COP26 : « Nous ne résoudrons pas la crise climatique sans la nature »

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Par Midori Paxton

À l’issue de la première semaine de la COP26, il était clair que la nature n’était plus considérée comme une « question à part ». L’une des principales annonces a été l’engagement pris par 120 dirigeants mondiaux de pays abritant 90 % des forêts de la planète, dont le Brésil et la République démocratique du Congo, de mettre fin à la déforestation d’ici 2030. Cet engagement prévoit des promesses de financement, dont 12 milliards de dollars de fonds publics jusqu’en 2025, ce qui lui donne d’autant plus de poids. Parmi les autres moments forts pour la nature, les dirigeants de la Colombie, du Costa Rica, de l’Équateur et du Panama ont permis l’extension du corridor marin du Pacifique tropical oriental pour protéger la vie marine des flottes de pêche. Plus de 100 pays, dont les États-Unis, le Japon et le Canada, se sont engagés à réduire leurs émissions de méthane, un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le dioxyde de carbone, de 30 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2020.

Trois priorités permettront de transformer les engagements en changements concrets

Il nous faut maintenant agir sur trois points pour transformer cet espoir révolutionnaire en changements concrets. Sinon, les pertes catastrophiques de biodiversité qui ont déjà commencé de se produire – plus de 60 % des animaux sauvages ont disparu depuis 1970 – poursuivront cette sombre trajectoire vers l’extinction prévue de plus d’un million d’espèces d’ici 2050.

Pour construire un monde résilient et limiter le réchauffement à 1,5 °C, il nous faut inverser la perte de la nature et réaliser des projets tels que l’initiative 30×30 (en anglais) qui d’ici à 2030, vise à conserver 30 % des terres et des océans de la planète tout en réduisant de moitié les émissions en l’espace d’une décennie. L’adaptation au climat doit être un pilier important de la relance verte et résiliente, transformant nos systèmes alimentaires et agricoles, la création d’emplois et de moyens de subsistance et la transition énergétique. Des solutions fondées sur la nature sont prêtes dans tous les pays, notamment celles présentées dans les Solutions PANORAMA et par la plateforme Nature4Climate. Alors, comment procéder ?

1. Il doit y avoir une politique cohérente pour des solutions à fort impact et fondées sur la nature. Dans de trop nombreux cas, nous avons assisté à des actions gouvernementales contradictoires : investir dans la conservation de la nature tout en encourageant l’expansion agricole ou le développement industriel. Pour que les engagements pris lors de la COP26 soient respectés, il faut une cohérence politique et des incitations favorables. Le gouvernement du Costa Rica, premier lauréat du Prix Earthshot, a prouvé que cela était possible, par la restauration de la surface forestière, qui est passée de moins de 25 % dans les années 1990 à 52 % aujourd’hui, tout en augmentant la croissance économique grâce à une action politique cohérente, au paiement des services écosystémiques et à la création d’un solide réseau de zones protégées, financé par une taxe de 3,5 % sur les carburants.

2. Le financement doit servir l’échelle, la rapidité et l’équité. Nous devons déployer les financements engagés à la COP26 là où ils peuvent apporter des changements avec rapidité et produire un impact, tout en veillant à ce que les communautés ne soient pas laissées de côté. Les préoccupations soulevées quant à l’impact sur le développement à court terme de l’arrêt de la déforestation, par exemple, soulignent l’impératif de soutenir une transition juste pour les pays et les communautés qui ont le plus à perdre. Les finances ont d’ailleurs contribué de manière importante à l’accord précité sur la déforestation : 12 milliards de dollars de fonds publics jusqu’en 2025, dont 500 millions de dollars pour la République démocratique du Congo par le biais de l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale (CAFI), et 1,7 milliard de dollars spécifiquement destinés aux groupes autochtones. À cela s’ajoutent des fonds philanthropiques : Jeff Bezos a annoncé 2 milliards de dollars pour la nature en Afrique et la restauration. Et, dans le cadre du plus grand partenariat public-privé pour des solutions climatiques basées sur la nature, la coalition LEAF a annoncé qu’un milliard de dollars avait été atteint pour le financement des forêts. Nous ne pouvons pas non plus perdre de vue les financements encore nécessaires, et la plus grande opportunité de combler le déficit de financement pour la perte de biodiversité et la protection de la nature passe par les produits financiers verts, qui ne représentent actuellement qu’environ 5 milliards de dollars par an, soit 4 % de tous les financements pour la nature. Des solutions peuvent être trouvées en changeant la façon dont nous dépensons, en réaffectant, par exemple, les 470 milliards de dollars de soutien annuel aux producteurs agricoles qui soit faussent les prix, soit peuvent être nuisibles à la nature et à la santé. La réaffectation du soutien au secteur agricole représente à elle seule une occasion importante de contribuer à la transformation des systèmes alimentaires, de soutenir l’action climatique et d’atteindre les objectifs de développement durable.

3. Nous devons intensifier notre engagement par des partenariats solides qui reconnaissent les changements systémiques à venir. L’engagement en faveur de la déforestation englobe la transformation économique et systémique : outre ces engagements financiers publics, 30 institutions financières représentant 9 000 milliards de dollars d’actifs se sont engagées à éliminer la déforestation de leurs portefeuilles et 10 des plus grandes sociétés de produits agricoles se sont engagées à prendre des mesures dans leurs chaînes d’approvisionnement pour éliminer la déforestation. Nous avons besoin de partenariats plus solides entre les parties prenantes privées et publiques, en renforçant les capacités des développeurs de projets et en soutenant des cadres mondiaux pour mesurer l’impact. Par exemple, les institutions financières et les entreprises se sont réunies pour créer le groupe de travail sur les divulgations financières liées à la nature (TNFD) , dirigé par le marché, dont le PNUD est un partenaire fondateur avec Global Canopy, l’Initiative financière du Programme des Nations Unies pour l’environnement et le Fonds mondial pour la nature. TNFD développera et fournira un cadre de gestion et de divulgation des risques pour les organisations afin qu’elles puissent signaler et agir sur les risques liés à la nature en constante évolution, faisant passer les flux financiers mondiaux de résultats négatifs pour la nature à des résultats positifs pour la nature.

Toute ma vie professionnelle a tourné autour des questions touchant à la nature et aux personnes. Je sais combien ces nouveaux engagements sont importants. Je suis également confronté chaque jour à l’ampleur des enjeux. Nous pouvons à juste titre nous réjouir des preuves de la volonté d’agir de la semaine dernière. Notre histoire ne se terminera peut-être pas avec une espèce incapable de se sauver elle-même. Cependant, le travail difficile commence maintenant pour que les raisons d’être optimiste de cette COP26 jusqu’à présent deviennent notre réalité.

Midori Paxton, responsable des écosystèmes et de la biodiversité au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) : [email protected]

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