Les feux de forêts, en majorité d’« origine criminelle » en voie d’extinction en Algérie

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Les feux de forêts qui ravagent le nord de l’Algérie depuis plusieurs jours et causé au moins la mort de 71 personnes sont presque sous contrôle des pompiers, vendredi 13 août 2021 dans la matinée. Selon le président, Abdelmadjid Tebboune, plus de 20 personnes suspectées d’être à l’origine de ces incendies ont été arrêtées. Toutefois, cinq nouveaux départs de feu dans la région de Tizi Ouzou, en Kabylie sont signalés.

La lutte contre les feux de forêt a progressé en Algérie, vendredi 13 août 2021, notamment dans la région de Tizi Ouzou, la plus dévastée, en Kabylie, où la population est sous le choc. Au moins 71 personnes, dont 43 civils et 28 militaires, ont péri depuis lundi 9 juillet 2021 dans ces incendies avivés par la chaleur extrême, selon le dernier bilan des autorités.

Officiellement, il ne reste plus que trois foyers dans la préfecture de Tizi Ouzou, a tweeté la protection civile en fin d’après-midi du vendredi. En revanche, pompiers et volontaires continuent de lutter contre 51 feux dans 16 préfectures, notamment à Béjaïa, Jijel et El Tarf, à la frontière tunisienne. C’est cette dernière région, peu peuplée, qui a compté le plus grand nombre de départs de feu vendredi, selon le dernier bilan de la protection civile. Au total, 76 incendies ont été éteints sur une centaine recensés jeudi 12 août 2021dans tout le pays.

Après avoir annoncé « l’extinction ce [vendredi] matin de tous les feux de forêts déclenchés à Tizi Ouzou », la Protection civile avait fait état de « cinq départs de feu » dans cette wilaya (préfecture).

Face au drame, les manifestations de solidarité se déploient sur le terrain et dans tout le pays. Les appels à l’aide se multiplient dans la société civile, en Algérie et au-delà.

Deux Canadair français sont intervenus, jeudi, en Kabylie et trois autres bombardiers d’eau étaient attendus vendredi en provenance d’Espagne et de Suisse, selon le président, Abdelmadjid Tebboune.

Pour sa part, Christian Mafré, chef du détachement Canadair français, arrivé jeudi avec sept autres pilotes, les bombardiers d’eau « ont fait 40 largages hier et 144 aujourd’hui [vendredi], à raison de rotations de huit heures. On n’arrête pas, on est épuisés ».

« Ça se calme ce [vendredi] soir », a confirmé Christian Maffré avant d’ajouter : « La superficie qui brûle est énorme. Nous, essentiellement on a protégé les villages, donc on largue très près des villages, entre Béjaïa et Alger ».

Le ministère algérien de la Défense a également fait état, vendredi, de la mobilisation de plusieurs hélicoptères lourds MI-26, d’origine russe.

Selon le site spécialisé Mena Défense, l’armée algérienne compterait acheter huit bombardiers d’eau russes Beriev Be-200.

Au deuxième jour du deuil national décrété pour honorer les victimes, une prière du défunt absent a été accomplie juste après la grande prière hebdomadaire musulmane du vendredi dans les mosquées d’Algérie.

Jeudi, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a annoncé l’arrestation de 22 suspects accusés d’être des pyromanes, dont onze à Tizi Ouzou, grande ville de Kabylie, région berbérophone du nord-est de l’Algérie, traditionnellement frondeuse à l’égard du pouvoir central. Selon le chef de l’Etat, la majorité des incendies sont d’« origine criminelle ».

« Des familles ont tout perdu »

« À Larbaa Nath Irathen, épicentre des incendies en Kabylie, les experts n’ont réussi à identifier que 19 corps sur 25 », déclare à l’AFP Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH). « Les familles cherchent les leurs, ça rajoute de la peine à la peine », souligne-t-il.

Le bilan risque de s’alourdir, car « il y a aussi des disparus », témoigne par téléphone Djamel, un habitant du village.

Située sur des hauteurs, la commune de Larbaa Nath Irathen regroupe une vingtaine de villages qui vivent essentiellement de l’arboriculture de montagne. Les feux ont tout détruit. « C’est horrible, il n’y a pas d’autres mots », s’insurge Djamel, retraité, qui regrette le manque de préparation des autorités alors que les incendies sont récurrents.

Résultat : des villages totalement évacués, des maisons brûlées, des cheptels carbonisés. Partout des scènes de chaos et de désolation. « Gouverner c’est prévoir. Sauf chez nous, où on agit à chaque fois après la catastrophe quand le mal est fait », s’insurge le sexagénaire.

Venu à Alger mettre à l’abri sa famille avant de repartir pour aider sur le terrain, Mohand peine à raconter l’horreur: « Je n’ai jamais vu ça de ma vie. Des familles ont tout perdu. Absolument tout ». « Je sens encore l’odeur de la chair calcinée. C’est insupportable. Elle ne veut pas partir », confie-t-il, la gorge nouée.

Crainte d’une recrudescence des cas de Covid-19 

Plusieurs communes de la région de Tizi Ouzou sont sans électricité, ni gaz ni téléphone. De nombreuses pompes à essence sont fermées après l’explosion d’une station-service à Aïn El Hammam qui a causé la mort de cinq membres d’une même famille qui étaient à bord de leur voiture.

Autre crainte exprimée par des villageois : le risque de recrudescence des cas de Covid-19. Dans la lutte contre les brasiers, les gestes barrières ne sauraient être respectés.

L’arrivée des bombardiers d’eau, jeudi, a néanmoins « soulagé la population », selon différents témoignages.

Pays le plus étendu d’Afrique, l’Algérie ne compte que 4,1 millions de hectares de forêts, avec un maigre taux de reboisement de 1,76 %.

Chaque année, le nord du pays est touché par des feux de forêt. En 2020, près de 44 000 hectares de taillis sont partis en fumée.

Les incendies qui se multiplient à travers le globe sont associés à divers phénomènes anticipés par les scientifiques en raison du réchauffement de la planète.

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec TV5MONDE

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