Les Nations unies pourraient ratifier un traité international pour lutter contre la pollution plastique

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Le compte à rebours est lancé. En effet, une centaine de pays se réunit du lundi 28 au mercredi 2 mars 2022 à Nairobi au Kenya, pour démarrer les pourparlers au sujet d’un traité international sur les plastiques, sources d’importantes pollutions marines et terrestres. Le processus devrait durer deux ans.

Sous l’égide des Nations unies, des négociations cruciales visant à aboutir à un accord global juridiquement contraignant capable d’endiguer cette menace planétaire s’ouvrent au Kenya.

Signalons que, dans le monde, la planète qui est boulimique de plastique a assisté en 2019 à la production de 460 millions de tonnes de plastique. La même année la quantité de déchets plastiques s’est élevée à 353 millions de tonnes. Des chiffres qui ont doublé en vingt ans, selon le bilan « perspectives mondiales du plastique » publié le 22 février 2022 par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en amont de l’assemblée des Nations Unies pour l’environnement qui se tient au siège du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), agence onusienne de l’environnement. Si rien n’est fait ces chiffres pourraient encore doubler en vingt ans, selon certaines estimations.

Ainsi, après le climat, le plastique au place au plastique. Près de sept ans après l’accord de Paris, la communauté internationale va-t-elle se confronter à cette autre menace planétaire ? Une première étape pourrait être franchie lors de la 5ème Assemblée des Nations unies pour l’environnement (ANUE), à Nairobi, où doivent s’ouvrir, lundi 28 février 2022, des négociations cruciales sur un traité international juridiquement contraignant pour lutter contre la pollution plastique. Programmée jusqu’au 2 mars de l’année en cours, l’ANUE doit acter la création d’un comité de négociation intergouvernemental. C’est cette instance qui sera chargée d’élaborer le futur traité dont l’adoption pourrait intervenir lors de la prochaine assemblée onusienne en 2024.

Un traité que la directrice du PNUE, Inger Andersen, veut « historique » pour enrayer ces courbes exponentielles source de pollution extrême sur la planète car 22 millions de tonnes de plastique sont rejetées dans l’environnement en 2019.

Plus de la moitié des déchets proviennent de plastiques à usage unique et de produits à durée de vie de moins de cinq ans. Seuls 9 % ont été recyclés, comptabilise l’OCDE. Chaque minute, l’équivalent d’un camion poubelle de plastique est déversé dans l’océan. 22 millions de tonnes ont été rejetées dans l’environnement en 2019. Et les législations en vigueur pour interdire l’usage des sachets en plastique sont restées virtuelles dans de nombreux pays.

Pour la directrice générale du Programme des Nations unies pour l’environnement, Inger Andersen, il s’agit ni plus ni moins du rendez-vous « le plus important de l’agenda environnemental mondial depuis l’accord de Paris sur le changement climatique en 2015 ».

Cette pollution qui met en danger les océans, menace la vie humaine et animale, défigure les paysages est devenue « une menace mondiale [qui] exige une réponse mondiale », plaide LE PNUE.

De l’avis de Inger Andersen, miser sur le seul recyclage ne suffira pas. « Il est primordial de fermer le robinet. Si on continue à polluer ici et nettoyer là, c’est sans fin ». Rien ne dit encore ce que pourrait contenir cet accord international sur les objectifs de réduction à la source, d’élimination des déchets, de recyclage et d’économie circulaire. Ni s’il serait contraignant comme l’appellent de leurs vœux les ONG. L’opinion internationale y serait favorable si l’on en croit un sondage réalisé pour le compte du WWF dans 28 pays : 65 % des personnes interrogées jugent « très important » ou « essentiel » un accord pour lutter contre la pollution plastique.

Au rythme actuel, la pollution plastique des océans (11 millions de tonnes par an) aura quadruplé d’ici à 2050. Tirée par le secteur de l’emballage – débouché désormais privilégié par l’industrie pétro-gazière –, la production mondiale de plastique devrait en effet plus que doubler pour flirter avec le milliard de tonnes par an à l’horizon 2050. Depuis 1950, ce sont près de 10 milliards de tonnes de plastique qui ont été produites dans le monde, essentiellement à partir des années 2000. Plus de 70 % sont devenus des déchets dont la majorité se retrouve dans l’environnement ou dans des décharges.

Une menace pour la santé humaine

Selon le PNUE, 300 millions de tonnes de déchets plastiques sont générées annuellement à l’échelle de la planète. Un danger pour les écosystèmes marins et la biodiversité : 1,4 million d’oiseaux et 14 000 mammifères marins sont retrouvés morts chaque année, en raison de l’ingestion de plastiques. Une menace pour la santé humaine : toute la chaîne alimentaire est contaminée par les substances toxiques, ayant notamment des effets de perturbateurs endocriniens, qu’ils propagent. Une pollution hors de contrôle qui touche tous les recoins de la planète, jusqu’au sommet de l’Everest ou la banquise de l’Antarctique sous forme de microparticules.

Le plastique, parce qu’il repose sur l’extraction et la transformation d’énergie fossile, participe également au réchauffement climatique. Dans un rapport publié en 2019, le Centre pour le droit international de l’environnement (CIEL) estime que sa production annuelle émet autant de gaz à effet de serre qu’environ 189 centrales à charbon. Si on ajoute l’incinération des déchets, elle pourrait générer 56 milliards de tonnes d’émissions de CO2 d’ici à 2050, soit l’équivalent de 615 centrales. Autrement dit, le plastique pourrait engloutir entre 10 % et 13 % du budget carbone mondial à ne pas dépasser pour contenir la hausse des températures à 1,5 °C à cette échéance.

Moctar FICOU / VivAfrik