Subventions mondiales à l’agriculture : la FAO appelle à un changement de paradigme

0

L’Organisation des Nations unies (ONU) a recommandé, dans un rapport, de réorienter les subventions agricoles mondiales. En effet, le montant des aides publiques mondiales versées annuellement aux producteurs agricoles est estimé à 540 milliards $.  

Rappelons que, dans le monde, l’agriculture fournit environ 4 % du PIB. Si jusqu’ici, ce secteur vital permet de nourrir une population globale en hausse, grâce à des appuis financiers importants des gouvernements, les modes de production sont de plus en plus questionnés avec l’émergence des préoccupations environnementales et sociales. Dans son nouveau rapport « Multi-billion opportunity : Repurposing agriculural support to transform food systems », publié le 14 septembre 2021 avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) plaide pour une refonte totale des soutiens publics pour qu’ils répondent aux besoins des systèmes alimentaires.  

Des ressources financières préjudiciables à l’environnement et à la sécurité alimentaire

540 milliards $. C’est le montant alloué chaque année dans le monde par les gouvernements aux exploitants agricoles. Cette enveloppe considérable représente, d’après le rapport, près de 15 % de la valeur commerciale de la production agricole totale. Elle est principalement répartie entre les nations développées (pays de Union européenne, USA et Japon notamment) et les grandes économies émergentes comme la Chine, le Brésil, l’Argentine, l’Inde ou encore l’Indonésie.

Si un soutien budgétaire à l’agriculture reste crucial en raison de son importance dans plusieurs régions du monde, la FAO estime qu’actuellement, une grande partie de ce montant sert à financer des mesures qui génèrent des dommages environnementaux et nuisent à la sécurité alimentaire mondiale.

Il s’agit principalement des mesures de soutien des prix du marché intérieur (permettant de gonfler artificiellement les prix des produits agricoles) qui ont totalisé 294 milliards $ et les paiements liés à la production ou à l’utilisation d’intrants sans contraintes (245 milliards $).

Concrètement, selon l’organisation onusienne, ces dispositions incitent les exploitants à accroître leur production indépendamment des coûts réels qui sont gommés par les subventions et par conséquent participent à l’aggravation des pressions sur les sols, la biodiversité et l’eau.

En outre, les soutiens ne sont pas équitables dans la mesure où ils sont essentiellement distribués en fonction du niveau de productivité des exploitants et favorisent donc les gros acteurs au détriment des producteurs à faibles revenus.

D’après la FAO, les produits comme le sucre, le riz, le lait, la viande de bœuf reçoivent les aides publiques les plus importantes dans le monde, malgré leur forte empreinte écologique et leur contribution au changement climatique.

Selon le rapport, seulement 110 milliards $ sont consacrés dans le monde aux services d’intérêt général fournis à l’agriculture sous forme d’investissements publics dans la recherche développement et les infrastructures, des composantes essentielles pour atteindre la sécurité alimentaire.

Repenser urgemment les politiques de soutien agricole

Avec la nécessité de satisfaire la demande croissante en produits alimentaires dans les prochaines années, les gouvernements augmenteront encore le montant des subventions au secteur agricole. A l’horizon 2030, la FAO indique que les dépenses publiques en faveur du secteur devraient ainsi plus que tripler en s’élevant à 1,7 trillion de dollars. Dans un tel contexte, l’organisation onusienne estime qu’il est impératif de revoir les politiques de soutien agricole afin qu’elle contribue à la résolution des défis auxquels sont confrontés les systèmes alimentaires. Il s’agit notamment d’assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle d’une population mondiale croissante tout en assurant une durabilité des écosystèmes.

Face à ces enjeux importants, la FAO préconise notamment une réforme plus en profondeur des soutiens publics en allant au-delà des versements aux producteurs individuels.

Selon l’organisation, il faudrait en lieu et place, adopter une approche multipartite qui intègre tous les acteurs non seulement de la chaîne de production comme les petits producteurs et les femmes mais aussi les dimensions nutritionnelle et d’accessibilité à la nourriture.

Ce dernier aspect est particulièrement important dans la mesure où, dans la plupart des pays du monde, l’insécurité alimentaire est surtout liée à la pauvreté et au manque d’accès à la nourriture des populations.

En réorientant les soutiens sous forme de mesures macroéconomiques et commerciales qui améliorent les revenus, la disponibilité alimentaire ainsi que la qualité des produits, le rapport estime que les gouvernements pourront faire des progrès dans l’atteinte des objectifs de réduction de la faim sous toutes ses formes d’ici à 2030.

Pour la FAO, il est aussi essentiel de maintenir à des niveaux importants, les investissements publics dans la recherche-développement agricole ainsi que dans les infrastructures de transport et de stockage pour conserver la valeur nutritionnelle des produits et gérer les denrées périssables riches en nutriments.

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec Ecofin

Laisser un commentaire