L’ambassadeur de l’UE invité à aborder la question de la destruction des forêts au Cameroun

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Le Directeur Exécutif par intérim de Greenpeace Afrique, Lagi Toribau s’est fendu d’une missive rendue publique dans le site internet officiel (greenpeace.org) de l’Organisation non gouvernementale (ONG) de défense de l’environnement où il met en exergue les nouvelles politiques de l’Union européenne (UE) pour lutter contre la déforestation mondiale qui doivent s’attaquer à la destruction des forêts au Cameroun par les industries du caoutchouc ».

« Nous vous adressons cette correspondance pour demander à la Commission européenne de présenter rapidement une législation ambitieuse et efficace sur les produits de base présentant un risque pour les forêts et les écosystèmes. L’objectif est de mettre fin à la complicité de l’UE dans la destruction des forêts au Cameroun et d’autres écosystèmes et dans les violations des droits de l’homme et des droits des populations autochtones qui en découlent. Nous aimerions également vous alerter sur l’importance cruciale d’inclure le caoutchouc dans le champ d’application de la législation, à la lumière des effets néfastes que la production de ce produit a sur les personnes et l’environnement au Cameroun », a-t-il écrit à l’ambassadeur Philippe Van Damme, chef de la délégation de l’Union européenne auprès de la République du Cameroun. 

Au fil des ans, Greenpeace a été témoin des effets néfastes de l’expansion de l’industrie du caoutchouc au Cameroun.  Le Cameroun connaît actuellement l’un des pires cas de déforestation de l’histoire africaine récente, et la consommation de caoutchouc dans l’UE, ainsi que le secteur financier du bloc, portent une part de responsabilité dans cette destruction, a clamé Lagi Toribau dans sa correspondance.  

Pour étayer son propos, le Directeur Exécutif par intérim de Greenpeace Afrique cite l’exemple d’un producteur de caoutchouc Halcyon Agri, basé à Singapour. Celui-ci a investi dans des plantations de caoutchouc au Cameroun. Sa filiale dans le sud-est du Cameroun, Sud Cameroun Hévéa (SudCam), a déplacé des populations indigènes et détruit plus de 10 000 hectares de forêt tropicale vierge à la limite de la réserve de faune du Dja, un site inscrit au patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Malgré cela, le caoutchouc de cette zone et de plantations similaires est transformé et exporté vers les marchés du monde entier, y compris vers le marché de l’UE. Le secteur financier de l’UE apporte son soutien : La Deutsche Bank a accordé un prêt de 21 millions d’euros à Halcyon Agri – scandaleusement décrit comme un « prêt de durabilité » – malgré tous les impacts négatifs enregistrés dans ses projets au Cameroun, et la violation continue des droits des communautés autochtones Baka, lit-on dans la correspondance de Greenpeace Afrique.

« Le cas de Halcyon Agri et de sa filiale SudCam prouve une fois de plus qu’une nouvelle législation européenne est nécessaire de toute urgence pour réglementer la mise sur le marché européen des produits de base présentant un risque pour les forêts et les écosystèmes, afin de mettre un terme à la déforestation, à la dégradation des forêts, à la conversion et à la dégradation des écosystèmes, ainsi qu’aux violations des droits de l’homme engendrées par la consommation européenne ».

Comme nous l’avons exposé dans notre note d’orientation, cette nouvelle loi devrait :

● S’appliquer au caoutchouc naturel en tant que produit de base essentiel pour les forêts et les écosystèmes ;

● Fixer des exigences de durabilité pour tous les produits de base et produits à risque pour les forêts et les écosystèmes mis sur le marché de l’UE, et aborder les impacts sur les droits de l’homme, la déforestation, la dégradation des forêts et la conversion ou la dégradation des écosystèmes naturels autres que les forêts ;

● S’appliquer au secteur financier, en obligeant les acteurs financiers à respecter des obligations de diligence raisonnable et des exigences de durabilité équivalentes à celles des matières premières et des produits ;

● Établir des exigences de transparence et de traçabilité de la chaîne d’approvisionnement, ainsi qu’un cadre d’application complet.

« Nous restons à votre disposition pour toute autre demande de renseignements ou intérêt que vous pourriez avoir sur le développement au Cameroun. Nous vous invitons à visiter la zone Hévéa du Sud Cameroun et d’autres sites connexes ».

« Nous vous prions d’agréer, Monsieur l’Ambassadeur, l’expression de nos sentiments distingués », a conclu le Directeur Exécutif par intérim de Greenpeace Afrique dans la correspondance adressée à Philippe Van Damme.

Moctar FICOU / VivAfrik

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