Les pêcheurs et vendeurs de poissons frais Congolais entre désarroi et résignation suite à la Pollution des rivières Kasaï et Tshikapa

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La pêche est sans doute l’un des secteurs qui subit de plein fouet les conséquences de la pollution des rivières Tshikapa et Kasaï affectées par des substances toxiques après qu’un barrage de déchets miniers a cédé en Angola en fin juillet 2021 dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC). Depuis plusieurs années, il s’est ouvert au croisement des avenues de la mission et du stade, dans la commune de Kanzala en plein centre-ville de Tshikapa, un marché de fortune de vente des poissons frais pêchés dans ces rivières. A la barbe des autorités, les vendeuses de ce marché exposent les poissons à même le sol sans tenir compte des règles d’hygiène.  

Selon un reportage effectué dans cette zone par Sosthène Kambidi du site d’information actualite.cd, ce marché bien que réunissant une vingtaine de femmes et qui est très fréquenté ne reçoit plus des clients même si des vendeuses téméraires y amènent une très faible quantité de poissons frais. Angèle Konga, l’une des vendeuses trouvée sur place mardi 31 août 2021 à la tombée de la nuit est assise devant un couvercle sur lequel elle a placé une dizaine de poissons frais. Elle regrette qu’elle soit concernée par la décision des autorités interdisant la consommation des poissons pourtant ses tilapias sont pêchés en amont de la rivière Kasaï non polluée.

« Moi je suis vendeuse de poissons frais. J’ai toujours acheté mes poissons en amont de la rivière Kasaï vers les villages de Tshibrikita et Lungudi. Cette partie n’est pas polluée. C’est la rivière Tshikapa qui se trouve polluée. Malheureusement, nous sommes toutes frappées par la décision des autorités à qui nous demandons de revoir leur mesure portant interdiction de la consommation des poissons frais », a-t-elle confié à Sosthène Kambidi en indiquant qu’aucun client n’approche pour acheter les poissons.

De son côté, Nkongolo Musungula, trentaine bien sonnée et mère de trois enfants rencontrée dans la journée et qui vend également des poissons frais, ne sait que faire pour la survie de sa famille.

« Depuis 2013, j’ai noué des relations avec des pêcheurs et chaque jour, je vais prendre des poissons à crédit et je revends. Ça me permet de nourrir ma famille. J’ai réussi à me constituer un capital  de 200 000 FC (environs 100$). Avec l’interdiction de la pêche, je suis ruinée. Je ne sais quoi faire », explique-t-elle en sanglots.

La situation de Nkongolo Musungula n’est pas isolée. Plusieurs autres vendeuses de poissons frais sont désemparées.

C’est le cas de Mputu Muambuyi, mère de six enfants. « J’avais déjà mis en place un réseau de clients à qui je livrais chaque soir des maboke (poissons frais grillés et emballés dans des feuillages humides). Depuis dix jours, je ne sais rien faire et la survie de ma famille est gravement entamée », a-t-elle tonné dans les colonnes de actualite.cd.

De leurs côtés, les pêcheurs du site Nganda Yala, 15 Km de Tshikapa en aval de la rivière Kasaï, partie polluée et où se trouve un marché de vente des poissons un peu plus organisé que celui du centre-ville de Tshikapa,  disent avoir fermé leur campement faute des clients.

« Nous sommes ici depuis plusieurs années. Nous nous consacrons à la pêche pour faire étudier nos enfants, nous vêtir et prendre en charge nos foyers. Nous avions remarqué depuis deux semaines des poissons morts qui flottaient aux larges de la rivière. Par la suite, l’eau était devenue rougeâtre et les autorités nous ont dit que les eaux des rivières Kasaï et Tshikapa contiennent de l’acide nuisible à la santé et ont interdit la pêche », indique Shamba Makoro, pêcheur depuis 2015 et qui révèle que dans un premier temps, les populations riveraines avaient consommé les poissons morts qui flottaient aux larges du Kasaï.

Rappelons que les autorités attendent beaucoup de la mission de la Vice-premier ministre de l’Environnement et du Développement durable, Eve Bazaïba pour la décontamination de deux rivières.

Un hydrologue local, note Sosthène Kambidi, qui a requis l’anonymat propose que le gouvernement congolais saisisse les instances judiciaires internationales contre la société d’exploitation du diamant Catoca, basée en Angola et qui est à la base de cette situation.

« Souvenez-vous du navire Probo Koala affrété en 2006 par la société Trafigura et qui avait déversé sa cargaison des déchets toxiques aux larges d’Abidjan. Le gouvernement ivoirien avait obtenu plusieurs millions de dollars d’indemnisation en faveur des victimes. Nous sommes dans le même cas de figure », a-t-il illustré.

La pêche réalisée dans les rivières Tshikapa et Kasaï aide pour des petits besoins de subsistance. Elle n’est pas réglementée et les services de pêche et élevage à Tshikapa ne disposent d’aucune statistique sur la quantité des poissons pêchés annuellement.

Moctar FICOU / VivAfrik

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