Les forêts au Sénégal : une espèce en voie de disparition avancée

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1,2 millions d’hectares, c’est la superficie de massifs forestiers perdue en 5 ans au Sénégal, disait l’ex ministre de l’Environnement et du Développement durable, Abdoulaye Bibi Baldé dans les colonnes du site Sudonline, lors de la célébration de la Journée mondiale de l’environnement, en 2015. « Nos superficies forestières sont passées de 9,7 millions d’hectares en 2005, à 8,5 millions d’hectares en 2010, soit une perte de 1,2 million d’hectares en 5 ans ».

Gestion efficace des forêts : une succession de politiques mises à rude épreuve

A en croire Mohamed Lamine Manga de l’université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ) dans son ouvrage intitulé Déforestation et conflits fonciers au Sénégal (1960-2012), si le « code forestier du 4 juillet 1935 a globalement permis de sensibiliser les indigènes sur la nécessité de protéger les forêts, le pouvoir colonial ne s’est pas pour autant privé d’exploiter certaines espèces d’arbres dans le nord du pays pour alimenter les moteurs des bateaux vraquier en partance pour la métropole. Il s’en est suivi un début d’assèchement dans certaines localités du Fouta. Cet assèchement, qui sera accentué par la sécheresse des années 1950, a également mené à une forte dégradation des terres dans le nord du Sénégal ».

L’auteur de conclure « que la déforestation au Sénégal est aussi ancienne que les flux migratoires et l’urbanisation ».

C’est dire que les prémices d’une catastrophe écologique étaient alors tracées et les politiques en matière de gestion des forêts sous les présidents Senghor, Diouf, Wade et Sall, n’y changeront rien. Les défrichements à des fins agricoles, les feux de brousse, l’exploitation forestière, la rareté de l’eau, la salinisation des terres survenue suite à des années successives de sécheresse, les changements climatiques, le trafic illicite du bois, la boulimie foncière, entre autres, ont pesé de tout leur poids. Les chiffres sont sans appel.

Selon l’Annuaire du Centre de suivi écologique (CSE) sur l’environnement et les ressources naturelles du Sénégal (dans sa 4ème édition en Août 2018), on est passé de 9 348 000 ha de forêts en 1990 à 8 898 000 ha en 2000 puis à 8 273 000 ha en 2015, soit 1 075 000 ha de perdues en 25 ans! Le coût total de la dégradation des terres est d’environ un milliard de dollars US, soit 8 % du PIB de l’année 2007.

Les feux de brousse et trafic illicite de bois : les principaux maux qui gangrènent nos forêts

Au Sénégal, les feux de brousse sont indexés comme étant à la base du recul des forêts, de perte de biodiversité et de paupérisation des populations. Il faut savoir qu’en plus de la destruction massive du capital ligneux et faunique, ils détruisent les sols, contribuant ainsi à l’insécurité alimentaire.

Le CSE signale que durant la campagne de lutte contre les feux de brousse 2015–2016, 643 cas de feu ont été enregistrés contre 314 cas en 2014/2015. Ces feux ont parcouru 125 939,91 ha contre 49 055,49 ha pendant la campagne précédente. Cette situation est due paradoxalement à la forte pluviométrie enregistrée durant l’hivernage 2015, ayant favorisé le développement du tapis herbacé.

En 2015, la superficie du domaine forestier (forêts du domaine classé, forêts du domaine protégé et autres terres boisées) est estimée à 13 523 000 ha (FRA, 2015), pour 2654 ha de forêts ayant fait l’objet d’un déclassement pour les besoins de la Voie de dégagement nord N°3 (VDN 3), de l’autoroute à péage, entre autre motifs.

Le Sénégal a-t-il perdu la bataille pour la préservation des forêts et de l’écosystème qui va avec ? C’est peu de dire aujourd’hui que le Sénégal a mal à ses forêts et les dernières informations relatives au trafic illicite du bois de rose dans ce pays, n’incitent pas à l’optimisme.

La grande muraille verte : un projet africain à la rescousse des forêts et de la lutte contre la désertification

Optimisme ? Haïdar El Ali, l’infatigable défenseur de la nature, lui, veut y croire. Avec sa casquette de « Monsieur Grande Muraille verte » au Sénégal. Il a déclaré sur le site franceculture.fr dans son édition du 9 avril 2021 : « La muraille verte ici, ce n’est pas qu’une bande de 15 kilomètres, on l’a élargie à 100 kilomètres, mais je veux que tout le Sénégal soit une muraille verte ».

Du cœur, Haïdar El Ali en a, mais ne vise-t-il pas trop haut ? « Si on veut que les gens plantent des arbres, il faut que cela leur rapporte quelque chose. C’est pour cela que j’insiste sur les citronniers et les arbres fruitiers. Si les gens produisent des citrons, des mangues ou encore des noix de coco, ils pourront les revendre sur les marchés et se faire de l’argent. »

Le 11 janvier 2021, à Bonn et Paris, 10 milliards de dollars américains ont été dégagés pour l’Initiative de la Grande Muraille Verte pour le Sahel et le Sahara, lors du One Planet Summit Biodiversité, co-organisé par la France, les Nations Unies, et la Banque mondiale.

Dans les colonnes du site franceculture.fr cité plus haut, sous le titre « La grande muraille verte, clef de l’avenir de l’Afrique », on peut y lire que « …/ Le lac Tchad, l’une des zones vitales de la région, a perdu 90% de sa superficie en moins d’une génération, en raison de la désertification et des processus liés au climat ».

D’où le coup de gueule de l’éternel activiste, Haïdar El Ali : « Mais où sont ces milliards? D’abord, moi, je ne les vois pas. Ensuite, ça veut dire aller chercher de l’argent auprès de gens qui se foutent du résultat. Ce que veulent ces gens, c’est justifier leur propre existence. »

Marquée du sceau du bon sens, cette remarque nous amène à penser qu’une pluie de milliards ne saurait remplacer la volonté de remettre le sacré au cœur des rapports entre l’humain et les forêts, la nature en général.

Avec greenpeace.org

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