Le continent africain sous le diktat du prix des engrais

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Le prix des engrais ne cesse de grimper et pénalise en particulier les pays du continent africain, souvent mal informés et pas assez réactifs. Le retard pris dans les achats met en danger la prochaine campagne agricole.

Dans la chronique des matières premières du journaliste de Radio France internationale (RFI), Marie-Pierre Olphand a signalé que tous les pays du continent ne seront pas égaux en 2022 au moment des premières récoltes. En Afrique de l’Ouest, il y a l’exception béninoise avec des autorités qui ont été prévoyantes et ont encouragé l’importation d’intrants permettant à leurs agriculteurs de pouvoir faire face à leur besoin. L’autre exception c’est le Nigeria qui a su mettre en place des contrats avec de grands producteurs de phosphate et de potasse afin de couvrir ses besoins.

Le Nigeria qui évidemment a pu aussi s’appuyer sur sa production locale d’un autre engrais l’urée, pour couvrir l’ensemble des besoins des fermiers nigérians. Grâce à de fortes réserves de gaz à des prix très compétitifs, le pays continue par ailleurs de s’imposer à l’étranger comme l’un des plus grands exportateurs d’urée sur des destinations telles que le Brésil. 

1 000 dollars la tonne d’urée

La majorité des autres pays d’Afrique de l’Ouest ont eux raté le train et pourraient avoir du mal à sauver la campagne agricole qui débute… Plusieurs n’ont pas fait d’achats ce dernier trimestre et en sont encore à valider des appels d’offres alors qu’ils devraient déjà être en train de réceptionner leurs importations. 

Certains comme le Burkina Faso ont décalé leurs commandes en espérant que les prix baissent, et se retrouvent pris à la gorge, contraints d’acheter de l’urée à 1 000 dollars la tonne à des acteurs locaux plus prévoyants qui profitent de marges généreuses… D’autres comme la Mauritanie ont perdu du temps avec des intermédiaires locaux leur promettant de manière irréaliste de l’engrais à bas prix via des contrats qui finalement n’ont pas abouti.

Les prix sont aujourd’hui pour beaucoup devenus rédhibitoires. Il y a peu de chance de voir la courbe des cours s’inverser tant que les prix du gaz ne baisseront pas, et tant que la demande, notamment de l’Inde ne faiblira pas.

Des États mal informés et pas assez réactifs

Le handicap majeur de ces États confie Mounir Halim fondateur d’Afriqom (Agence d’information sur les prix spécialisés sur le marché des engrais en Afrique) c’est le manque d’information. Ils ne suivent pas les prix mondiaux et ne sont pas assez réactifs. Ce manque de compréhension du marché alimente la vulnérabilité des décideurs. Preuve de ce manque de prise de conscience de la gravité du problème, les États de l’UEMOA (l’Union économique et monétaire ouest-africaine) n’ont pas profité de la ligne de crédit (520 millions de dollars) qui leur a été ouverte au sein de la Banque de développement de la CEDEAO (BIDC) il y a un an et qui était dédiée à 90 % à l’achat d’engrais.

Résultat, face à une récolte qui pourrait être insuffisante dans les prochains mois, les pays qui sont restés passifs risquent de devoir importer beaucoup plus d’aliments de base, cette année, ce qui leur coûtera plus cher que les engrais qu’ils n’ont pas commandé.

Avec RFI