Les manquements des grandes entreprises et sociétés financières favorisent la déforestation, selon l’ONG Global Canopy

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La déforestation est causée par de multiples facteurs, certains humains et d’autres naturels. Parmi les facteurs anthropiques, se trouvent l’agriculture, l’élevage, les entreprises, etc.

Les entreprises et sociétés financières ayant le plus fort potentiel pour réduire la déforestation mondiale n’agissent pas dans ce sens, ébranlant les promesses de protection des forêts faites à la 26ème Conférence des Nations unies sur le climat (COP26), selon un rapport publié jeudi 13 janvier 2022.

En termes clairs, ces grosses compagnies et institutions financières mondiales n’agissent pas, ou pas assez, pour lutter contre la déforestation liée à la production et la consommation d’huile de palme, de soja, de viande de bœuf, de cuir, de bois et de papier, a dénoncé l’Organisation non gouvernementale (ONG) britannique Global Canopy.

L’ONG Global Canopy a passé en revue 350 entreprises accusées d’être les plus responsables de la déforestation, directement ou indirectement, et 150 banques, fonds d’investissement ou fonds de pension qui les financent. Selon cette analyse, une entreprise étudiée sur trois n’a aucun engagement en faveur de la protection des forêts, et 72 % d’entre elles ont certains engagements mais pas sur tous les produits liés à la déforestation présents dans leur chaîne d’approvisionnement.

En novembre 2021, en Ecosse, à la COP26 sur le climat de Glasgow, gouvernements, entreprises et institutions financières ont promis, la main sur le cœur, de lutter contre la déforestation, responsable d’environ 15 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). Le constat est tout autre, ces engagements sont sapés par l’inaction des grosses entreprises et institutions financières en la matière, a déploré jeudi 13 janvier 2022 l’ONG britannique Global Canopy, dans la dernière édition de son rapport annuel, qui analyse les promesses des 350 plus grosses sociétés produisant, utilisant ou commercialisant les six principales matières premières responsables de la déforestation (huile de palme, soja, viande de bœuf, cuir, bois et papier) et de 150 institutions qui les financent.

Même celles avec des engagements ciblant certains produits spécifiques, en particulier le soja, la viande de bœuf et le cuir, « échouent à fournir des preuves sur la façon dont elles les mettent en place », estime le rapport. « Trop peu d’entreprises reconnaissent les risques climatiques provoqués par la déforestation, et peu d’entre elles incluent leur chaîne d’approvisionnement dans leur évaluation », a signalé Niki Mardas, de Global Canopy.

Un tiers des entreprises étudiées n’ont pas mis en place de politique permettant d’assurer que leurs produits ne sont pas responsables de déforestation. Parmi elles, les géants français de l’agroalimentaire, a précisé le rapport. 

De quoi nuire à la lutte contre le changement climatique, puisque « si la déforestation dans les tropiques était un pays, ce serait la troisième source d’émissions de CO2 au monde après la Chine et les Etats-Unis », rappelle le rapport. De quoi nuire, aussi, à la biodiversité, aux droits des populations locales. Ou encore aux entreprises elles-mêmes, car, selon Global Canopy, « en causant dégâts climatiques et perte de biodiversité, en affectant l’approvisionnement en eau, la déforestation détériore les conditions permettant de cultiver les matières premières agricoles, ce qui a un impact sur la production et les prix ».

Le soja peut être un « ingrédient caché » de produits tels que la viande, le poisson, les produits laitiers ou les œufs, car il est couramment utilisé dans l’alimentation animale.

Nestle, Unilever, BNP Paribas, HSBC… Les meilleures élèves

Cargill, Colgate-Palmolive, Nestle, Unilever et PepsiCo sont parmi les 15 entreprises les mieux classées. Le constat n’est pas meilleur du côté de ceux qui financent à hauteur de plus de 5 500 milliards de dollars par an les 350 entreprises, estime le rapport. 93 des 150 sociétés financières analysées n’ont pas de politique déforestation couvrant les investissements et les prêts aux entreprises les plus dépendantes de denrées ravageant les forêts. Et seulement une vingtaine de banques ou de sociétés d’investissement disposent d’une politique déforestation qui prévoit une évaluation des progrès réalisés. Parmi les meilleurs élèves, dont les efforts sont jugés malgré tout insuffisants, BNP Paribas, Deutsche Bank, HSBC, Mitsubishi UFJ Financial ou encore la Sociéte Générale et Standard Chartered.

D’après Nigel Topping, un des « champions » désigné par la présidence britannique de la COP26, « stopper l’agriculture qui encourage la déforestation pour diviser les émissions par deux et réparer la destruction de la biodiversité d’ici à 2030 n’est pas une option mais une nécessité pour des entreprises engagées avec crédibilité sur la neutralité carbone ».

« Sans cela, on ne pourra pas limiter le réchauffement à +1,5°C » par rapport à l’ère industrielle, objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris, a-t-il ajouté dans un communiqué transmis à la presse.

Enfin, Global Canopy a souligné que « seules des mesures contraignantes et le devoir de rendre des comptes permettront de faire bouger le marché à l’échelle nécessaire ». L’ONG en appelle à la législation. En novembre, la Commission européenne a publié une proposition législative visant à « éviter ou minimiser la mise sur le marché de l’UE de produits associés à la déforestation et à la dégradation des forêts ». Dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne qui a débuté le 1er janvier 2022, la France a placé cette proposition de loi européenne contre la déforestation importée sur la liste de ses priorités.

Moctar FICOU / VivAfrik   

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