiques.

Avons-nous déjà passé des points de rupture ?

Le rapport du GIEC ne le conclut pas. Mon évaluation est également que nous n’avons pas encore franchi un point de basculement majeur. Malheureusement, nous disposons de plus en plus de preuves scientifiques que nous nous en rapprochons, qu’il s’agisse de la déstabilisation de l’ouest de la calotte antarctique, de l’AMOC, de l’Arctique ou des récifs coralliens. Cela signifie-t-il que la planète entière a franchi une sorte de point de non-retour ? La réponse est non.

La fenêtre est encore ouverte, mais à peine ouverte, pour être en mesure de limiter le réchauffement à une température globale gérable sur Terre. Un réchauffement de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle [l’un des objectifs de l’accord de Paris de 2015] entraînerait de nombreux événements extrêmes, des défis majeurs pour de nombreuses économies et sociétés humaines, pour les récifs coralliens et les océans, mais serait très probablement gérable. C’est si nous dépassons 2 °C de réchauffement que nous risquons de franchir des points de basculement.

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