Retour des marches pour le climat en France après une pause imposée par le Covid-19

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Les grandes manifestations en faveur de la lutte contre le réchauffement de la planète reprennent ce samedi 12 mars 2022 en France où 132 cortèges sont prévus après deux ans de quasi silence pour cause de Covid-19.

Mieux, c’est le retour des marches pour le climat en France, avec plusieurs manifestations d’organisées dans le pays à l’appel de plus de 450 organisations. Des marches intitulées « Look up », en référence au film de fiction « Don’t look up » qui dénonce le déni des autorités face au danger d’une météorite fonçant sur la terre. Un parallèle avec la menace du changement climatique, grand absent des présidentielles, selon les organisateurs.

À 17 ans, Pablo n’a pas encore le droit de vote mais le lycéen de Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) est bien décidé à faire entendre sa voix sur ce qui compte le plus pour lui, à savoir l’état de la planète. « On attend un gros, gros retour des marches climat ce samedi, se réjouit l’adolescent, hyper motivé. Ce n’est pas que les Français se soient moins souciés des questions d’environnement depuis deux ans mais avec le Covid-19 l’état d’esprit n’était pas tellement aux rassemblements massifs. »

Conscient que le changement climatique est le grand absent de cette campagne présidentielle, Gabriel Mazzolini, porte-parole de l’Organisations non gouvernementales (ONG) Les Amis de la Terre, souhaite replacer le sujet au cœur des débats. « Ce sont nos vies qui sont en jeu. C’est une urgence qu’on a en face de nous. C’est le moment de prendre une décision. Donc, on est en pleine campagne présidentielle. Malheureusement, on constate qu’on a été pris en étau soit par la pandémie et les thèmes d’extrême droite, soit maintenant par la question de la guerre en Ukraine et c’est légitime. »

Même avant la guerre en Ukraine, la question du climat occupait moins de 3% du débat politique et médiatique dans le cadre de cette présidentielle. Et pourtant, dans un sondage récent, huit Français sur dix affirment être inquiets au sujet de la protection de l’environnement et du changement climatique, s’est désolé le porte-parole de l’ONG Les Amis de la Terre.

De son côté, Élodie Nace, porte-parole du mouvement écologiste Alternatiba, espère une forte mobilisation, même si elle reconnaît qu’actuellement, c’est la guerre en Ukraine qui focalise l’attention : « On se rend bien compte qu’il va y avoir une faible médiatisation des marches, peut-être un peu moins de visibilité, mais cela ne doit pas nous empêcher de porter notre message. »

A l’en croire, le changement climatique a un impact sur la vie de tous, aussi bien sur le logement, l’alimentation, que sur l’emploi : « On ne peut pas vivre une campagne électorale sans parler de ces sujets », a-t-elle insisté.  

Le climat, grand absent de la présidentielle

Depuis des semaines plusieurs ONG essayent de faire entrer le climat dans la campagne présidentielle. Mais d’après Notre Affaire à tous, une ONG qui a participé à la condamnation de l’Etat pour inaction climatique, le temps de parole est quasiment inexistant dans les médias. Le sujet reste cloisonné à la rue avec les manifestations, et les réseaux sociaux. « On en est là pour déclencher les sujets et obtenir qu’ils soient mis sur la table, assure Jérémie Suissa de Notre affaire à tous. Je suis persuadé qu’on finira par emmener les médias ‘mainstream ».

« C’est un peu comme si le climat devait encore faire ses preuves au niveau médiatique pour mériter un traitement », a déploré Jérémie Suissa.

La défense de l’environnement et la situation en Ukraine, des questions liées

Les militants de défense de l’environnement estiment qu’agir en faveur du climat et la situation en Ukraine sont des questions liées. Gabriel Mazzolini, rappelle que les importations de pétrole et de gaz russe en Europe représentent en moyenne 100 milliards d’euros chaque année. Une catastrophe écologique et environnementale, mais aussi politique et économique.

« Notre dépendance aux énergies fossiles provoque les conflits et elle alimente les conflits. On le voit bien avec la question de l’Ukraine, on est excessivement dépendants du gaz russe. Donc, évidemment, quand on se retrouve dans une situation de conflit comme on le voit aujourd’hui, c’est très difficile de peser dans des négociations, car qui dit dépendance dit faible rapport de force. Donc, sortir des énergies fossiles, c’est faire un pas vers la paix et c’est central si on veut une transition réelle et juste pour l’avenir. »

Sortir impérativement du nucléaire

Le porte-parole de l’ONG Les Amis de la Terre pointe également la question du nucléaire. Pour lui, certains, dont bien évidemment le gouvernement Macron, ont été tentés de mettre le nucléaire en avant comme solution de transition qui garantirait une autonomie énergétique, or c’est faux. Il considère que les premières cibles dans un cadre de conflit sont les sites nucléaires.

« Le nucléaire impose quand même une dépendance des ressources qu’il faut aller puiser ailleurs. Par conséquent, le nucléaire n’est pas une alternative, ce n’est pas une solution. Donc, si on veut la paix, si on veut un climat de paix, il faut sortir des énergies fossiles et sortir du nucléaire, pour préparer un avenir à 100% renouvelable. On va descendre justement dans la rue pour porter le message du climat, le message de la paix ensemble. »

Pour cette marche, les organisateurs sont allés puiser dans le répertoire de Holywood afin de trouver leur mot d’ordre. Ils reprennent le « don’t look up » ou « ne regardez pas en haut » du film de Leonardo DiCaprio pour lancer un « look up », soit en quelque sorte : « regardez les choses en face ». « Le look up s’adresse vraiment aux responsables politiques et économiques, explique Élodie Nace d’ANV COP 21. À ce stade on n’a plus besoin de prises de conscience mais d’actions politiques. Même si on répète déjà ce message depuis quelques années ».

Les défenseurs de l’environnement fustigent le fait que, malgré un nouveau rapport alarmant du GIEC il y a trois semaines, les ONG ne parviennent pas à faire entrer le climat et le réchauffement climatique dans les débats de la campagne présidentielle en France.

Moctar FICOU / VivAfrik