L’Afrique mise sur la solidarité internationale pour réussir la COP26

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Le continent africain qui attend plus que jamais un engagement des pays riches pour financer sa réponse au changement climatique appelle à la solidarité internationale pour endiguer le réchauffement de la planète.

Ouverte officiellement dimanche 31 octobre 2021, les échanges liés à la 26ème Conférence des Nations unies sur les changements climatiques ont démarré lundi 1er novembre 2021. De nombreux chefs d’État ont déjà pris la parole, dont plusieurs dirigeants africains. À la tribune du Scottish Event Campus de Glasgow où se tient cet événement de haute portée, les présidents de la Mauritanie, du Gabon, de la République Centrafricaine (RCA), du Congo-Brazzaville et de Zambie, notamment, ont mis l’accent sur les lourdes conséquences qu’a déjà le dérèglement climatique dans leurs pays respectifs, et plus généralement sur le continent africain.

Payer pour polluer, être « récompensé » si on ne pollue pas ou peu, financer la transition de ceux qui ont le moins de ressources, tenir ses promesses en termes de limitation du réchauffement climatique… Autant d’exigences qui, de manière prosaïque, résument les attentes du continent africain à la 26ème Conférence des Nations unies sur le changement climatique.

Ce dernier s’aggrave et il représente un danger existentiel pour le Kenya, comme pour la majorité des pays africains, a estimé le président du Kenya, Uhuru Kenyatta. « Les événements climatiques extrêmes, comme les inondations et la sécheresse, nous font perdre entre 3 et 5 % de notre PIB chaque année. De plus, ils aggravent l’insécurité alimentaire, et engendrent une concurrence entre communautés et entre pays, pour l’accès aux ressources. »

A la tribune du Scottish Event Campus de Glasgow, le président nigérien, Mohamed Bazoum a laissé entendre que plusieurs dirigeants africains ont affirmé avoir fait leur part en prenant des engagements pour le climat, même s’ils ne font pas partie des grands pollueurs. Ils appellent à la solidarité internationale pour faire face au changement climatique et à un engagement fort des pays développés.

« Les pays pauvres comme les nôtres qui n’ont aucune responsabilité dans le dérèglement climatique sont aujourd’hui ceux qui paient le tribut le plus lourd au consumérisme promu par un modèle de développement, qui a fait peu cas des peuples et générations futures. Je voudrais lancer un appel aux pays émetteurs à respecter leurs engagements vis-à-vis des pays en développement », a affirmé M. Bazoum.

Les dirigeants africains qui s’expriment, comme tous les autres dirigeants présents, lundi 1er et mardi 2 novembre 2021 au cours du sommet en prélude aux négociations, expriment les principales revendications de la délégation africaine, en particulier que se concrétise l’aide promise depuis dix ans à l’Afrique pour qu’elle s’adapte au changement climatique.

Rappelons que l’Afrique ne joue qu’un rôle mineur dans le changement climatique de la planète que la question des mesures d’adaptation pour en limiter l’impact est centrale pour le continent. Celui-ci représente en effet 20% de la population mondiale, mais n’est responsable que de 3% des émissions de CO2. Suffisant pour le continent noir de réclamer plus de moyens financiers.

La promesse des pays riches de porter à 100 milliards par an l’aide climat des pays développés aux pays en développement, à partir de 2020, n’est pas encore tenue.

Mais les dirigeants du continent n’ont pas été les seuls à s’exprimer. Car si ce grand rendez-vous est éminemment politique, une place est également faite à la société civile et à la jeunesse. Elizabeth Wathuti, une jeune activiste kényane, a rappelé leurs responsabilités aux chefs d’État.

« Les décisions que vous prendrez ici détermineront si les pluies reviendront sur nos terres. Les décisions que vous prendrez ici aideront à déterminer si les arbres fruitiers que nous plantons vivront ou périront, si les enfants auront de la nourriture et de l’eau. Je crois en notre capacité humaine à nous soucier profondément des autres et à agir collectivement. Je crois en notre capacité à faire ce qui est juste si nous nous laissons guider par notre cœur. Les enfants ne peuvent pas se contenter de mots et de promesses creuses. Ils attendent que vous agissiez », a-t-elle souligné.

L’Afrique n’a reçu que 70% à 80% des 100 milliards de dollars par an promis pour 2020 par les pays riches pour lui permettre de s’adapter aux événements météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents qu’elle subit, à cause d’un réchauffement climatique qu’elle n’a pas créé. Ce montant, par ailleurs largement composé de prêts et non de dons, pourrait n’être atteint qu’en 2023, et il est jugé largement insuffisant.

« Ces engagements ont été pris il y a plus d’une dizaine d’années. Chaque année, les pays développés repoussent l’échéance à l’année suivante. (…) C’est une aberration. Ces 100 milliards de dollars ne sont, pour nous, qu’un point de départ, un plancher, et non un point d’arrivée. (…) Ils sont loin d’être suffisants pour faire face à cette crise climatique », a précisé Aïssatou Diouf, responsables des politiques internationales et plaidoyer à Enda Energie renchérissant que « ces 100 milliards de dollars sont loin d’être suffisants ».

Les États africains refusent, par ailleurs, de renoncer au développement économique. Leur discours mettra donc en avant leur besoin de compensation pour service environnemental rendu, si on leur demande de ne plus exploiter leurs forêts ou leurs gisements d’hydrocarbures, afin d’atténuer le réchauffement climatique mondial. « L’Afrique est responsable de 4% des émissions globales et elle est le continent le plus vulnérable. Elle a besoin de ces moyens financiers pour lutter contre le changement climatique » a plaidé l’experte Sénégalaise.

En l’absence d’un changement commun de trajectoire, l’Afrique devrait être la plus touchée par ces bouleversements d’ici les deux dernières décennies de ce siècle, avec notamment l’accentuation des phénomènes de sécheresse, selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Moctar FICOU / VivAfrik

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